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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 21:58

 Nous publions ci dessous la référence à un court livre qui est une invitation à la réflexion et à tirer les leçons de l'échec du mouvement de l'an dernier dans les université.

Première étape.

Révolution dans l'Université. Un livre d'Emmanuel Barot

Emmanuel BAROT, Révolution dans l'Université. Quelques leçons théoriques et lignes tactiques tirées de l'échec du printemps 2009, Montreuil, La Ville Brûle, mars 2010, 176 p.

Présentation de l'éditeur
Le printemps 2009 a vu exploser la contestation, d'une ampleur et d'une durée inédites, de l'enseignement supérieur et de la recherche à l'égard des nouveaux principes de gestion managériale de l'université et de leur idéologie autoritaire. La grève universitaire lancée début février 2009 s'est soldée en juin 2009 par une défaite politique à peu près totale. Pour que les tendances de résistance puissent devenir de véritables forces opérationnelles conscientes de leurs possibilités, des lignes stratégiques et des options tactiques claires s'imposent. Cet essai propose une réflexion sur l'«incorporation croissante de la science au Capital», selon la formule de Marx, ainsi qu'une analyse de la grève du point de vue des intérêts et divergences de classes qui se sont exprimées en elle, afin d'identifier les contradictions qui ont à la fois nourri et miné ce conflit. Il dessine enfin des lignes tactiques et stratégiques pour résister et agir, dans l'université et hors d'elle. La révolution dont il est question ici s'entend donc à trois niveaux : la « révolution» réactionnaire en cours, la grève de 2009, et finalement l'appel à une double posture de résistance et de construction d'une université « oppositionnelle » en rupture avec les violences directes et les aliénations sournoises du capitalisme.

L'auteur
Emmanuel Barot est maître de conférences en philosophie à l'université de Toulouse-Le Mirail, directeur de programme au Collège international de philosophie et membre de l'équipe organisatrice du séminaire Marx au XXIe siècle : l'Esprit & la Lettre. Il est l'auteur d'une vingtaine d'articles croisant, d'un point de vue marxiste réactualisé, philosophie des sciences et théorie politique, et de deux ouvrages publiés en 2009, Lautman (Belles-Lettres) et Camera Politica. Dialectique du réalisme dans le cinéma politique et militant (Vrin).

Sur le
site de l'éditeur, on peut lire, outre la 4è de couverture, des extraits du livre, et en consulter le sommaire.

Note Poolp : D'Emmanuel Barot, on peut lire ou relire sur Poolp
« Sauver » l’université ?, un article qui sert de base à l'Introduction du livre, et La polysémie du terme "démocratie" et ses enjeux aujourd'hui, réflexion issue d'une rencontre-débat initiée dans le cadre du mouvement "anti-LRU-1" de la fin 2007. On rappelle aussi l'Appel à gâteau et à la pioche du Comité 227, auquel le présent livre fait parfois référence.

 

 Le texte ci-dessous publié dans l'été 2009  sur le site Poolp (voir ci dessus)constitue une première ébauche de la réflexion développée dans le livre.

 

http://ddata.over-blog.com/0/02/34/72/syndicalisme/Revolution-dans-l.doc

 

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 11:16

Les responsables d'un diplôme d'AES, une mention de master qui formerait (1) à la coopération internationale avaient invité l'ancien ministre. La réaction de la CGT est assez étonnante, elle est en général moins regardante sur le contenu des mêmes diplômes et sur la complaisance de l'AERES dans leur évaluation. Comme toujours un certain extrémisme de façade cache une complaisance corporative de fond, on ne touche pas aux chers collègues! Nous avions déjà remarqué le même  comportement frileux de la CGT de l'université quand il s'agissait de la défense d'un contractuel d'AES harcelé par les responsables de ce département. Ceci dit, nous ne défendrons pas plus le politicien Védrine que les zozos d'AES qui font leur miel et leur petit confort de diplômes de complaisance.

 

note1. Il n'y a bien sur aucun spécialiste de la question, ni aucune publication, recherche sur la coopération internationale à l'université d'Evry, et encore moins dans le département d'AES. Un détail qui semble avoir échappé aux limiers de Madame Pécresse et de l'AERES, à moins qu'il s'agisse de complaisance vis à vis des amis des amis...

 

 

 

Ci dessous le document transmis par le secrétaire de la CGT de l'université d'Evry sur des listes de discussion: 

 ____________________________________________________________________________________

Voici le texte d'un communiqué publié il y a une semaine à l'occasion d'une visite d'Hubert Vedrine à l'université d'Evry. Il a été l'occasion de condamner les propos à caractère racial de Manuel Valls tenus en juin dernier. *****************************************

Communiqué du secrétaire de la CGT de l'Université d'Evry à l'occasion de la : *** 4° conférence du Facteur Cheval Saison 2009/2010 Hubert VEDRINE Ancien Ministre des Affaires Etrangères 8 mars 2010 de 17h à 19h Amphi 1 2, Rue du Facteur Cheval *** Hubert Védrine est invité à l'Université d'Evry lundi 8 mars. Il fut Secrétaire Général de l'Elysée de 1991 à 1995. Donc pendant le génocide au Rwanda en 1994 Rappelons quelques faits : "Des soldats de notre pays ont formé, sur ordre, les tueurs du troisième génocide du XXème siècle" (Patrick de Saint Exupéry, "L'inavouable : la France au Rwanda") "Quelques livres ont osé lever le voile sur l'implication française dans le génocide des tutsis. Dès 1994 Colette Braeckman publie "Rwanda: Histoire d'un génocide" et Pascal Krop "Le génocide franco-africain" sous-titré "Faut-il juger François Mitterrand ?". Ils sont immédiatement suivis de "Rwanda : complicité de génocide ?" de F. X Verschave. Mehdi Ba avec "Rwanda, un génocide français" puis Michel Sitbon avec "Un génocide sur la conscience" ont révélé à leur tour ce que personne ne voulait savoir. (...) Aujourd'hui, au début de 2001, cette complicité française est à la fois connue et occultée" (Jean Paul Gouteux, "La nuit Rwandaise : l'implication française dans le dernier génocide du siècle".) "Avant, pendant et après le génocide la Françafrique s'est alliée à ce Hutu Power" (F.-X. Verschave, "Noir silence") En juin dernier nous avons eu droit aux déclarations à caractère racial de Manuel Valls, maire d'Evry, qui disait vouloir "des blancs, des white, des blancos" dans sa ville. Ce communiqué est l'occasion de condamner fermement ces propos. Nous avons aujourd'hui droit à l'université d'Evry à la visite d'un des responsables de la politique française lors du génocide rwandais. Des voix du monde universitaire, syndical d'Evry, même isolées, doivent réagir face à ces dérives. Que des carriéristes politico-syndico-universitaires (jeunes ou vieux) favorables à la Françafrique s'affichent au côté d'Hubert Védrine, lui donnent la possibilité de s'exprimer dans une université, propagent la version officielle sur le Rwanda (la France n'a rien fait, alors qu'elle aurait du intervenir) ne peut que, et doit, provoquer l'indignation. La video http://www.genocidemadeinfrance.com/spip.php?article88 donne des enseignements à méditer. ********************************************************************** J-R Pycke CGT université d'Evry

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 12:50

28 janvier 2010

Se réapproprier l’histoire de France, la démarche scientifique, la morale républicaine - Lannion, 28 janvier 2010 – CGT-FSU-Solidaires

 

(Schéma)

Le service public dans l’actualité syndicale et politique. Mais aussi un thème d’approfondissement idéologique.

I. LA CONCEPTION FRANÇAISE DE L’INTERÊT GÉNÉRAL, DU SERVICE PUBLIC, DE LA FONCTION PUBLIQUE

Ces idées se sont forgées en plusieurs siècles : création du Conseil d’État du Roi sous Philippe Le Bel à la fin du XIII° siècle, articles 1er et 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen sous la Révolution, Révolution de 1848, École française du service public à la fin du XIX°, statut général des fonctionnaires en 1946. Ces notions se sont incarnées dans des personnages historiques importants : de Richelieu à de Gaulle.

1.1. L’intérêt général

Les économistes néo-classiques ne sont parvenus à définir qu’un « optimum social », préférence révélée des consommateurs. Le citoyen ne se réduit pas à un consommateur ni à un producteur ?

Le juge administratif a considéré que c’était au pouvoir politique de le définir dans un débat démocratique. Il en a fait cependant usage mais de façon subsidiaire dans l’application du principe d’égalité. Il a identifié des activités relevant de l’intérêt général.

Il siège dans les notions de déclaration d’utilité publique, d’ordre public. Les « actions positives » doivent être proportionnées à la différence des situations ou à l’intérêt général invoqué.

1.2. Le service public

Une notion simple à l’origine : une mission d’intérêt général, une personne morale de droit public, un droit et un juge administratifs. Couverture par l’impôt et non par les prix. Prérogatives de service public.

Une notion devenue complexe : interpénétration public-privé (régie, concession, délégation). Hétérogénéité croissante, développement du secteur associatif, le contrat le dispute à la loi.

Contradiction exacerbée dans le cadre de l’Union européenne dont les critères sont essentiellement économiques (« Économie de marché … »), le service public ignoré (sauf art. 93 du traité FUE), définition des SIEG et des SIG, Jurisprudence de la CJCE tend à faire une place cependant aux acticités d’intérêt général ; le régime de la propriété n’est pas préjugé (art. 345). Importance des services publics dans le rejet du traité constitutionnel le 29 mai 2005.

1.3. La fonction publique

Création ancienne d’une administration centralisée. Principe hiérarchique dominant. Création de règles jurisprudentielles et rejet de la notion de « statut carcan » par les syndicats. Statut de 1941 sous Vichy. Statut du 19 octobre 1946. Redistribution législatif-réglementaire en 1959.

L’élaboration du statut actuel en 1981-1986 : les 3 principes d’égalité, d’indépendance, de responsabilité). La conception du fonctionnaire-citoyen opposée au fonctionnaire-sujet (Michel Debré). Une fonction publique à « trois versants » (FPE, FPT, FPH).

Montée en puissance des personnels sous statut : 200 000 fonctionnaires début XX° siècle, 1 million en 1946, 2,1 millions en 1981, 5,3 millions aujourd’hui ; 146 articles législatifs en 1946, 57 en 1959, plus de 500 aujourd’hui ; la plus grande longévité contre la prévision de F. Mitterrand en 1986.

