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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 23:49

 

 


Audit Schuber1
par Libre FSU Evry

 

 

  Pour accéder au document cliquez sur le lien Audit Schubert 1.

 

 

Pour un de nos amis le DRH ne peut être un ancien élève d'une école de gestion, trop cultivé!

Pour d'autres il a le profil du ministre sarkozyste de l'éducation nationale mais ce point de vue est contesté, le DRH n'est pas un bavard creux, il est plus proche du comportement du ministre du travail....

Bref le débat est ouvert....

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 22:31

 Je trouve l'impertinence de Béréziat salutaire. Je ne partage pas l'ensemble de ses analyses mais elles ont un immense avantage : faire bouger les lignes de réflexion!

YS

 

LEMONDE.FR | 02.02.10 | 14h43  •  Mis à jour le 04.02.10 | 08h32


L'intégralité du débat avec Gilbert Béréziat, vice-président de l'université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), mercredi 3 février, à 16 h .


Jocelyn : Le système universitaire est-il en train de s'américaniser et de nous obliger à nous endetter  les études de nos enfants ?

Gilbert Béréziat : Actuellement, c'est la nation qui s'endette pour payer les études des riches. Donc la question est trop simple. On n'est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c'est que le système américain est une organisation en pyramide : il y a une base très large, avec les Community Colleges de deux ans et les Colleges habituels de quatre ans, et c'est à partir de ces collèges que se fait la sélection vers les formations plus longues.

En France, la sélection se fait à 14 ans, j'exagère. Mais en tout cas, elle se fait avant le bac. Donc quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Mirko :  Indexer les frais de scolarité sur le revenu des parents, comme le fait Sciences Po Paris, qui exonère totalement les personnes les plus défavorisées, me paraît juste. Qu'en pensez-vous?

Gilbert Béréziat : Sciences Po fait mieux que cela, puisque non seulement il exonère les enfants d'origines les plus modestes, mais il fait des bourses aussi, de manière qu'ils aient des conditions de travail qui se rapprochent des autres. Dauphine, contrairement à Sciences Po, n'est pas une université autonome, ne dispose pas à ma connaissance d'une fondation bien financée. Et je ne pense pas qu'il ait aujourd'hui les moyens de faire des bourses pour les étudiants issus de milieux dont on dit aujourd'hui qu'ils sont des "quartiers difficiles".

Simon : Ce qui a créé le débat, c'est l'augmentation des frais d'inscription d'un diplôme d'université, mais cela reste impossible pour un diplôme national. La question est donc : combien de temps avant que les universités passent massivement aux diplômes non nationaux pour pouvoir augmenter leurs frais ? Qu'est-ce qui les en empêche ou les freine ?

Gilbert Béréziat : Pourquoi, dans les écoles de management et de commerce, peut-on imposer des frais d'inscription ? Tout simplement parce que le pays considère que ces écoles donnent des débouchés sur le marché du travail, alors que les diplômes nationaux traditionnels ne donneraient pas de tels débouchés. Donc en quelque sorte Dauphine fait jouer le marché.

Mais il faut aussi trouver des arguments positifs pour Dauphine. Certains considèrent - et ils n'ont pas forcément tort - que dès lors qu'une formation est payante, l'établissement se doit de donner le diplôme qui suit. Donc les étudiants vont être plus exigeants vis-à-vis de leurs enseignants.

Mais encore une fois, c'est dans un secteur où, à tort ou à raison, la population pense qu'il y a des débouchés importants. La question qui peut se poser est : la France va-t-elle devenir une nation de commerçants et plus une nation d'inventeurs, et une nation avec un potentiel industriel donnant des biens d'exportation, en particulier.

Joan.UK :  Bonjour, je suis actuellement étudiant à la London School of Economics et ancien de l'EHESS à Paris. J'ai dû quitter Paris car rien n'est fait en France pour promouvoir la recherche en sciences humaines. Ni bourse ni création de postes. En Angleterre, je suis certain de pouvoir trouver un emploi décent en tant que chercheur, mais pour cela je dois payer 11000 euros de frais d'inscription par an… Selon vous, la France devrait-elle suivre un modèle identique, basé sur un élitisme injuste mais réaliste ?

