Réforme des universités. Université d'Evry.Expression de militants du Snesup-FSU et de leurs amis sur la situation de l'université d'Evry et des universités. recherche, formations:licence,master. Syndicat. Recherche; universutés sous tutelle
Syndicalisme et responsabilité
Le syndicalisme c’est d’abord la défense des intérêts matériels et moraux des salariés. Dans notre conception à la FSU nous y avons toujours adjoint l’idée d’une défense d’une conception du service public et de responsabilité sociale vis-à-vis des usagers.
Nous reviendrons sur cette question plus largement, mais le débat sur les orientations de l’université, sur la répartition des moyens entre les filières et sur la place des filières que certains appellent culturelles (comme si la bio ou les maths n’étaient pas une dimension de la culture) nous renvoient à des questions plus larges qui dépassent largement le cadre même de l’université.
Un détour par un sujet qui a fortement animé la Bretagne depuis les années 70, la question de la langue. Cet excellent « cher collègue » que fut Jean Rohou, PR de littérature à Rennes revient sur cette question page 133 de son dernier ouvrage Fils de Ploucs Tome II, ed Ouest France, septembre 2007.
Cet extrait du chapitre Grall, Hélias, Madeg et moi : un examen de conscience pose en effet une question que nous retrouvons sous une autre forme et qui est souvent le fondement de nos propres positions : notre rapport social à la connaissance et à l’enseignement et à nos propres origines sociales.
La langue de nos ancêtres a été ruinée par la « génération […] des renégats, des lâches, de ces « profiteurs » qui ont refusé d’enseigner le breton à leur enfants, qui, jouant à s’aveugler, à se dissimuler, à s’écraser, à se nier, n’ont eu de cesse de bafouer leurs pères » disait en 1977 Xavier Grall, qui ne l’a pas trahie, lui, puisqu’il ne l’a jamais sue, et qui n’est pas devenu un profiteur, puisqu’il était né riche.
Si telle est l’unique Vérité, me voilà bien ! Mais en fait, il y a, selon les situations où l’on se trouve plusieurs relations à une même réalité, c'est-à-dire plusieurs vérités. Ma relation à la langue, à la culture à la réalité bretonne était celle d’une génération enfermée dans l’humiliation et la pauvreté. Qui ne comprendra notre besoin d’en sortir ? « Nous étions exactement dans la situation des travailleurs immigrés actuels. Apprendre le français était la seule manière de nous en tirer », disait Pierre Jakez Hélias. Au minimum pour devenir employé en ville, policier, marin de l’Etat, agent de la RATP ou de la SNCF, prêtre ou instituteur ; au mieux pour faire des études et avoir ensuite une belle situation comme Xavier Grall, Hélias ou moi-même. Qui osera dire : « Moi, si j’avais eu des enfants destinés à être ouvriers agricoles, minuscules fermiers ou terrassiers en banlieue parisienne, je ne les aurais pas poussés à y échapper par la réussite scolaire francophone » ?
Nés à quatre ans et 5 km de distance, nous avons été Grall et moi, animés par le même besoin : nous évader de ce qui nous enfermait. Toute libération est transgression des normes subies ; tout esprit libre est un traître au regard es mythes conservateurs. Nous avons eu tous deux la même réaction, mais face à des pesanteurs différentes, sinon opposées. Socialement et culturellement handicapé par ma naissance paysanne bretonnante, je mes suis appliqué à devenir un intellectuel francophone. Prisonnier de l’hypocrite bigoterie d’une petite bourgeoisie provinciale, Grall s’est voulu un collégien subversif puis un poète, journaliste et pamphlétaire parisien, adversaire des normes et dénonciateur de toute hypocrisie. Au bout de vingt ans, il s’est senti enfermé à Paris : « ses salons, ses vanités, ses conformismes ». L’idéaliste, qui s’était fait poète et militant pour se délivrer de conventions insupportables a fui cette nouvelle prison pour revenir au pays, assoiffé d’une Bretagne de rêve et de l’authenticité d’ une langue qu’il ignorait. Quelle déception ! Le peuple était assoupi « dans le lit clos de sa résignation » et les Pierre-Jakez réduisait sa culture au « folklore, cet alibi des esclaves ».
Tout ceci n’est pas sans rapport avec les positions, les débats qui traversent notre université et le monde universitaire en général. Comment nous situons nous, quelle position face à la situation de notre université et de telle ou telle formation ?
Piere Jakez Hélias auteur du Cheval d’orgueil était professeur agrégé de lettres à l’Ecole Normale du Finisztère et syndiqué au SNPEN qui a depuis fusionné avec le SNESup.NDLR.