II. UNE OFFENSIVE SANS PRÉCÉDENT CONTRE CES ACQUIS HISTORIQUES

Selon Marcel Gauchet, la stratégie de Sarkozy c’est la « banalisation » de la France. La France, une somme d’ « anomalies » : le modèle d’intégration, la laïcité, le service public, les collectivités territoriales, etc ?

Le pragmatisme destructeur contre l’ « ardente obligation ». L’ « identité nationale » comme contre-feu.

2.1. La réduction de la dépense publique

Des précédents, la commission de la Hache dans les années 1950, la RCB, la LOLF (34 missions, 132 programmes, 620 actions) et sa « fongibilité asymétrique ».

La RGPP : non remplacement d’un fonctionnaire sur 2 ; plus de 300 mesures administratives, pas de concertation. Le démantèlement de l’ « administration rationalisante » CGP, CNE, HCEP, HCCI, CIRA, DP, CECRSP, INSEE, A de F, etc.

Primauté à la « main invisible » sur la main visible : réhabiliter la planification, les nationalisations, les institutions.

2.2.  Démantèlement des services publics et de la fonction publique

Une spécificité française : une fonction publique de 5,3 millions, environ 6 millions avec les entreprises et organismes publics (un quart de la population active). Un môle de résistance au marché et à la contratualisation.

L’attaque n’a pas commencé acec Sarkozy : loi Galland du 13 juillet  1987 (+ 3° voie ENA, loi sur droit de grève 19 octobre 1982). La Poste et France Télécom en 1990 (P. Quilès), Air France 1999 (J-C. Gayssot), rapport du Conseil d’État 2003, lois de modernisation du 2 février 2007, sur la mobilité du 3 août 2009. Les gouvernements de gauche ne reviennent pas sur les atteintes de la droite.

La « révolution culturelle » de Sarkozy du 19 septembre 2007. Le Livre Blanc de J-L. Silicani (contrat contre loi, métier contre fonction, performance individuelle contre efficacité sociale). La crise révélatrice du rôle d’ « amortisseur social » du service public (emploi, pouvoir d’achat… éthique). Le « Grand soir statutaire » n’aura pas lieu.

2.3. La réforme des collectivités territoriales

Pas de « mille-feuilles » mais 2 triptyques : commune-département-nation (politique) contre agglomération-région-Europe (économique). L’invocation de l’extérieur (délocalisation, régions, métropoles) comme justification de l’aménagement du territoire (St-Dizier 20 octobre 2009).

Les dispositions majeures pernicieuses : conseillers territoriaux, métropoles, suppression de la taxe professionnelle.

Les conséquences : détérioration de la situation matérielle et morale des fonctionnaires (effectifs, contractualisation, clientélisme), des services publics (8 directions dans les régions, 2 à 3 dans les départements, intrusion du privé), rôle du préfet de région véritable proconsul.

III. LA CONTRE-OFFENSIVE NÉCESSAIRE : LE XXI° SIÈCLE « ÂGE D’OR » DU SERVICE PUBLIC ?

Défendre les services publics, mais surtout inscrire leur promotion dans une perspective.

3.1. Se positionner sur les valeurs et principes

Le pouvoir ne néglige pas les valeurs : 75 des 146 pages du Livre Blanc Silicani.

Réaffirmer les valeurs et principes de l’intérêt général, sur le  service public et la Fonction publique précédemment évoqués.

Plus généralement : se réapproprier l’histoire, la science, la morale.

3.2. Faire des propositions constructives à tous niveaux

Ce pouvoir peut être tenu en échec : de la révolution culturelle, de la suppression du classement se sortie des écoles de la fonction publique ; critique du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux par P. Séguin. Dissensions sur la taxe professionnelle, l’élection des conseillers territoriaux. Promesse aventureuse de titularisation des contractuels …

Faire des propositions concernant le service public et la fonction publique : par exemple reclassement indiciaire, fin contractualisation, double carrière, conditions de mobilité, dialogue social, égalité hommes-femmes, etc.

Approfondissement de questions majeures : planification, nationalisations, institutions, laïcité, etc. « États généraux du service public » (Mutualité, 17 décembre 2009).

3.3. Le service public « valeur universelle » ?

La montée de l’ « en commun » : protection de l’écosystème mondial, propriété des ressources du sol et du sous-sol, des produits alimentaires, projets industriels internationaux, mondialisation de services, des échanges, de la culture, etc.

La prise de conscience de l’unité de destin du genre humain caractéristique majeure du moment historique : « Terre-Patrie », le « Tout-Monde », « Patrimoine commun de l’humanité », « Biens à destination universelle », etc.

Le service public, valeur universelle. La contribution de la conception et de l’expérience française. Le XXI° siècle « âge d’or » du service public.

 

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20 décembre 2009 7 20 /12 /décembre /2009 06:39
Chavez:«Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé!» Les dirigeants de l'Alternative Bolivarienne pour les Amériques ont fait entendre leur position commune contre l'égoïsme des pays riches. Alors que 120 chefs d’Etat et de gouvernement, dont Nicolas Sarkozy, sont attendus ce jeudi 17 décembre pour les deux dernières journées du Sommet de Copenhague, tout semble confirmer qu’aucun accord à la hauteur des enjeux ne sera conclu sur place. Tractations, petits gestes et vagues promesses ne suffiront certainement pas à compenser le poids des obstacles structurels. Les pays industrialisés ne veulent pas d’un accord contraignant en matière de réduction d’émission des gaz à effet de serre (GES) - dont le niveau reste un sujet de débat important entre les différents acteurs - qui ne s’imposerait pas aux pays du Sud. Ces derniers refusent un tel diktat et demandent le respect du Protocole de Kyoto comme unique cadre juridique international valable, ainsi que des engagements contraignants, en premier lieu pour les pays riches. Les Etats-Unis, pour leur part, (alors que Barack Obama interviendra le 18 décembre au Sommet) rejettent toujours ce Protocole de Kyoto et se refusent à aller plus loin que leur proposition dérisoire en matière de réduction de leurs émissions. De son côté, la Chine, tout en annonçant des efforts, refuse d’accepter des contraintes si les Etats-Unis ne s’engagent pas dans le Protocole. De même, elle s’oppose à voir ses politiques nationales de lutte contre le réchauffement faire l’objet de contrôles internationaux. La Chine s’est engagée à réduire ses émissions polluantes par point de PIB de 40 à 45 % d’ici à 2020 par rapport à 2005 mais cette offre signifie tout de même un doublement potentiel de ses émissions de GES en 2020 par rapport à 2005 si sa croissance économique est, sur la période, de 8 % par an. Le Japon, lui, a fait savoir qu’il pourrait réfléchir à sortir du Protocole. Enfin, l’aide financière des pays riches vers les pays en développement reste largement insuffisante : 15 milliards de dollars du Japon et 10,5 milliards de dollars de l’Union européenne d’ici 2012 (la période à couvrir est 2012-2020). Les Etats-Unis ne proposent, eux, qu’une contribution (le chiffre de 1,2 milliards de dollars par an circule sans certitude à cette heure) dans le cadre d’un financement mondial estimé à 100 milliards. Enfin, ils proposent, avec le soutien de l’Australie, de la France, du Royaume-Uni, du Japon, et de la Norvège, 3,5 milliards de dollars pour un plan de lutte contre la déforestation. Dans ce contexte, les signes de tension se multiplient aussi bien à l’intérieur du Bella Center, le centre des négociations, que dans les rues de la capitale danoise. La démission, mercredi 16 décembre, de la ministre danoise Connie Hedegaard de la présidence de la conférence, suite au tollé provoqué par sa tentative de diviser des pays du Sud en négociant un texte, inconnu d’une grande partie d’entre eux, avec des groupes de pays, a traduit la première expression de fébrilité des organisateurs du Sommet. La réduction subite et drastique des accréditations pour les ONG et les mouvements sociaux dans l’enceinte du Bella Center et la multiplication des arrestations arbitraires (plus de 1 500 personnes depuis le début du Sommet dont, ces dernières heures, Tadzio Muller, porte-parole de la coalition des ONG Climate Justice Action) et des pressions sur les militants venus du monde entier trahissent cette nervosité accrue des organisateurs et des autorités. Mais une nouvelle fois, c’est de l’un des pays du Sud qu’est venu hier l’évènement politique. S’appuyant sur la Déclaration spéciale des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) sur le changement climatique, adoptée le 14 décembre à La Havane lors de son VIIIème Sommet ( traduction ci-jointe), le président vénézuélien, Hugo Chavez, a fustigé, dans un discours qui a été le plus applaudi depuis l’ouverture du Sommet, le capitalisme qui dévaste la planète. Après avoir rappelé que « les 500 millions de personnes les plus riches, qui représentent 7 % de la population mondiale, sont responsables de 50 % des émissions mondiales, alors que les 50 % des plus pauvres ne sont responsables que de 7 % des émissions », il a affirmé que « le modèle destructeur du capitalisme, c’est l’éradication de la vie ». En brandissant à la tribune la traduction en espagnol du livre du journaliste français Hervé Kempf, intitulé Comment les riches détruisent la planète, le président vénézuélien s’est exclamé à l’intention des gouvernements du Nord : « Si le climat était une banque, vous l’auriez déjà sauvé ! ». C’est aujourd’hui au tour du président bolivien, récemment réélu, Evo Morales, d’intervenir en session plénière. Il devrait, à son tour, défendre les propositions de l’ALBA comme, par exemple, celle affirmant que « les pays développés doivent consacrer 6 % de leur PIB aux pays en développement en apportant une contribution mesurable (…) en vue du paiement total de leur dette climatique. » La Bolivie défend également la mise en place d'un tribunal climatique mondial et la tenue, au sein de la communauté internationale, d'un débat en profondeur pour une vie plus harmonieuse et plus respectueuse de l'environnement. Ainsi, elle a porté, et fait adopter par la deuxième commission des Nations Unies, une résolution allant en ce sens. Archie Velveth http://www.mediapart.fr/club/blog/velveth