Gilbert Béréziat : Je pense qu'en France l'élitisme existe déjà, car on peut considérer que les dix vraies grandes écoles fournissent l'essentiel des hauts cadres de la nation, c'est-à-dire, mettons, pas plus de trois mille à quatre mille diplômés par an. Si vous comptez qu'un diplômé formé dans ces conditions a une activité professionnelle pendant trente ans, cela fait un bassin de cent vingt mille personnes, sur une nation de 60 millions d'habitants. Si vous comparez cela à la génération des six cent mille jeunes qui finissent chaque année la scolarité obligatoire, on est plutôt dans une monarchie que dans un système républicain.

Jérémy : On sait qu'un bon nombre d'étudiants en fac sont là un peu par défaut, ou parce qu'ils ont été mal orientés. Pensez-vous qu'élever les frais de scolarité peut réduire la part de ces élèves à la fac ? De plus ne faudrait-il pas offrir plus de bourses au mérite pour les élèves réellement motivés à suivre une formation à la fac mais qui n'en auraient pas les moyens ?

Gilbert Béréziat : Ce sont des questions de gens qui sont dans les secteurs sciences humaines et sociales. Le système français est incroyable, puisque les élèves les plus doués pour les sciences sont orientés vers des filières de management, de business, etc., et que les filières scientifiques, conduisant à la recherche, manquent de candidats. Donc on ne peut pas répondre à cette question de manière globale.

Je prends un exemple, celui du Canada. Dans ce pays, dans certaines grandes universités, on fait payer les étudiants assez fortement dans le cycle licence. Mais on les subventionne lorsqu'ils entrent en master dans les filières scientifiques. Aucune université en France n'a les moyens de faire cela.

Deuxième chose : dans le système anglo-saxon, il y a tout un dispositif de prêts à intérêts quasiment nuls ou à très bas taux d'intérêt, dont certains ne sont remboursés que lorsque l'étudiant commence à travailler.

C'est très difficilement comparable avec le système français où, sous couvert d'égalitarisme, en réalité, l'Etat subventionne les études de tout le monde mais, comme nous savons très bien que les couches les moins favorisées accèdent le plus difficilement à l'enseignement supérieur et acquittent l'impôt sous forme de taxe (TVA), puisqu'en France l'impôt direct ne représente pas les revenus principaux de l'Etat, sans trop de risque de se tromper, on peut dire qu'en France les moins favorisés financent les études des plus favorisés.

Et je rappelle que les élèves de polytechnique sont payés, et que les élèves normaliens sont payés. Et, cerise sur le gâteau, on leur procure un emploi quasiment à vie derrière.

Hako :  De plus en plus d'étudiants se voient contraints de trouver un job étudiant pour payer les frais de logement, de nourriture... ce qui contribue beaucoup à leur échec. Ne pensez-vous pas qu'une augmentation des frais d'inscription aggraverait cela alors qu'il faut faire en sorte de limiter les jobs étudiants pénibles ?

Gilbert Béréziat : Il est évident qu'en France, ce qui coûte cher pour un étudiant, c'est ce que les Anglo-Saxons appellent le "housing". Comparons avec Manchester : l'université de Manchester, trente-cinq mille étudiants, six mille logements pour étudiants, 42e au classement de Shanghaï. L'Université Pierre-et-Marie-Curie : trente mille étudiants, aucun logement d'étudiant à sa disposition. Tout dépend du Crous, dont je ne suis pas sûr qu'il ait le meilleur rapport qualité-prix en matière de logement.

Par ailleurs, il est très difficile en France d'obtenir des syndicats d'étudiants et de personnel que l'on crée des jobs à l'intérieur de l'université destinés aux étudiants. Exemple : cela fait six ans qu'à l'UPMC nous bataillons pour obtenir que les bibliothèques soient ouvertes le soir tard, sous la surveillance d'étudiants. Ce qui se pratique couramment partout ailleurs dans le monde.

Julien :  L'université Paris 6 a-t-elle prévu d'augmenter les frais d'inscription des Masters ? Si oui quel serait le montant ?

Gilbert Béréziat : La réponse est non. Pourquoi ? Parce que nous, nous voulons avoir des étudiants dans nos masters. D'ailleurs je vous signale qu'à l'UPMC, les stages dans les laboratoires sont rémunérés. Certes, modestement, mais au même niveau que les externes des hôpitaux de la faculté de médecine.

Marc : Doit-on craindre que certains établissements (gros consortiums technologiques et management qui sont en train de se constituer) prennent les filières rentables et laissent à l'université le "reste" ? N'est-ce pas ce que les fusions-acquisitions en cours suggèrent ?

Gilbert Béréziat : Bien sûr, on peut faire ça. Mais ce n'est pas la voie que nous avons suivie à l'UPMC, puisque nous sommes en train de nous fédérer avec l'université Panthéon-Assas (droit) et l'université Paris-Sorbonne (sciences humaines et sociales). Pourquoi ? Parce que dans l'avenir, nous pensons que les jeunes qui auront eu une double formation en sciences pures, bonnes, excellentes, et aussi une formation dans les disciplines qui donnent une ouverture culturelle plus large, auront plus d'opportunités d'affronter les difficultés à venir.

Donc nous ne voulons pas du tout devenir une super-université technologique comme celle de Zurich ou de Lausanne. Je rappelle que le MIT possède un département de sciences humaines extrêmement riche et qui n'est pas destiné à former des businessmen ou businesswomen.

Thomas : Pourquoi ne pas réformer en profondeur le système CPGE + grandes écoles en l'intégrant aux universités pour en finir avec cette dualité franco-française ?

Gilbert Béréziat : Je suis plus radical que vous : pourquoi ne pas supprimer les classes préparatoires, qui ne sont que des lieux de training intense, de coaching intense, de dopage intellectuel destinés à faire réussir des élèves à un concours ? Je pense que le cycle licence devrait être un cycle d'orientation, et évidemment d'orientation sélective, permettant tout à la fois l'orientation vers des écoles d'ingénieurs, de management, etc. et vers les filières plus traditionnelles d'érudition ainsi que des filières de formation par la recherche et à la recherche. Je pense qu'à l'âge de 17-18 ans, les élèves doivent s'épanouir, et pas être formatés.

M.Siebert : Pourquoi ne pas faire payer uniquement les redoublements universitaires pour encourager l'investissement des étudiants ?

Gilbert Béréziat : Pour faire réussir des étudiants, il faut qu'ils comprennent que, inscrits dans un cycle, ils doivent faire le travail nécessaire pour avoir le minimum requis par le diplôme. L'Etat et les institutions doivent pouvoir leur en donner les moyens (bourses, prêts à taux zéro, etc.).

Certains n'auront pas la capacité d'aller dans le cycle master, il faut le reconnaître et les aider à s'insérer sur le marché du travail. C'est ce que beaucoup d'universités ont fait ces dernières années en développant les licences professionnelles. Dans beaucoup de disciplines, il est impensable d'avoir une formation à la recherche et de la cumuler avec un travail à temps complet ou même à mi-temps.

C'est pourquoi, par exemple, à l'UPMC, nous n'acceptons pas d'étudiants en doctorat si celui-ci n'est pas financé, c'est-à-dire s'ils n'ont pas une bourse, privée ou publique, leur permettant de consacrer tout leur temps à la recherche et à la préparation de leur doctorat. Il est vrai que de ce point de vue les sciences humaines et sociales sont défavorisées. C'est lié au fait que dans les disciplines littéraires, beaucoup de thésards se recrutent parmi les professeurs du second degré. Et on peut difficilement faire une thèse en trois ans et avoir une activité salariée à plein temps.

On pourrait peut-être s'interroger aussi sur la nécessité de fabriquer autant de thésards dans ce secteur.

Guest :  Est-ce que les montants doivent être fixés par la loi de l'offre et de la demande? Quelle régulation mettre en place pour s'assurer d'une certaine justice?

Gilbert Béréziat : Ce que je n'ai pas très bien compris dans la décision de Dauphine, c'est si l'argent dégagé par le paiement des droits d'inscription par les plus "fortunés" était destiné entièrement à subventionner les moins fortunés. Si c'était le cas, je ne pourrais que m'en réjouir. Mais j'ai bien peur que ce soit aussi pour compenser la faiblesse du financement par l'Etat des universités.

JR :  Si les frais universitaires n'augmentent pas, de quelle manière l'université peut-elle se procurer des revenus plus importants qu'actuellement ?

Gilbert Béréziat : Il faut bien comprendre que dans les plus onéreuses, pour les étudiants, des grandes universités américaines, le revenu généré par les droits d'inscription ne dépasse pas 20 % du budget de l'université. Pourquoi ? Parce que dans ces universités, c'est d'une part les revenus de la capitalisation qu'elles ont réalisée depuis plus d'une centaine d'années qui financent l'université, et d'autre part, l'activité de recherche financée à presque 80 %, voire 90 %, par les différentes agences de l'Etat américain.