 Adresses :
http://www.legrandsoir.info/Copenhague-Discours-de-Chavez-en-francais-et-videos-sous-titrees-VF.html  http://www.legrandsoir.info/Copenhague-l-heure-de-la-verite.html
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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 15:26
Le 7 déc. 09 à 11:55, Association Marc Bloch a écrit : Déclaration de l’Association Marc Bloch Marc Bloch a été l’exemple de l’intellectuel (du grand intellectuel) qui a décidé, à un moment crucial de sa propre histoire et de l’histoire de la France, de tout quitter, de tout sacrifier, pour les valeurs universelles qu’il défendait. Son patriotisme a été le patriotisme de l’action, de la lutte, du refus de l’occupation de sa patrie par une puissance militaire expansionniste. Ce n’était pas le patriotisme du repli, ni celui de la xénophobie, ni celui de la défense d’une « identité » étriquée, ni celui du refus de l’autre. C’était le patriotisme de l’opposition au racisme, à la ségrégation et à l’arbitraire ; le patriotisme d’affirmation de la fraternité entre les hommes, de la liberté de son peuple face à l’oppression et à la trahison, de l’égalité pour la construction d’une société nouvelle. Son engagement était la prolongation naturelle des orientations qu’il avait suivies dans son métier, où il avait totalement ébranlé les habitudes et les archaïsmes de la vieille histoire traditionnelle. La revue qu’il avait fondée avec Lucien Fèbvre et avec d’autres compagnons de travail, les Annales, avait accompli, au cours des années 1930, une véritable révolution épistémologique et avait donné à l’histoire sa place centrale de discipline raisonnée et intégrale. L’histoire n’était plus confinée au passé, ni placée au rang des curiosités de l’antiquaire ou des nostalgiques des temps écoulés. Elle était devenue une discipline vivante, qui s’intéressait aussi au présent, qui cherchait à mieux comprendre le passé pour mieux connaître la vie actuelle, pour mieux aider les hommes dans l’organisation de l’avenir. Pour lui, l’enseignement de l’histoire, étendu à toutes les couches de la société, faisait partie des orientations défendues dans les différents projets qu’il a pu ébaucher et mettre en pratique, y compris durant les moments les plus difficiles de la lutte contre l’occupant, où prédominaient davantage les considérations de tactique et de résistance. Il n’était nullement hostile à l’utilisation des leçons du passé pour orienter la vie future. Mais pas n’importe quelle vie et pas n’importe quelle utilisation. Notre association a déjà combattu (et a obtenu des victoires) contre l’usage mercenaire et détourné de l’image et de l’exemple de Marc Bloch. Elle a empêché entre autres l’utilisation et le trafic des références à Marc Bloch effectués par des groupes politiques de circonstance, dont le but évident et avoué était de parer leur nationalisme réactionnaire de belles formules et de se trouver un ancêtre reconnu. Aujourd’hui, elle ne peut rester non plus indifférente devant l’usage des phrases et des citations de Marc Bloch, totalement dépouillées de leur contexte, que font de nos jours des autorités éminentes de l’Etat. Et ceci afin de défendre un repli hexagonal étriqué, dans le meilleur des cas, ou d’alimenter une campagne électorale, dans le pire des cas. Comme dans un passé récent, notre association ne peut que condamner fermement et déplorer ces manœuvres lamentables, d’où quelles viennent et quelque soit leur objectif. Car il y a aussi une contradiction évidente et néfaste dans le comportement actuel de nos hommes politiques. D’un côté, on recherche des références politiciennes, à bon marché, auprès des historiens renommés, et d’un autre côté, on supprime l’enseignement de l’histoire dans certaines classes terminales, pour commencer. On est partant pour se servir de l’œuvre de nos historiens, en en vidant le sens premier, et en plaquant des phrases extraites, en prêt-à-porter, tout en éliminant ou en réduisant, en même temps, la nécessaire formation historienne des futures générations dans les lycées. De ce point de vue, et fidèle à sa vocation de défendre et de diffuser l’œuvre de Marc Bloch et de promouvoir la discipline historienne, notre association ne peut qu’exprimer sa nette solidarité avec les enseignants et leurs organisations dans leur opposition à une telle politique. Loin des amalgames, des raisonnements rapides et des interprétations pressées, l’Association Marc Bloch poursuit son travail, sur les traces léguées par son fondateur, Etienne Bloch, afin de faire connaître l’œuvre de Marc Bloch, en particulier auprès des jeunes générations d’historiens, de faire lire Marc Bloch dans le texte et dans son contexte, et de faire vivre et de cultiver son exemple citoyen et les valeurs universelles pour lesquelles il a donné sa vie. A Paris, le 07/12/09 Yves Bloch Instituteur Président de l’Association Marc Bloch (aMB) marcbloch1@gmail.com
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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 08:48

Il paraît que l’université d’Evry se lance dans la formation des maîtres !

 

La tentative avait déjà été esquissée l’an dernier, l’université d’Evry avait été une des seules à présenter un projet. Il avait heureusement fait pschitt…. En effet si le projet de formation en physique est sérieux et appuyé sur une longue expérience et des contenus, celui présenté par les sociologues du cru était à leur image, d’un creux abyssal.

Un dénommé Mispelblom avait même bricolé une soi-disante équipe de recherche avec des laissés pour compte et des vieux chevaux de retour : une jeune équipe de plus de 60 ans de moyenne d’âge ! Tout était bon pour espérer capter un flux d’étudiant et justifier des postes, des primes et autres avantages sans aucun souci ni du service public et encore moins de l’enseignement. Ses mentors d’Evry et du CNAM Paris ont sans doute jugé prudent de ne pas aller trop loin en exposant publiquement le néant de leur projet de recherche en "sciences (sic) de l'éducation"!

Comme l’université se relance dans l’aventure nous apporterons quelques contributions.

Nous commençons par ce petit débat éclairant qui montre la complexité des questions et celle de la réception du problème  par le monde étudiant actuel.

Nous poursuivrons par une rapide étude sur le niveau scolaire dans l’Essonne d’après les données ministérielles. Le département est déjà sinistré, faire former les maîtres par les sociologues d’Evry serait le ramener à l’époque de la pierre taillée[1].

Nous terminerons par la perception de la crise de la 19° section à partir de ses manifestations evryenne. Nous pensons en effet que c’est dans les parties les plus faibles du corps universitaire, la 19° en est une,  que se manifeste en premier  la crise du système que la politique de Pécresse révèle[2].

 

Débat sur diverses listes sur une question : Les études longues, c'est pas pour vous

Contributeur 1 A lire certaines interventions ou certains tracts, la durée des études est en passe de devenir le principal argument contre la mastérisation alors que c’est un aspect tout à fait secondaire du problème. Il suffit de tenir compte de l’âge moyen des candidats et de leur niveau de diplôme pour comprendre que les étudiants ont eux-mêmes anticipé une évolution inéluctable. Le projet gouvernemental ne fait qu’entériner cette réalité. Dire qu’il suffit d’une licence d’aujourd’hui pour passer le CAPES, c’est comme si on avait dit en 1950 qu’il suffisait du certificat d’études : 50 % d’une classe d’âge dans les deux cas. C’est au point que je finis par me demander si cette prolongation des études n’est pas le seul point positif de la mastérisation. Ceux qui s’insurgent sont, bien sûr, animés par les meilleures intentions du monde mais est-ce avec les bons sentiments qu’on fait de la bonne politique ?

Ils avaient aussi de très bons sentiments ceux qui, dans les années 30, refusaient d’ouvrir les lycées aux fils de pauvres. Les études longues, c’est pas pour vous. Contentez-vous du certif –  qu’on pouvait passer à l’époque dès l’âge de 11 ans. Il faut bien gagner votre vie le plus tôt possible, aller à l’usine ou à la mine à 12 ans, vos parents ont besoin de votre salaire pour alimenter la famille. Les pauvres sont pauvres, ils ont donc besoin d’argent, tel est l’ordre naturel des choses. Et pour cela une seule solution : le boulot, pas les études. Mutatis mutandis, n’est-ce pas ce qui se passe aujourd’hui avec le refus d’envisager que les plus démunis puissent entreprendre des études post-licence ? Que veut-on ? Réserver les masters à une petite élite de futurs thésards, issus des classes moyennes cultivées, avec qui on peut agréablement deviser d’un sujet de recherche ? C’est dégueulasse. Et en plus, suicidaire : car ceux qui imaginent que des masters avec 5 ou 6 inscrits en ont encore pour longtemps se mettent plusieurs doigts dans l’œil.

Tu va chercher tes exemples trop loin dans le passé, vont me dire certains, incapables de voir que le souci qu’ils manifestent envers les étudiants les plus pauvres relève du paternalisme et que le paternalisme est toujours de droite. Mais soit. Occupons nous du présent et ouvrons les yeux sur ce qui se passe, en ce moment même, dans les universités allemandes. Pourquoi les étudiants allemands sont-ils en grève ? Parce que Merkel veut RACCOURCIR la durée des études. Eh oui ! Car c’est en 2010 que les universités européennes passent au LMD. Bons petits soldats, les universitaires français sont allés au LMD la fleur au fusil en 2004. On leur avait dit que c’était une imposition européenne et ils l’ont cru parce qu’ils ont toujours été prêts à gober n’importe quel mensonge s’il leur évite d’avoir à réfléchir. C’est tellement fatigant de réfléchir, après il faut protester et on ne peut plus se consacrer à ses petits séminaires et à ses petits colloques où on se retrouve entre gens bien, loin du bruit et de la fureur du monde. Quand y a-t-il eu un mouvement des universitaires en France ? Jamais jusqu’à l’an dernier. Toutes les grèves, toutes les occupations et les manifestations qui ont agité l’université française depuis 1968 (y compris donc mai 68) ont toujours été le fait des étudiants. C’est pourquoi la mobilisation de l’an dernier était si exceptionnelle. Mais on a vite repris ses petites habitudes, ses petits séminaires et ses petits colloques, comme si on avait vécu un rêve étrange et qu’il fallait en sortir comme on sort des rêves : en retrouvant un sommeil paisible et réconfortant.