Si vous prenez l'UPMC, 80 % de son budget sont liés à son activité de recherche, d'une manière ou d'une autre. Donc ce problème des droits d'inscription se pose d'abord dans les universités qui n'ont pas la force de frappe que procure la recherche scientifique dans les sciences dures.

Enfin, le problème des Fondations dans notre pays est très compliqué. Parce que les grands donateurs potentiels (mécènes, grosses firmes du CAC 40, etc.) sont issus du système des grandes et des petites écoles. Donc ils donneront en priorité à Polytechnique. Certes, cela peut changer. Mais c'est un très long chemin. Nous y travaillons depuis trois ans à l'UPMC. Nous avons mis deux ans avant de créer notre Fondation partenariale, et nous n'avons pas encore pu déclencher de campagne de levée de fonds d'un niveau comparable aux universités étrangères.

Il nous faut d'abord recréer un réseau d'anciens de l'université, qui n'existe pas en France. Et d'une certaine manière, cela nous ramène à la question de départ : l'université étant gratuite, le sentiment d'appartenance à cette université est faible.

Les étudiants pensent que l'Etat leur a donné l'éducation supérieure et n'ont qu'une reconnaissance modérée pour l'université qui a fait le business. Et c'est le problème majeur de l'université française aujourd'hui.

Chat modéré par Philippe Jacqué

 

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Published by Libre FSU Evry
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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 22:29

Avant de revenir sur quelques étapes du syndicalisme à Evry et sur la stratégie politico-syndicale  qui fut la mienne sur une dizaine d’année, j’ai trouvé quelques petites perles du camarade Béréziat…

A bientôt

Yves Sabourdy

 

 

 

Requiem pour un secrétaire général (mars 2009)

http://www.gilbertbereziat.fr/2009/03/

 

Maintenant que le mouvement universitaire entre en apoptose, il va falloir tirer les leçons du énième échec d’une mobilisation universitaire qui reflétait pourtant un malaise bien réel. Le fond de la crise universitaire, en France comme dans beaucoup de pays d’Europe (des campus madrilènes à ceux des états baltes) repose d’abord sur le sous-financement bien connu de leurs universités par rapport à celles du nord de l’Europe. Mais chez nous elle se double d’une indéniable crise de la représentation universitaire et du système caporalisé issu de l’empire et consolidé par la troisième république.

Par un hasard du calendrier, cette crise agonise alors que se réunit le congrès du SNESup, syndicat majoritaire qui affiche 6 000 adhérents soit moins de 7 % de l’ensemble des enseignants du supérieur. La lecture du rapport d’activité de la direction sortante montre bien l’autisme dont elle a fait preuve depuis que l’actuel secrétaire général a pris ses fonctions en 2005. Les déclarations de victoire devant le moindre recul du ministère ne peuvent masquer l’absence totale d’un projet pour une université moderne et ouverte au monde tel qu’il est. En réalité si la direction sortante a refusé de participer aux négociations récentes c’est moins par un souci de suivisme vis-à-vis des « sauvons quelque chose », dirigés par des énergumènes sans aucune légitimité élective et à la légitimité universitaire incertaine, mais parce qu’elle n’avait aucune plateforme revendicative cohérente et crédible incluant aussi la possibilité d’un compromis. On est à mille lieues des grandes négociations que nous avons menées dans le passé avec des gouvernements de droite (Saunié-Seïté, Soissons) dans des contextes ô combien plus difficiles !

Finalement la seule bonne nouvelle de ce congrès c’est l’annonce du départ du secrétaire général. Sans trop d’illusion, souhaitons à son successeur de savoir retrouver la voie d’un syndicalisme qui sache aussi renouer avec la logique de compromis (ce qui ne veut pas dire compromission) et qui ne crache pas sur les adhérents impliqués dans des gestions universitaire authentiquement progressistes pour des motifs idéologiques. Souhaitons donc, là encore sans trop d’illusion, que la tendance majoritaire « action syndicale » sache débarrasser le syndicat de ses tentations gauchisantes comme nous l’avions fait en 1969 à Rouen.