Or donc les universités européennes avaient jusqu’en 2010 pour s’aligner sur le modèle, voulu par la France, du LMD : une licence en 3 ans avec cette seule différence par rapport à l’ancien modèle français que la licence devenait un diplôme de premier cycle, l’équivalent d’un DEUG ou d’une ancienne propé. La « laurea » en 3 ans ? hurlèrent les étudiants italiens habitués à passer 6 ou 7 ans pour une « laurea » dont la durée officielle était de 4 ans. Elle aura lieu en 3 ans, répliqua Berlusconi qui voyait là une occasion en or de faire des économies sur le dos d’une université dont l’existence seule doit lui donner des boutons. Et les étudiants italiens furent battus. La licence en 3 ans ? hurlèrent il y a peu les étudiants espagnols habitués à une « licenciatura » en 5 ans, « tesis de licenciatura » (= maîtrise obligatoire) comprise. Au lieu d’un Berlusconi, ils avaient en face d’eux l’ectoplasme de Zapatero qui céda rapidement. Puisque la charte de Bologne laissait le choix (combien d’universitaires français le savent-ils ?), la licence durerait 4 ans, comme par le passé, et l’ancienne « tesis de licenciatura » serait appelée « master ». Autrement dit, rien ne changeait et TOUS les étudiants espagnols font un master. La licence en 3 ans ? hurlent les étudiants allemands, habitués à des études de 7 ou 8 ans dans la seule université du monde qui était restée une vraie université, c’est-à-dire un temple du savoir selon le modèle humboldtien. Mais c’est beaucoup trop pour Madame Merkel, qui n’en a rien à foutre de Humboldt et veut lancer sur le marché du travail des étudiants professionnalisés vite fait : en 3 ans.

On comprend mieux dans ce contexte que le SNES, renouant enfin avec sa tradition de défense des savoirs qui fut à l’origine de l’éclatement de la FEN, une défense des savoirs qui a toujours été de gauche contre la mouvance hétéroclite des « professionnalisateurs » de tout poil, on comprend mieux que le SNES donc, veuille faire du master un prérequis des concours. A-t-il pris le parti du gouvernement comme le lui reprochent ceux qui préfèrent les avantages du sommeil aux inconvénients de la lucidité ? Pas du tout puisque le gouvernement n’a jamais accepté ce schéma et s’obstine, en dépit de tout bon sens, à caser les concours dans les masters.

Socialement injuste, la prolongation de la durée des études ? Calembredaines.

Pe C….

Un grand merci à Virginie H pour son commentaire, bref mais expressif.

J'avais cependant oublié dans mon post un aspect des choses. Un collègue me le fait remarquer dans un courriel privé. La prolongation des études est une excellente chose pour les futurs professeurs, pour l'ensemble des étudiants et pour les collègues eux-mêmes qui, sans cela, vont se retrouver à enseigner en premier cycle une fois que leurs chers "masters-recherche" auront été fermés pour cause de non-rentabilité. Mais il va de soi que cette prolongation des études doit être accompagnée par des mesures spécifiques pour les étudiants les plus modestes : exonération des droits d'inscription, augmentation du nombre et du montant des bourses, offres de travail par des services ad hoc mis en place au sein de l'Université elle-même. Pour revenir encore une fois sur l'histoire de l'école en France, si méconnue par certains, il a fallu que le lycée devienne gratuit pour que les familles les plus démunies commencent à y envoyer leurs enfants.

Pe C….


Contributeur 2 V.H… a écrit :

MERCI

Contributeur 2 Ce que nous défendons en vérité, c'est l'"égalité effective des droits" à l'instruction.

Et le fait de devoir employer une expression aussi redondante (égalité des droits, égalité effective) tendrait à montrer que nous marchons sur la tête.

 

V. H….

 

Contributeur 3 Donc un question une seule. On dit que l'allongement est une bonne chose (reste l'à coté toutefois) et que on va s'engager sur cette voie tout en sachant très bien la réalité : les bourses se résorbent et vont continuer sur ce chemin, on fait disparaitre la rémunération de
la 5eme année du Bac+5 effectif des nouveaux enseignants et les droits d'inscriptions augmentent et sont appelés à augmenter encore davantage. Et en on appelle à un afflux d'argent qui n'arrivera pas !
N'est ce pas tirer une balle dans le pied des étudiants que de faire un pari que l'on sait d'avance perdu ? On aura pas plus de sous :
c'est une réalité avec laquelle il faut penser. De là vous pouvez faire la déduction sur qui accèdera à ces cursus.

Cordialement,
R Z…., étudiant Paris 12 - Créteil.
AGEC

PS : Vous parlez d'"offres de travail par des services ad hoc mis en place au sein de l'Université elle-même". C'est absolument inimaginable. Premièrement, ce sont des contrats de vacation extrêmement précaires qui entrainent de fait une inféodation à l'administration et l'anihilation de tout droit syndical. Ensuite, à l'université Paris 12, une camarade s'est retrouvée à faire de l'accueil des nouveaux étudiants... pour finir par remplacer la secrétaire du département d'Anglais en n'ayant absolument aucune compétence ni formation pour cela : elle a fait de la figuration.
Enfin, et c'est en lien avec le deuxième argument, c'est supprimer des postes statutaires, qui nécessitent une certaine formation et pérennité, par des emplois précaires : exactement vers quoi veut se diriger le gouvernement.

 

Contributeur 2 V.H Je déduis de votre remarque que puisque tous les futurs enseignants ne sont
pas en mesure de bénéficier d'une prolongation d'éudes - ce qui ne saurait être que bénéfique pour les élèves et l'ensemble de tout les professeurs - , il est préférable qu'aucun d'entre eux ne le doive.
Il y a quelque chose qui me chiffonne un peu d'un point de vue politique dans cette façon d'envisager les choses.
Par ailleurs, je ne pense pas qu'il faille trop cracher sur "des contrats de vacation
extrêmement précaires qui entrainent de fait une inféodation à l'administration" ... qui permettrait à des étudiants de poursuivre leurs études. Etre étudiant n'est
pas un métier, obtenir une bourse ou un tel contrat est donc davantage un
cadeau qu'un dû, et en tout cas préférable à un emploi chez MacDo.
Ce que j'essaie de dire par là n'est évidemment pas qu'il faille renoncer à des mesures destinées à aider les étudiants les plus modestes, mais que si ces derniers passent leur temps à se lamenter sur leur triste sort et à cracher dans la soupe, je vois franchement mal comment on peut s'en sortir.
Cordialement,
V H

 

Contributeur 1 Bonsoir,

Ce qu'on ne peut pas admettre, dans aucune circonstance, c'est que les cursus de master soient réservés à une élite sociale. Cela va beaucoup plus loin que le problème de la mastérisation des concours, c'est de tous les masters qu'il s'agit. La question essentielle est moins celle du coût des études elles-mêmes, qui n'est pas très élevé (pour le moment) en France si on le compare à ce qui se pratique dans d'autres pays, et où des exonérations sont possibles, que celle du logement. Quand un chambre de bonne à Paris se négocie à 500 euros ou plus, il est clair que chaque année d'études supplémentaire grève très lourdement le budget des étudiants. Et ce n'est pas seulement en Ile-de-France que la question se pose : il en va de même dans la plupart des villes de province. Il faut donc se mobiliser pour que l'Etat et les régions créent des dizaines de milliers de chambres en Cité U. Ce n'est pas aussi cher qu'on imagine et c'est un investissement nécessaire en infrastructures : la France a accumulé un retard considérable sur ce point.

Pour ce qui est des "offres de travail par des services ad hoc mis en place au sein de l'Université elle-même", je n'ai pas été assez clair. Je ne voulais pas parler d'emplois à l'intérieur de l'université mais de services universitaires consacrés à la prospection d'emplois pour les étudiants, faisant donc les recherches pour eux, garantissant les contrats, etc.

Cordialement
Pe C….

 

Contributeur 3 M. C…., nous nous sommes donc mal compris sur la question des
"offres de travail".

Concernant les masters : une hiérarchie sociale dans les études supérieures en France ? Bien évidemment. Mais toujours est-il que je ne suis pas sûr que l'aggraver dans le cas précis des concours d'enseignement soit une bonne idée. Avançons avec toutes les cartes en
main.
Sur les chambres de cité U, qui sont une vraie honte même quand elles existent, il existerait en parallèle avec le lancement de programmes de construction une solution de transition assez simple. La réquisition. Nous sommes aujourd'hui, au-delà du problème du logement étudiant, dans une situation immobilière aberrante. Il y a des immeubles dans Paris, tout à fait habitables, qui sont vidés par la RIVP
[3] (notamment) de ses habitants et murés ou barricadés dans l'attente qu'il se vide complètement afin de pouvoir le "revaloriser".
Réquisitionnons. Ce qui n'exempte pas de lancer une vraie politique de logement, en se souvenant des expériences passées, des défauts comme
des qualités.

Mme H…, n'était-ce pas vous qui nous parliez d'égalité ? Comment,
sous prétexte d'un allongement de la durée des études qui serait bénéficiaire pour tous sauf pour ceux la préparant, pouvez vous tenir une telle position, où vous assumez que les déterminations socio-économiques auront encore plus de poids dans la détermination
des futurs enseignants ? Oui, je maintiens, et c'est une ligne politique que vous pouvez suivre ou pas, mais il est difficile d'invoquer l'égalité et dans le même temps juger bon de s'en éloigner, que réformer en allongeant la durée d'études non-rémunérées (et je ne
parle même pas de toutes les autres scandales de cette "masterisation") c'est abaisser les exigences académiques et renforcer les exigences sociales.
Concernant les contrats de vacation (dont vous ne retenez qu'un seul argument, soit dit au passage), je suis scandalisé que vous présentiez l'emploi d'un étudiant comme un cadeau ! Merci Monsieur McDo de cet emploi ? Oh merci Madame Parisot pour ce travail ! On nage en plein absurde. Rien ne justifie que sous prétexte de son manque d'argent, un étudiant doive abandonner toute possibilité de vie associative ou syndicale sous peine que "sa fac lui coupe les vivres".
Il est extrêmement indécent d'accuser des étudiants qui ne demandent qu'à ce que leurs droits soient respectés de "cracher dans la soupe" ?
Les ouvriers qu'on fait bosser au 40 heures pour le prix de 35, ils crachent dans la soupe parce qu'ils sont bien heureux quand même finalement de garder leur job? Cette attitude porte un nom - dans le meileur des cas - : c'est le paternalisme, et on se désole que ces
pauvres pouilleux de ne se satisfasse pas de l'os qu'on leur laisse
ronger !
Salauds de pauvres !

R. Z…
[4]

Contributeur 2 M. Z..., je décrète qu'à partir de demain matin 6h, tous les pauvres seront
riches et que tous les étudiants étudieront dans de bonnes conditions.
En attendant, je vais me reposer.
Dieu.

 

 

……..



[1] L’éducation nationale n’est pas obligée de se comporter comme le PS de l’Essonne, si ce dernier en mettant le « sociologue » da Silva (formé à EVE et toutou de Valls) à sa tête choisit  le suicide. Comme l’eut dit ce bon Saint Simon, nous en serons triste  pour eux,  mais avec ou sans PS dans l’Essonne la vie politique continuera !  Mais sans jeunes formés il y a un risque !

[2] La fameuse crise de la CNU 19 nous en donne l’occasion

[3] Régie Immobilière de la Ville de Paris, la municipalité est de « gôche » Note YS

[4] Comme Beyle le faisait, je rappelle que le contributeur 3 est jeune, il est étudiant à Paris 12.

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Published by SNESUP EVRY - dans lbre fsu
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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 00:45
Dans une université où certaines personnes prétendent faire du management et même enseigner la sociologie il serait bon que l'exemple de France Télécom soit étudié!
 Nous vous proposons cet article tiré de la revue permanente du MAUSS...

Revue du Mauss permanente (http://www.journaldumauss.net) Gildas Renou Les laboratoires de l’antipathie. A propos des suicides à France Télécom Texte publié le 29 septembre 2009 L’antipathie est devenue une forme de compétence valorisée à France Télécom comme dans beaucoup de grandes entreprises. Désormais, plus on grimpe dans la hiérarchie, plus les salariés ont acquis cette grande qualité : savoir fermer les yeux et les oreilles à la souffrance d’autrui, savoir cacher les existences humaines meurtries derrière des ritournelles souriantes et aseptisées : productivité, efficacité, compétitivité, excellence, modernisation, leadership… « On ne mesure pas la puissance d’une idéologie aux seules réponses qu’elle est capable de donner, mais aussi aux questions qu’elle parvient à étouffer ». Günter Anders, L’Obsolescence de l’homme (1956) On ne doit pas, dit-on, faire parler les morts. Mais on ne doit pas, non plus, se boucher les oreilles aux mots que nous adressent ceux qui sont sur le point de commettre - expression que l’on répète sans vraiment y réfléchir – « l’irréparable ». La vague de suicides que connaît France Télécom est d’une ampleur considérable : 24 suicides en 18 mois. Elle constitue aussi, selon nous, un symptôme d’un mal d’une gravité qu’il importe de décrypter pour prévenir d’autres tragédies, peut-être plus importantes. C’est avec cette conviction que nous essaierons, dans ce texte, d’articuler, sans doute trop schématiquement, les éléments d’une analyse, en vue lancer la discussion publique de fond que nous aimerions enfin voir s’engager. Car ce qui tient lieu aujourd’hui de débat est très insuffisant. Les discours de réactions des dirigeants de l’entreprise sont inquiétants par l’aveuglement, volontaire ou non, qu’ils manifestent. Ils souhaitent faire entendre que les suicides ne frapperaient que des personnes déjà fragilisées dans leur vie privée, qu’il importerait donc de repérer pour prévenir le passage à l’acte. Jamais, ils n’expriment la prise de conscience de la part considérable de la politique de « gestion du personnel » menée, depuis plus de dix ans, dans les processus complexes aboutissant aux récents suicides. Les discours des représentants de l’Etat, visant à minimiser le phénomène [1], restent également en deçà l’enjeu. Rappelons-le, l’Etat est l’actionnaire principal de cette entreprise (26,97% du capital [2]. A ce titre, les représentants de l’Etat ont de véritables comptes à rendre aux citoyens mandataires, au sens où ils sont co-responsables de la politique menée à France Télécom. Car il y a bien, au cœur de ce processus social, une véritable politique et non pas une simple épidémie, voire une « mode » [3]. Même si ses conséquences en vies humaines brisées ne sont pas souhaitées, cette politique est orchestrée, délibérément et savamment, du haut vers le bas de la pyramide de l’entreprise, mais de façon toujours euphémisée, avec des mots techniques qui voilent la cruauté des situations subjectivement vécues, des mots qui jamais ne disent explicitement ce que cette stratégie vise réellement. Car ce qu’elle vise, c’est la fragilisation psychique de nombreux salariés. Le lecteur s’interroge, à juste titre. Par quelle rationalité étrange une grande entreprise peut elle souhaiter rendre ses salariés psychiquement fragiles ? Comment ses dirigeants et ses cadres peuvent-ils apparemment renoncer à tout sens moral commun pour mettrent en œuvre de telles opérations ? Pour répondre à la première question, il faut d’abord saisir une donnée capitale : l’activité de la firme France Télécom, comme toute entreprise cotée en Bourse, est aujourd’hui tournée vers un objectif d’attractivité financière. A France Télécom, cet objectif semble dépasser en importance celui de la qualité des prestations offertes aux clients (celle-ci reste correcte, tant les agents ont gardé un idéal de qualité du service public). Cette finalité ultime d’attractivité découle de l’introduction en bourse de son capital, décidée par le gouvernement L. Jospin (la « Gauche plurielle »), en 1997. Le marché financier attend sans cesse des signaux positifs envoyés par la communication des entreprises. Pour voir le cours de son action monter et pour compenser l’effet négatif de quelques coûteuses acquisitions pour le moins hasardeuses, France Télécom a donc établi comme priorité d’agir sur un signal qu’adorent les actionnaires censés être rationnels (mais en réalité mimétiques) : la masse salariale et surtout le nombre de salariés. France Télécom, garde de son passé de service public, une main-d’œuvre compétente et sérieuse, mais nombreuse et en partie sous statut public. Les marchés financiers n’aiment évidemment pas les fonctionnaires, insuffisamment flexibles. Depuis 1997, le cœur de la politique interne France Télécom a donc consisté à tenter de s’alléger d’agents pourtant attachés à leur entreprise, à des fins de compétitivité boursière. Ainsi, l’an passé, la direction a officiellement exprimé son objectif de se séparer de 22 000 agents en trois ans. Le maître mot de l’opération (son cache-sexe, plutôt) est l’incitation. L’entreprise propose de multiples carottes (une somme d’argent pour quitter l’entreprise). Chaque matin, en ouvrant leur ordinateur, des milliers d’agents reçoivent un message leur demandant où en sont leurs démarches de « mobilité externe » (de départ de l’entreprise). Mais comme les salariés ne sont guère sensibles à ces carottes parce qu’ils restent globalement attachés à leur métier, et que les objectifs d’allègement sont massifs, elle en est venue à manier aussi le bâton ou, plutôt, un très savant et très systématique arsenal de bâtons souvent camouflés derrière de toues autres apparences, tendant à suggérer avec insistance aux salariés de quitter leur poste. Ainsi, l’entreprise a érigé en loi la réforme permanente des organigrammes de travail. Chaque année, voire plusieurs fois par an, les salariés sont affectés, sans concertation préalable, à une nouvelle structure, dotée d’un nouveau nom ésotérique, de nouveaux titres qui le sont tout autant, de nouvelles tâches. Ils se voient attribuer de nouveaux collègues, du jour au lendemain. Avant même d’avoir compris ce qu’on leur demandait, avant d’avoir renoué des liens de coopération avec d’autres travailleurs, une nouvelle réorganisation arrive d’en haut : il faudra à nouveau s’adapter. Dans le même temps, la hiérarchie accélère la fréquence et l’intensité de l’évaluation individuelle. Le travail n’est plus vu comme le résultat d’une coopération, mais – alors que c’est scientifiquement complètement erroné [4] – comme la somme de contributions individuelles mesurables par le management, dont la fonction devient en toute logique la chasse aux agents faiblement productifs. La confiance nécessaire à toute coopération cède la place à la méfiance entre agents que l’on pousse ainsi, structurellement, à tirer la couverture à eux aux dépens de leurs collègues. Au bout de quelques années, les agents sont évidemment désorientés, mais aussi inquiets pour leur avenir, comme nous le serions tous, dans la même situation. Ils ne savent plus avec qui ils font équipe, ni même quel est le sens de leur travail, puisque le service à l’usager n’est plus une référence, ni même l’invention de solutions par la collaboration des savoir-faire de chacun. A leurs yeux, leurs supérieurs ne semblent avoir d’autres objectifs que de les « fliquer », comme ils disent, de compliquer sans cesse la tâche des équipes de salariés. « Ils ne veulent pas que l’on connaisse trop bien notre boulot, ni qu’on s’implique mieux, ni qu’on s’entraide entre nous. C’est incroyable ! » [5]. L’objectif de l’entreprise – qui prend en charge, on l’a dit, l’intérêt pécuniaire de ses actionnaires (dont l’Etat) - n’est pas que le travail soit bien fait, mais bien qu’un maximum de salariés quittent l’entreprise. Les méthodes de désorientation collective ne suffisent pas. Alors, les responsables d’unités reçoivent, comme l’Observatoire du stress et des mobilités forcées [6] l’a mis en évidence, des objectifs chiffrés de départ volontaires par équipe. Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer la conséquence logique de ce type d’injonction. La direction ne peut donc pas ignorer les conditions de ce qu’elle facilite dès lors à très grande échelle : le harcèlement moral et plus généralement encore le cercle vicieux du mépris. Les salariés de France Télécom constituent des victimes hélas particulièrement prédisposées pour ces processus pervers. En effet, la culture de cette entreprise était traditionnellement celle de techniciens scrupuleux, soucieux du « travail bien fait ». Dans cette culture, la mise en cause de leur compétence technique, acquise avec les années, constitue une offense considérable, potentiellement cause d’une grande douleur psychique. C’est donc paradoxalement le professionnalisme des agents de France Télécom qui se révèle leur talon d’Achille. Les recettes managériales vont amener, à tous les niveaux, à y porter leurs attaques ciblées. Le supérieur va en effet, au cours d’entretiens individuels rapprochés, répéter à l’agent qu’il n’est plus performant. Qu’il est dépassé par les évènements. Qu’il a fait son temps. Que la boîte va être généreuse quand même, et qu’on lui propose de commencer, à 45 ans, une carrière de commercial en agence, dans le département d’à-côté. Que les jeunes sont devenus meilleurs que lui. Qu’il ne va pas assez vite. Qu’il ne comprend pas assez vite. Que son « métier » (c’est-à-dire ses compétences multiples incorporées dans son organisme et son esprit au cours des années) ne vaut plus rien, à ses yeux. Le technicien est peu à peu anéanti psychiquement. Ce qui, par le travail, donnait l’une des consistances à sa vie, lui donnait une fierté, est réduit à néant par le mépris de la personne qui est la première référence intersubjective de son travail. Il ne vaut plus rien : tout le monde le lui répète. Il ressent un épuisement qui s’empare de son corps, à force de lutter, en vain, et de jamais ne se sentir ni « reconnu », ni « à la hauteur ». Alors, il vaut peut-être mieux en finir. S’il a été amené à se laisser convaincre de ce qu’on lui répétait à longueur de journée - qu’il ne valait plus rien - c’est aussi que le technicien n’avait plus, autour de lui, ses collègues d’équipe d’autrefois. Il aurait alors pu résister, en riant et se réconfortant mutuellement, aux mots si déstabilisants des chefs et aussi des collègues. Mais les uns sont tombés malades, d’autres ont été mutés d’office. Toutes les équipes soudées ont été sciemment démembrées par la hiérarchie, suivant les recettes proposées les sciences du management. La jalousie et l’égoïsme entre agents est stimulée et entretenue à coup de primes personnalisées. On se méfie maintenant les uns des autres, car on sait que, si l’autre craque, c’est bon pour soi, on aura un peu de répit, jusqu’à la prochaine fois. Ce contexte fait donc que la solidarité ne peut plus avoir cours. Alors que le travail était souvent un lieu de socialisation, il devient fréquemment une école de la méfiance [7]. Si se préoccuper du bien-être commun devient suspect, choisir de devenir défenseur du personnel – un droit du travail pourtant fondamental et théoriquement protégé – est considéré comme un véritable acte de rébellion contre l’entreprise. Comme nous l’a dit une syndicaliste marseillaise, « les élus syndicaux, s’ils ne sont pas costauds mentalement, la Boite les persécute. On les engueule (…). On leur dit qu’ils sont des irresponsables, des espions. On les met dans un placard. On ne leur donne pas de part variable, de prime de fin d’année. Cela veut dire qu’ils ne valent rien, professionnellement. Tu vois, c’est une humiliation. Je connais plusieurs copains cadres et syndicalistes, eh bien, ils craquent. » [8] La réponse à la seconde question est encore plus cruciale. Comment les logiques économiques peuvent-elles imposer de telles dérives, sans résistance des acteurs ? Les cadres qui appliquent les mesures dictées par leur hiérarchie sont-ils tous des monstres sans morale ? Bien sûr que non. Il faut donc comprendre les conditions sociales de l’exercice du sens moral. France Télécom est devenu, depuis quelques années, un laboratoire de l’antipathie. L’antipathie s’oppose à la sympathie, qui se caractérise, elle, par une capacité de ressentir les affects et les émotions des autres. Dans les situations de deuil, on exprime notre sympathie aux proches du défunt. L’antipathie, telle qu’on l’entend ici, n’est pas la méchanceté, ni l’aversion. Elle oppose, terme à terme, au processus de « pâtir ensemble » (de la sympathie), un « pâtir séparément les uns des autres » [9], une indifférence délibérée et apprise, une volonté de ne pas partager d’affects avec autrui. Cette antipathie nous semble progressivement devenue une capacité professionnelle dont l’apprentissage est implicitement attendu par les gouvernements d’entreprise. Elle consiste par exemple à parvenir à dire d’une violence psychique envers un subordonné qu’elle n’est rien que « la contrepartie nécessaire d’un objectif opérationnel de réorganisation absolument capital à l’entreprise ». L’antipathie est donc devenue une forme de compétence valorisée à France Télécom comme