En France les universitaires ont été placés (se sont placé ?) sous la bienveillante protection du pouvoir de l’Etat et sont nommés par le président de la république qui est ainsi le garant de toutes les déviances observées. Or toutes les organisations universitaires européennes appellent au renforcement de l’autonomie comme indispensable pour doter l’Europe d’un système universitaire capable d’apporter sa pierre dans le combat contre la récession. Le suisse Jean Marc Rapp, qui vient d’être élu à la présidence de l’association des universités européennes vient de rappeler avec force à la convention de Prague que l’Europe doit disposer d’universités plus fortes et disposant d’une autonomie renforcée pour qu’elles puissent faire face à une demande accrue de nos sociétés :

* « Widening participation in universities, and improving lifelong learning opportunities and ensuring relevant and innovative study programs for all
* Ensuring that European universities have a strong research profile and improving the careers of Europe’s young researchers
* Promoting internationalization and increasing mobility
* Improving quality and transparency in Europe’s universities
* Enabling European universities to diversify and increase funding. »

L’autonomie des grandes universités est plus que jamais nécessaire et de ce point de vue, le mouvement qui s’achève a été un mauvais coup porté à celle-ci. Le SNESup qui défend une dépendance accrue de l’Etat et toute la camarilla des petits despotes qui président les « conférences de quelque chose » peuvent être satisfaits. Mais il n’est pas sûr que les collègues, et encore moins les étudiants y trouverons leur compte dans les universités qui n’auront pas su résister à cette vague conservatrice. A ce propos, il est savoureux de lire l’information parue dans « Inside Higher Education » du 25 mars qu’un projet de malus salarial proposé par la présidence à l’université du Maryland (université d’Etat à Collège Park), destiné aux professeurs titulaires qui trois années durant auraient été évalués négativement ait été massivement rejeté par eux alors qu’il avait l’appui des étudiants et des enseignants non titulaires. Les étudiants se plaignant que passé la « tenure » certains enseignants se détournent d’eux. Comme quoi l’esprit de corps n’est pas un mal typiquement français.

Mais souhaitons aussi que le gouvernement tire aussi les leçons de la crise et renonce à s’immiscer dans des affaires universitaires des universités autonomes. Que ce soit pour les promotions, les primes et le choix de leurs enseignants et des étudiants. Qu’il en revienne à ce qui avait été convenu dans la loi, l’évaluation « ex-post » sur la base d’indicateurs déterminés en commun dans le cadre des contrats d’objectifs. Lesquels n’ont toujours pas été élaborés et votés par les 18 universités déjà autonomes. Et de grâce qu’il leur épargne à l’avenir les référentiels sympa en réalité pas sympa. Que le gouvernement, les syndicats et les associations de parents d’élèves s’attaquent d’abord, avant toute réforme de la formation des maîtres, à une véritable réforme de l’articulation second degré / enseignement supérieur et à une refondation drastique de la sélection des élites. C’est sur cette question, s’il y a débat national et il est urgent et nécessaire, qu’il faut se pencher.

Quarante sept pour cent des 3000 élèves admis dans les 14 premières « grandes » Ecoles en 2008 (Centrale Lyon & Paris, ISAE-Supaéro, Mines Paris, Polytechnique, Ponts, Supélec, Télécom Paris, Chimie Paris, ESPCI, Arts et métiers, ENS (Ulm, Cachan, Lyon), Véto, Agro) proviennent d’une dizaine de lycées parisiens ou versaillais et l’on dépasse les 50 % si l’on inclue St Maur les Fossés, Neuilly et Lakanal ! Avec des taux de réussite qui sont largement supérieur au double des établissements de province. Le nombre total des élèves sélectionnés qui présentent les concours est inférieur à 10 000, soit 2 % des 500 000 bacheliers sortant chaque année de l’enseignement secondaire. Et bien sûr je n’ai pas tenu compte des processus de sélection dans les « grandes » écoles de commerce et vers les carrières médicales.

On voit qu’en matière de sélection/ségrégation la France est bien placée pour figurer dans le palmarès mondial. Là est la source du « mal français » car il faut ajouter que parmi ces 3 000 lauréats, moins de deux cent auront reçu une formation aux arts et humanités ce qui est pourtant l’héritage dont la France se rengorge. Les autres auront été formatés à l’aune des mathématiques, de la physico-chimie et des sciences pour l’ingénieur. Image cruelle mais réaliste de la dérive française, il ne faut pas chercher plus loin pourquoi ce sont justement les facultés de lettre qui, tels les mineurs désespérés des bassins houillers du nord de la France, expriment actuellement encore leur désarroi et leur désespérance

 

 

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 21:38

  Nous publions cette synthèse d'un chercheur grec, les personnes averties trouveront facilement la ligne inspiratrice du papier....

 

L’avenir radieux vu par un chercheur grec !

A l’époque de l’adoption du traité de Maastricht, la plupart des Partis politiques Grecs de la Droite jusqu'à y compris une certaine Gauche, criaient victoire et prévoyaient un avenir radieux pour l’Union Européenne (UE). Ils récidivaient avec Nice, Bologne, Lisbonne et la « Constitution » Européenne, se déclarant convaincus que l’UE allait évoluer vers une apothéose de démocratie et de bien-être pour ses Peuples. Pour ce qui concerne l’union monétaire, la « zone euro » serait une oasis feutrée et ses Membres seraient éternellement à l’abri des crises économiques. Marx, Engels et leurs théories tordues et vieillottes pourraient passer définitivement aux oubliettes ; désormais, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Soit. Voici ce que l’on constate quelque temps après :

- Le « miracle » Irlandais a été démythifié. Le Scandinave aussi d’ailleurs…

- La Grèce est au bord de la faillite

- Le Portugal suit la route Grecque ; il est déjà « dégradé » par la Standard & Poors

- L’Espagne compte 20% de chômeurs ; elle est aussi « dégradée » par la Standard & Poors

- Le chômage est en hausse partout

- Tous les Gouvernements de l’UE mettent en place (de concert, Libéraux et Socialistes confondus…) des mesures comprenant augmentation substantielle de l’âge de départ à la retraite, gel ou diminution nette des salaires et des retraites, diminution des dépenses publiques (spécialement celles relatives à l’Education et à la Santé), « libéralisation » des licenciements, dégradation des relations de travail, privatisations, baisse des impôts sur les profits, hausse des impôts indirects.

- Le « mécanisme de sauvetage » ou « mécanisme de soutien », c.à.d. la « troïka » composée de la Commission Européenne (CE), de la Banque Centrale Européenne (BCE) et du Fonds Monétaire International (FMI), est déjà installé et actif en Hongrie, en Lettonie et en Roumanie (tous trois Pays de l’UE) avec des résultats bien palpables qui se résument ainsi :

 

 

 

Pays

Somme

prêtée

(milliards

d’euros)

 

Mesures prises

Conséquences

Hongrie

20

  • Gel des salaires pour 2 ans
  • Disparition du 13ème salaire
  • Disparition de la 13ème
  • retraite
  • Age de départ à la retraite augmenté de 3 ans
  •  TVA à 18% pour les articles de première nécessité et

·         augmentation à 25% du taux de 20% pour tout autre article

  • Diminution de 10% des allocations maladie et des pensions d’invalidité
  •  6% de hausse du prix des carburants, du tabac et del’alcool
  •  Annulation des subventions aux collectivités locales
  • Triplement de l’échelle d’imposition des personnes physiques
  •  Diminution de 5% des cotisations patronales au régime des retraites des salariés

 

  •  11% de chômage (taux officiel…)
  • Chute de 17% de la production industrielle et agricole
  •  Chute de 5% des ventes au détail
  • Triplement du pourcentage de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté
  • Moyenne des pensions de retraite à 230 euros
  •  Chute de l’espérance de vie de la population ; la
  • Hongrie se place désormais à la 80ème place dans le monde pour cet indicateur.Elle est la dernière parmi les membres de l’UE pour« le nombre d’années en bonne santé après l’âge de 50 ans »
  •  12.000 licenciements aux collectivités locales

 

 

Lettonie

11

  •  Diminution de 10% des retraites
  •  Moyenne des pensions de retraite à 245 euros
  •  Fermeture du 10% des Etablissements du Secondaire
  •  Diminution jusqu'à 40% des salaires des Enseignants et du Personnel Hospitalier
  • Licenciement de milliers de Fonctionnaires et diminution de 20% du salaire de ceux qui n’ont pas été licenciés
  •  Jusqu'à 50% de diminution des dépenses publiques pour la Santé   
  •  Abaissement du revenuexonéré d’impôts pour les Salariés
  • TVA à 18% pour les articles qui ne sont pas de luxe

 

  •  Salaires diminués de 31% en moyenne ; dans certains cas la diminution a atteint 46%
  •  Taux de chômage à 22,5%; il a augmenté de plus de 7 unités en l’espace d’une année
  • Plus de 26% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté
  •  Le 51% des Retraités ne peut pratiquement survivre
  •  Le PNB a chuté de 24% De 121 Hôpitaux en 2006, le Pays n’avait que 59 en2009 et n’en possédera plus que 24 en 2013