dans beaucoup de grandes entreprises. Cette compétence a une valeur sonnante et trébuchante : plus on monte dans la pyramide de l’organigramme, plus les salariés ont acquis cette grande qualité : savoir fermer les yeux et les oreilles à la souffrance d’autrui, savoir cacher les existences humaines meurtries derrière des ritournelles souriantes et aseptisées : productivité, efficacité, compétitivité, excellence, modernisation, leadership… Un manager, qui doit effectuer un « sale boulot » comme alléger son équipe de ce qu’on appellera pudiquement « deux unités », ne doit pas se laisser submerger par l’affect, ni s’identifier à la personne victime de l’acte qu’il commet. Il apprend donc à refouler le sentiment d’empathie avec celui qu’il fait souffrir. Il s’exonère de sa responsabilité envers l’autre en se disant que cet autre n’est pas comme lui : l’autre est faible, il est malade, il est sûrement dépressif. Il s’interdit de s’identifier à cet autre. Il se dit, comme le confirment les témoignages exprimés dans nos entretiens et sur le site de l’Observatoire du stress : « De toute façon, je sais bien que je ne dois pas m’attendrir sur son sort, car si je commence, je deviendrai faible à mon tour. Je deviendrai suspect pour ma hiérarchie. Je me dis que je n’ai pas le choix. Que c’est le système et que je ne peux qu’y obéir… Un jour, peut-être, ne supportant plus la somme de mensonges que je me suis adressés pour me donner bonne conscience, ne pouvant plus expliquer à mes enfants en quoi consiste l’essentiel de ma préoccupation au travail, ne pouvant pas, moi non plus, confier à un collègue ce sentiment de dégoût et de honte de peur d’apparaître comme un maillon faible, je déciderai, moi aussi, d’en finir avec la vie ». C’est cette logique terrible qui s’est enclenchée avec une ampleur proportionnée à la taille gigantesque de l’entreprise France Télécom. Les suicides et tentatives connus à cette heure ne sont qu’une partie des drames causés, à France Télécom, par les dispositifs que nous avons mis en lumière. Nous ne savons pas combien de dépressions ont été engendrées par ces systèmes d’une grande perversité, puisqu’il décourage l’attention aux conséquences des actes de chacun, qu’il vise à prévenir l’apparition des formes de sympathie entre collègues ou entre supérieurs et subordonnés notamment par le turn-over imposé aux cadres (jamais plus de trois ans au même poste). Un dernier exemple : « J’ai été en contrat d’apprentissage durant deux ans chez France Télécom T. J’ai fait 40 heures sans majoration pour heures sup’ durant 4 mois au lieu des 35 prévues. Lorsque j’en ai parlé, l’intimidation fut la réponse : « tu n’as pas les épaules pour travailler ici », « tu n’arriveras à rien dans la vie avec ce comportement », « ton contrat on n’en a rien à faire »... puis ce sont les heures des jours fériés qui ont été réparties sur les journées ouvrées afin de ne pas en perdre, toujours sans contrepartie financière. Je me suis plaint au DRH (…). Mon responsable (…) m’a convoqué : « tu as des problèmes privés qui font que tu cherches des histoires ici ? », « je vais faire en sorte que tu ne fasses pas de vieux os ». J’étais en relation avec l’inspection du travail quand mes vacances aussi ont disparu : « c’est parce que tu as un contrat particulier qui fait que tu ne peux pas prendre tes vacances ». J’ai parlé de mes actions menées auprès de l’inspection qui me confirmait que rien de tout cela n’était possible, on m’a alors répondu : « ici tout le monde est au courant de ce que tu fais, tu ne trouveras personne pour te ramasser à la cuillère », « je ne signerai pas tes dossiers de stage si tu n’arrêtes pas de suite ». J’ai reçu un prix à un concours interne régional, mon responsable s’est vanté d’avoir jeté l’invitation et a refusé de me donner mon prix : « ce n’est pas mérité ! ». Allant et rentrant du travail en pleurs, j’ai fini en arrêt de travail, comme huit de mes collègues qui ont par la suite utilisé le droit de retrait. J’ai vécu un véritable enfer » [10]. Ce qu’il importe aujourd’hui de saisir, c’est combien les suicides de France Télécom sont les résultats de l’exaspération de logiques à l’œuvre dans de nombreuses grandes entreprises. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les conditions d’autres drames se préparent ailleurs, hélas. Nous pensons notamment à La Poste [11] Le travail salarié traverse certainement aujourd’hui l’une des crises les plus graves de son histoire. Le problème n’est plus prioritairement, comme auparavant, celui de l’exploitation du prolétaire, même si la peur de tomber en bas de la société, de devenir SDF, est devenue une crainte commune, parfois utilisée à des fins stratégiques par le management. La financiarisation de l’économie articulée aux innovations des sciences du management a modifié radicalement la donne. Le travail est en train de perdre son sens aux yeux des salariés, l’apport de chacun n’y étant plus reconnu, la joie tendant à y disparaître. Le salarié est sous tensions contradictoires : on l’incite vivement à se donner corps et âme à sa mission, un beau challenge à relever. Mais, dans le même temps, on le considère comme parfaitement remplaçable par n’importe qui dès qu’il rencontre une difficulté. Son implication n’est pas respectée : une fois sa mission accomplie, son travail ne sera pas reconnu. Il sera souvent anéanti par une nouvelle stratégie d’entreprise, venue d’on ne sait où. Le salarié est pourtant sans cesse jaugé, évalué. On lui demande d’être à lui-même le juge de ses incapacités et échecs via le dispositif de l’« auto-évaluation ». Il se retrouve souvent seul, la peur au ventre. On guette son moindre faux pas, on peut même être amené à s’en réjouir. Peu à peu, chacun tend à trouver ce fonctionnement tout à fait normal, tout à fait moderne même. « Il faut s’adapter à la réalité telle qu’elle est. La concurrence ne nous attendra pas » entend-on dire souvent, comme justification en dernière instance de cette indifférence, par ceux qui n’en sont pas - encore - victimes. Pourquoi acceptons nous passivement de voir saccagés les « cadres de coexistence » au travail, ces formes de co-opération qui ne prétendent pas calculer l’apport respectif des uns et des autres car elles les habilitent ? Pourquoi ne nous battons-nous pas pour protéger ces modes d’être ensemble qui soutiennent, de façon déterminante, le si précieux et fragile « sentiment d’exister » de chacun [12] ? Pourquoi acceptons-nous ces véritables désastres d’écologie sociale et psychique [13], perpétrés par des techniques délibérées d’anéantissement des liens du « sentir ensemble » (la sympathie), qui s’avèrent au final dictées avant tout par des intérêts financiers de court terme ? Jamais ces derniers ne remplaceront nos cadres de coexistence sans lesquels, on le découvre toujours trop tard, la société devient parfaitement invivable. Les salariés de France Télécom font ainsi la difficile épreuve des conséquences de la disparition de ces précieux milieux d’affiliation par le mécanisme anthropologique vertueux de la reconnaissance réciproque, sous l’action conjointe et délibérée de politiques publiques et privées irresponsables. Puisse cette douloureuse expérience servir à tous de leçon de sociologie grandeur nature. Tant que l’importance de ce mécanisme anthropologique fondamental - c’est par la médiation du « nous », de ce qui est commun, indivis, que nous pouvons avoir la chance de devenir quelque chose comme un « je » - restera systématiquement sous-estimée, sinon refoulée, dans notre culture occidentale, tant que l’on survalorisera le succès individuel de quelques-uns se singularisant de la multitude, tant que l’on pensera pouvoir « faire société » en faisant l’économie du tissu conjonctif primordial qui nous a donné accès aux sentiments, à la parole, à la pensée, à la confiance, et qui continue à chaque minute à nous l’offrir tant que nous sommes en vie, alors nous verrons abonder des apprentis sorciers – managers mais aussi élus, experts, etc. - continuant à faire le malheur des gens tout en affirmant œuvrer pour leur bonheur et leur liberté. En toute bonne conscience. Pour inverser la tendance, il ne s’agit pas de s’en remettre à une solution toute faite, mais plutôt à œuvrer à la confection de contrepoisons et d’outils, y compris intellectuels, permettant, sur les lieux de travail comme ailleurs, de sortir de cette impuissance collective où l’hégémonie du modèle individualiste nous a amené [14]. Le seuil d’alerte est donc aujourd’hui atteint quand notre société semble accepter d’ériger l’antipathie et l’indifférence comme des grandeurs dignes d’êtres encouragées. Même aux sommets de l’Etat, l’exemple est désormais donné. Notre société récompense – par le prestige, les promotions de carrière et les primes – l’insensibilité morale, la myopie intellectuelle volontaire, la capacité technique d’anéantissement psychique de l’autre par la disparition de l’empathie. Oui, si elle persévère à considérer comme « admirables » des conduites qui génèrent les cercles vicieux de la déliaison sociale mais aussi les ferments de la dislocation soudaine des liens économiques [15], notre société sera bien malade [16]. Tout compte fait, ceux qui ont quitté les vivants avec une juste idée de ce qu’est la vie en société étaient, peut-être, bien moins « malades » que ceux qui ont accepté d’être les complices de ces dispositifs proprement infernaux [17]inventés par le management. Ils étaient sans doute moins « malades » que ceux qui cherchent à minimiser l’ampleur du message adressé contenu dans leur acte. Car, en refusant de vivre dans un monde où l’on détruit, l’une à l’autre, les « parties communes », ils nous parlaient sérieusement de la société telle qu’elle va. Ils s’adressaient à nous, qui détournons parfois le regard pour ne pas entendre et voir, en face, la réalité d’une machine sociale devenue assez folle pour dévorer ceux-là mêmes qui ont contribué à la fabriquer. 28 septembre 2009 NOTES [1] Le ministre du travail X. Darcos (17/09/09) considérait que ces chiffres, rapportés à l’effectif de l’entreprise, ne sont pas si graves. [2] http://www.orange.com/fr_FR/finance...) [3] Ce mot a été employé par D. Lombard, PDG de France Télécom, le 15 septembre 2009. [4] Dejours, C., L’évaluation du travail à l’épreuve du réel. Critique des fondements de l’évaluation, Paris, INRA éditions ; 2003. [5] Entretien avec Danielle, Saint-Brieuc, 2006 (GR). [6] Voir le site : observatoiredustressft.org. Cet observatoire a été créé à l’initiative de deux organisations syndicales (CFE-CGC et SUD-PTT). Il est animé par des médecins, psychologues et sociologues du travail. Notons que France Télécom a interdit à ses agents l’accès de ce site dans son réseau intranet. Ce lieu recueille de nombreux témoignages de salariés, dont la lecture importe pour quiconque souhaite comprendre le phénomène. [7] Voir l’ouvrage essentiel de Linhart, D., Travailler sans les autres, Paris, Le Seuil, 2009. [8] Entretien avec Fabienne, Marseille, 2007 (GR). [9] L’organisation managériale de ce refus, au travail, du « partage des affects » - qui nous semble un élément fondamental de la condition humaine et de la vie en société - pourrait certainement être analysée de façon profitable avec les outils de la théorie du don de Marcel Mauss et de ses successeurs de la Revue du MAUSS. [10] On peut lire ce témoignage sur le site de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom, entre de nombreux autres. [11] La question est brûlante d’actualité. Elle se pose, aujourd’hui même, dans le débat concernant l’ouverture du capital de La Poste, voulue par le gouvernement. On ne voit pas en quoi le mécanisme destructeur de pression aux « départs volontaires » qu’a connu France Télécom pourrait ne pas se reproduire, terme à terme, dans cette entreprise encore plus grande. Le représentants actuels des pouvoirs publics considèrent-ils que ces suicides à venir sont un « mal nécessaire » à une libéralisation marchande tout aussi « nécessaire » ?. [12] http://webmail-adsl.sfr.fr/webmail/... - _ftn1 Sur ces deux concepts fondamentaux, voir les travaux de François Flahault, notamment, « Comment l’homme peut-il à la fois être égoïste, bon et méchant ? », Revue du MAUSS, n° 31 2008/1. [13] Guattari, F., Les trois écologies, Paris, Galilée, 1989. Cet auteur a bien vu combien notre époque a besoin d’une pensée qui intègre une écologie des pratiques qui rendent vivable notre monde commun. Cette dimension a probablement cruellement manqué au mouvement syndical, toutes traditions confondues. Dans sa défense des salariés, le syndicalisme été désarmé par les puissantes techniques d’individualisation et d’évaluation développées par le management moderne, qui visent à détruire ce qu’on appelait les jadis « collectifs de travail » et qui sont presque systématiquement vus comme de possibles poches de résistance à la logique de l’entreprise.http://webmail-adsl.sfr.fr/webmail/... - _ftn2 [14] Comme le dit Alain Caillé à propos du contexte actuel de crise de l’économie, « c’est, en un mot, la dynamique sociale et démocratique qu’il faut alimenter en donnant au plus grand nombre -et pas seulement aux agents politiques, administratifs ou économiques, la capacité effective d’agir en sortant d’un état de minorité », http://www.mediapart.fr/club/editio.... [15] Ce sont en effet, mutatis mutandis, ces mêmes « conduites admirables » (et, à ce titre, grassement récompensées) qui ont, à partir du monde de la finance, généré la crise économique apparue à l’automne 2008. [16] Voir l’ouvrage de Vincent de Gauléjac, La société malade de la gestion (Seuil, 2005) qui présente, dans une perspective originale de sociologie clinique, une caractérisation fine des traits de l’idéologie gestionnaire. [17] Pour une prise au sérieux des « agencements » discrètement mais hautement toxiques, que propose le capitalisme contemporains, voir l’ouvrage précieux de Pignarre P. & Stengers I., La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement, La Découverte, 2006. Penser en terme d’agencement permet de sortir de l’indignation morale et de commencer à penser sérieusement les dispositifs qui conduisent des humains à de tels comportements
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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 09:09