 

Roumanie

20

 

  • Gel des prêts bancaires
  • Licenciement de 137.000 Fonctionnaires
  • Augmentation des taxes sur l’alcool, le tabac et l’immobilier
  •  Diminution importante des subventions sociales et services de l’Etat
  •  Baisse de 25% des salaires dans le Public et de 15% des pensions de retraite et indemnisations chômage

 

  • Le PNB a chuté de 7,1%
  •  Milliers de faillites et chute généralisée du chiffre d’affaires
  •  Environ 500.000 licenciements dans le secteur privé
  • Taux de chômage (officiel…) à 9%
  • Pauvreté enfantine à 33%
  • Deux tiers de la population déclarent « ne pas pouvoir s’en sortir »
  • Le 50% de la population ne peut subvenir à ses besoins essentiels dans un Pays où le seuil de pauvreté a été fixé à 158 euros mensuels

 

 

 

 

Ce même mécanisme à l’efficacité prouvée, a été appelé à « sauver » la Grèce, en lui prêtant environ 45 milliards d’euros dans un premier temps et de l’ordre de 70 milliards supplémentaires dans les deux années à venir (il s’agit bien sûr de prêt, avec un taux d’ intérêt largement supérieur au taux interbancaire, c.à.d. d’un accroissement substantiel de l’endettement de l’Etat et en aucun cas d’aide gratuite).

 On peut imaginer l’enchaînement des mesures qui sont déjà ou seront par la suite prises et de leurs tragiques conséquences :

emploi et relations de travail, éducation et santé, salaires, retraites et niveau de vie, tout ce qui a été bâti par le Peuple avec peine ou arraché avec des luttes, va être démoli.

 Pour ne pas s’étendre de façon démesurée en parlant des coupes claires dans les salaires, de hausse de TVA (le taux bas, récemment augmenté à 9% grimpe encore pour passer à 11% et celui de 19% passe à 23%...), de diminution des dépenses Publiques pour la Santé (et de la nette augmentation des dépenses des particuliers qui atteignent déjà le 60% du total) et des dépenses Publiques pour l’Education, d’augmentation des impôts sur les Personnes Physiques et de la nième diminution du taux d’imposition des bénéfices des Sociétés, on se contente d’un seul exemple, relatif au régime général des retraites :

- avant le « sauvetage », départ à la retraite après 35 ans de travail avec 70% du salaire

moyen des 5 « meilleures » années (années à plus hauts revenus salariaux)

- après le « sauvetage », départ à la retraite après 40 ans de travail avec 48% du salaire

moyen calculé sur toute la vie active (!)

Trois remarques :

 En Grèce, le salaire qui est pris en compte pour le calcul de la retraite est différent du salaire que touche un Salarié pendant qu’il est actif. Pour simplifier, ce dernier est formé (a) d’un salaire de base qui augmente avec l’ancienneté et (b) de primes, dans un rapport approximatif 65% / 35%. Le « salaire » qui est pris en compte pour le calcul de la retraite est seulement le salaire de base…

Si les Salariés commettent l’erreur de vivre plus longtemps qu’escompté, ils seront pénalisés : il est prévu que l’âge de départ à la retraite sera repoussé de trois à quatre mois chaque fois que l’espérance de vie augmentera d’un an

Vu l’évolution du Marché du Travail où précarité, emploi à temps partiel et chômage deviennent la règle, les 40 années de cotisation exigées pour une retraite « pleine » resteront de toute façon un rêve irréalisable pour l’écrasante majorité des Salariés

Bref, dans le domaine des retraites aussi, c’est un carnage ! Le révérend Malthus prend sa

revanche…

Et dans le passé ? Comment ce Peuple qui est appelé aujourd’hui à saigner à blanc a-t-il vécu ? Voici ce qui s’est passé ces 10 dernières années : ceux qui produisent la richesse du Pays, c.à.d. ceux qui travaillent, ont déboursé environ 500 milliards d’euros pour servir la dette contractée par les Gouvernements issus des mêmes Partis politiques (Droite et Socialiste) qui s’alternent au pouvoir depuis la chute de la dictature des Colonels en été 1974 : 340 milliards ont été déboursés pour couvrir intérêts et amortissement des obligations qui avaient été émises pour des durées de 5 et de 10 ans et qui sont venues à échéance durant cette décennie, auxquels il faut ajouter les sommes déboursées pour servir des emprunts à plus court terme (6 mois ou 1 an) qui ont été contractés.