d'après le nouvel obs http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20090908.FAP2238/graves_irregularites_a_luniversite_de_toulon_selon_pecr.html
L
a ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse confirme mardi l'existence de "graves irrégularités" dans l'attribution de diplômes à des étudiants chinois par l'université de Toulon, demandant la saisie disciplinaire du conseil d'administration de l'université.

"Le rapport de l'Inspection générale de l'administration de l'Education nationale et de la Recherche a mis en lumière de graves irrégularités dans l'application des textes réglementaires régissant la procédure d'admission des étudiants étrangers et de validation de leurs études à l'université Sud Toulon Var", souligne Mme Pécresse dans son communiqué. "La responsabilité du président de l'université est engagée".

"Après avoir reçu le rapport définitif (...) de l'enquête administrative menée par l'Inspection générale qui avait été missionnée à l'université de Toulon", Valérie Pécresse a demandé au recteur de l'académie de Nice, chancelier des universités, Christian Nique, de saisir la section disciplinaire du conseil d'administration de l'université. "Le rapport sera transmis au procureur de la République dans le cadre de l'enquête judiciaire en cours".

La ministre de l'Enseignement rappelle qu'elle avait saisi l'IGAEN le 14 avril dernier d'une demande de contrôle "des conditions d'obtention de diplômes par des étudiants chinois". L'affaire révélée par "Le Monde" concernerait "plusieurs centaines d'étudiants chinois inscrits à l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de l'université de Toulon", qui "auraient versé de l'argent pour se payer des diplômes". Le parquet de Marseille a ouvert le 26 mars une enquête pour "corruption passive et active et escroquerie" suite à une plainte déposée par un professeur.

Le directeur de l'IAE, Pierre Gensse, avait pour sa part jugé "impossible" que de faux diplômes aient pu être décernés à des étudiants chinois contre de l'argent, estimant qu'une fraude avait "probablement eu lieu" en Chine.

L'affaire "est née au cours de l'année 2004-2005", précise "Le Monde", et les autorités administratives, judiciaires et universitaires ont été alertées fin 2008, après le dépôt d'une main courante par deux étudiants chinois. Le "faux" diplôme serait facturé 2.700 euros pièce, selon la même source. AP


Bon Toulon est montré du doigt, l'Université a trouvé son Kerviel mais on vous jure que c'est un cas isolé.....On a déjà entendu ce refrain du côté des banques!
Côté évaluation il y a l'AERES mais....Madoff avait été contrôlé depuis 1992 par les "agences " et autres bureaux de contrôle, sans parler d'Enron etc.
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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 22:18

Au moment où les rapports de la vague D sont envoyés pour réponse et où  droite et ministre ont  lancé une campagne sur la valeur des diplômes, il est intéressant de se poser la question de la pertinence de cet instrument typique du libéralisme:l'Agence d'Evaluation et donc de l'AERES!

Versons au débat cet article d'Alain Trautman
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2771

Dire publiquement nos vérités sur l’AERES

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Dire publiquement nos vérités sur l’AERES

 

L’évaluation : pourquoi évaluer et comment le faire ?

Alain Trautmann

 

CNRS : la suppression de centaines de postes est programmée pour les années qui viennent

Par Alain Trautmann, le 27 mai 2009

En mettant en place l’AERES, le gouvernement avait annoncé qu’il allait améliorer considérablement la qualité et l’efficacité de l’évaluation du système d’enseignement supérieur et de recherche (ES&R). Maintenant que l’AERES est en place et a commencé à fonctionner, on peut commencer à juger sur pièces du résultat.

Ce qui suit est la relation d’une expérience vécue très récemment, et qui ne constitue qu’un exemple. Il serait sûrement utile qu’en réponse à ce texte, d’autres racontent leur propre expérience de l’AERES, afin qu’émerge une image plus globale de son fonctionnement réel.

Dans l’Institut mixte CNRS/INSERM dans lequel je travaille ( 600 personnes, 4 départements, 40 équipes), tout a commencé au printemps 2008. Il fallait que pour fin juin nous ayons bouclé nos rapports et projets pour l’AERES, afin que ces documents soient visés successivement par le directeur de l’Institut et le président de l’université (Paris Descartes) à laquelle nous sommes rattachés. Six mois plus tard, en décembre 2008, nous recevions les visites des comités AERES, un comité différent pour chaque département.

Pour le département où je travaille, ce comité était constitué de collègues estimables, tels qu’on pouvait les rencontrer dans les comités de visite du CoNRS (Comité National de la Recherche Scientifique) ou de l’INSERM. Dont un membre étranger. Tous avaient été nommés par l’AERES, et étaient très pressés et occupés. La visite s’est donc effectuée au pas de charge (entre 1h et 1h30 par équipe), et pour deux équipes du département que je dirige, 2 ou 3 des 8 experts étaient absents pour tout ou partie de la présentation de l’équipe. Aucun représentant ITA dans le comité de visite, comme c’est de règle à l’AERES, alors que la question des ITA est sensible dans la plupart des laboratoires.

Après cette visite, il a fallu attendre plus de 3 mois pour avoir les rapports. En effet, le rapport du comité de visite doit être revu, visé et en partie reformulé par des responsables de l’AERES, qui supervisent plusieurs comités de visite sans pouvoir tous les suivre in extenso. Ce petit groupe de scientifiques qui se sont engagés dans le NPM (New Public Management), ces nouveaux managers ont un rôle absolument déterminant dans l’homogénéisation des rapports des comité de visite, dans la notation finale attribuée, équipe par équipe (A+, A, B, C), et qui doit émerger de 4 notes (..). Voilà un exemple de la concentration des pouvoirs réels qu’on voit aujourd’huià l’œuvre un peu partout.

En principe, les équipes ont un droit de réponse (puisque l’évaluation est censée être contradictoire). Mais on nous a fait comprendre que les seules réponses qui seraient prises en compte seraient des corrections d’erreurs factuelles indiscutables (sur le nombre de chercheurs par ex.). Le caractère contradictoire de l’évaluation etait pour nous totalement fictif.

L’AERES ayant donc fonctionné comme une agence de notation hâtive plus que d’évaluation, a transmis ses notes et rapports aux directions de l’INSERM et du CNRS. Dans ces organismes, des commissions se sont réunies (pour l’INSERM) ou vont le faire (pour le CNRS). La consigne reçue par les commissions INSERM était, sur la base des informations reçues de l’AERES, d’effectuer un classement de toutes les unités et équipes de la discipline, sur toute la France. L’objectif est clair : la direction de l’organisme utilisera ce classement (éventuellement retouché) pour fermer un certain pourcentage d’équipes. 10% ? 30% ? On n’en sait rien. Un membre de la commission INSERM avait participé au comité de visite, mais, à cette exception près, les rapporteurs pour chaque équipe n’avaient pas pu visiter les labos ni parler avec les membres des équipes évaluées. Pour les 19 équipes de l’Institut qui dépendent d’une même commission INSERM, le résultat est assez violent : 5 équipes classées A par l’AERES se retrouvent dans le dernier tiers des équipes classées par la commission, donc peuvent craindre d’être fermées !

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Pendant le processus d’évaluation, les Instituts INSERM (auxquels on nous avait demandé de nous rattacher, ce qui pour un Institut multidisciplinaire, était un exercice kafkaïen), ces Instituts ont disparu, ils ont été remplacés (avec les même intitulés et les mêmes directeurs) par des ITMO (Instituts Thématiques Multi-Organismes ). Mais si les ITMO sont des instituts inter-organismes, ils ne sont plus INSERM, donc nous ne savons plus très bien de qui nous dépendons. Il faut que nous ne perdions pas pied dans ces sables mouvants. Que faire ? Passer des coups de fils à des personnes bien placées dans l’INSERM ou les ITMO ? Autrement dit, le piston, le réseau, comme étape ultime de l’évaluation ?

L’AERES était censé améliorer la qualité, l’efficacité, l’indépendance de l’évaluation, et voilà où on en est. Dans le système antérieur, les commissions INSERM et sections CNRS mettaient sur pied un comité de visite commun (avec éventuellement des experts étrangers), et ensuite les sections faisaient leur travail sur la base du rapport des membres du comité de visite, toujours plusieurs, dont un membre ITA . Le système était plus simple, plus transparent, le même comité évaluait les équipes et les personnes, ce qui était très logique et évitait un travail en doublon (alors que dans le nouveau système ces évaluations sont disjointes) et une partie conseil était toujours incluse dans cette évaluation, qui était bien plus qu’une simple notation/classement.

Avec le nouveau système, d’une complexité et d’une opacité sans précédent, un an après avoir fait leur rapport, les équipes sont toujours dans cette attente angoissée : allons-nous pouvoir continuer à travailler ? A quelle sauce allons-nous être mangés ? De qui dépend cette décision ? Du président du comité de visite AERES ? Du petit groupe de scientifiques-managers-évaluateurs semi-professionnels de l’AERES ? De la commission INSERM ? De la direction d’un ITMO ? De la direction de l’INSERM ? De ses conseillers particuliers ou de quels réseaux opaques ? Lorsqu’un système d’évaluation est aussi complexe et mal conçu, il n’y a aucun doute que l’essentiel des décisions seront prises in fine au plus haut niveau, par une poignée de personnes en mesure d’exercer un pouvoir absolu sans contre-pouvoir. Où est l’évaluation collégiale, contradictoire, transparente, qu’on nous avait annoncée ? Combien de mois faudra-t-il attendre pour que la machine ait fini son travail ? En tous cas, nul doute qu’elle va faire de la casse, y compris parmi des chercheurs reconnus pour la qualité de leurs travaux.

Chers collègues, réveillez-vous ! Si le nouveau système n’apporte aucune amélioration mais au contraire détériore l’évaluation, l’opacifie en renforçant le pouvoir de quelques uns, il faut le rejeter. Il faut exiger un système d’évaluation réellement collégial, contradictoire, transparent. Une bonne base pour cela, ce sera le CoNRS et les commissions INSERM, structures qui ne doivent pas être supprimées, mais améliorées (par exemple pour garantir la qualité de leurs membres, ou pour améliorer le processus de recrutement, qui se fait aujourd’hui sur la base d’auditions beaucoup trop courtes, etc…).

Ce qu’il faut supprimer, c’est l’AERES. Le premier pas pour cela pourrait consister à demander au Directeurs d’Unité de la vague A (les prochains à être évalués), à ignorer l’AERES, à transmettre leurs dossiers d’évaluation au CoNRS et aux commissions INSERM. Et si la réunion plénière du CoNRS du 10 juin se faisait le relais d’une telle demande ?

Voilà les conclusions que l’on peut tirer d’un exemple de réalité vécue de fonctionnement de l’AERES. Et chez vous, c’était comment ?

Les retours de la vague D arrivent et c’est le moment d’évaluer les « évaluateurs ». Nous avons déjà quelques bons exemples qui prouvent que l’évaluation est très superficielle mais nous attendons la publication pour avoir les réponses des bureaucraties locales, c’est encore plus délectable !

Nous nous étions déjà interrogés sur la fiabilité de l’organisme mis en place par le gouvernement. Nous reprendrons bien sur l’analyse…LibresSnesup

http://www.libresnesup-evry.com/article-22766175.html

http://www.libresnesup-evry.com/article-22941735.html

 

 

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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 10:57
Des "refondateurs" de l'université répliquent à leur tour à Pécresse

PARIS (AFP) — Trois des initiateurs du "Manifeste pour refonder l'université française" ont tenu mardi à "dissiper toute équivoque" en se démarquant de la ministre Valérie Pécresse, qui avait répondu à ce manifeste en estimant qu'il contenait des points de "convergence" avec sa politique.

"Dans Le Monde (daté) du 19 mai, Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, se réjouit de la convergence du manifeste pour la refondation de l'université avec sa propre politique", a déclaré à l'AFP le professeur Alain Caillé, en son nom et en ceux d'Olivier Beaud et de François Vatin.

"Personne n'est habilité à parler au nom des refondateurs mais, pour dissiper toute équivoque, comptant parmi les initiateurs de ce manifeste, nous croyons pouvoir dire au minimum qu'il n'aurait pas recueilli 3.500 signatures à ce jour si nos collègues s'étaient aperçu de telles convergences", a-t-il ajouté.

"Il est maintenant indispensable de laisser s'organiser ceux qui essaient de structurer un débat au sein de la communauté universitaire et de laisser à ce débat le temps de se déployer pour définir une réforme consensuelle qui redonne à l'université tout son dynamisme, au lieu de la diviser et de l'affaiblir", a-t-il conclu.

Olivier Beaud est professeur de droit à Paris-II Assas, Alain Caillé et François Vatin sont professeurs de sociologie à l'université Paris-X Nanterre.

M. Caillé est en outre directeur de La Revue du Mauss, qui a impulsé le manifeste, consultable à l'adresse http://petitions.alter.eu.org/refonder.

Outre ces trois professeurs, figurent parmi les 29 premiers signataires le philosophe Marcel Gauchet, le juriste Guy Carcassonne, le sociologue François Dubet, le philosophe Bruno Karsenti ou le mathématicien Jean-Pierre Demailly.

Lundi après-midi dans Le Monde, Mme Pécresse a écrit qu'elle était "frappée par la convergence" entre des idées du manifeste et celles qu'elle défend, rappelant les "moyens inédits" accordés par Nicolas Sarkozy à l'université.

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Etat de la mobilisation Univ

Notre camarade Sequinot de Lille tient à jour l'état de la mobilisation dans les universités et les IUT. Cliquez sur le lien:

http://www.univ-lille1.fr:80/snesup59-62/mobilisation/

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