5.000.000 de Travailleurs avec un salaire moyen de –disons- 1.500 euros par mois (optimiste puisque 50% des Salariés touchent moins de 1090 euros), ont déboursé 50 milliards par an pendant les dix dernières années. En moyenne, chacun a gagné 21.000 euros par an (14 salaires et on compte large…) et déboursé 10.000 pour la dette ; une année sur deux il a donc travaillé pour les Prêteurs. Sur dix ans de travail, cinq ans pour les Banquiers et autres Rentiers ! Et cette même personne doit maintenant se serrer encore plus la ceinture ! Le Travailleur actif mais aussi le Retraité, ce dernier touchant d’ailleurs en moyenne la pension mirifique de 650 euros par mois !

 

Il faut être clair. Les Banques (Grecques, Françaises, Allemandes, Américaines,..) ainsi que les autres Investisseurs (Grecs et Internationaux) qui détiennent des créances Grecques ou des créances d’autres Pays (y compris de Pays « forts » comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni), ne sont pas des Hors-la-loi. Leur fonctionnement est parfaitement légal. Elles fonctionnent en parfaite symbiose avec le Système économique et politique dans lequel elles évoluent, Système qui les a engendrées et qu’elles ont d’ailleurs contribué à façonner et à consolider, par l’intermédiaire notamment de Maastricht et autres Traités, Accords et Lois du même type.

 

Pour ce qui concerne la Grèce, Pays d’environ 11 millions d’habitants avec un PNB de l’ordre de 237 milliards d’euros, le Système de ces Accords, Traités et Lois a forgé un cadre économique dont voici quelques traits caractéristiques :

En l’espace de 12 ans, le PNB Grec a crû de 60% alors que le niveau de vie des Travailleurs a stagné (ceci avant les mesures récentes ; après l’accord avec la « troïka », il est prévu une chute libre de leur niveau de vie)

30.000 familles Grecques détiennent 50 milliards d’euros, déposés au « private banking » des Banques (il ne s’agit certainement pas d’Ouvriers, de Fonctionnaires, de petits Commerçants ou de petits Agriculteurs…). 40 milliards supplémentaires sont détenus par des Grecs vivant à l’Etranger

Les profits des Sociétés cotées à la Bourse des valeurs d’Athènes ont été de 11,3 milliards en 2007, de 10 milliards en 2008 et de 11,8 milliards en 2009, année pendant laquelle le Pays a été frappé de plein fouet par la crise

Une seule Banque Grecque a réalisé 6,3 milliards d’euros de bénéfices pendant les cinq dernières années

Des Sociétés Grecques ont investi (avec l’aide de l’Etat…) pour plus de 20 milliards d’euros à l’Etranger ; plus de 16 milliards d’euros ont été dirigés vers des Pays Balkaniques, essentiellement la Bulgarie et les quasi-Protectorats créés par les bombardements des Alliés UE/OTAN et la dislocation de la Yougoslavie qui s’en est suivie ; il fait bon d’investir dans ces contrées, les salaires y sont très bas…

Pendant la période 2004-2008 (Gouvernement de Droite), 3,5 milliards d’euros ont été gracieusement « offerts » aux Entreprises au titre d’impôts dus mais jamais encaissés par l’Etat ; en même temps, le taux d’imposition des bénéfices des Sociétés a chuté de 35% à 25% ; perte pour le budget de l’Etat : environ 5,5 milliards d’euros (pendant la période d’avant 2004, Gouvernement socialiste, ce même taux avait chuté de 45% à 35%). Une nouvelle diminution, de 25% à 20% est attendue incessamment (Gouvernement socialiste à nouveau…)

Des études estiment à environ 10.000 le nombre des Sociétés « off-shore » d’intérêts Grecs et à 500 milliards d’euros leur chiffre d’affaires annuel global ; ces Sociétés échappent bien-évidemment à l’impôt ; leurs Propriétaires ne sont certainement pas des Ouvriers, des Fonctionnaires, des petits Commerçants ou des petits Agriculteurs

Une partie (entre 6 et 6,5 milliards d’euros) des sommes qui sont annuellement encaissées par les Sociétés au titre de la TVA, n’est jamais restituée à l’Etat (qui ne la réclame d’ailleurs pas …)

Environ 5.000 Sociétés doivent approximativement 31 milliards d’euros à l’Etat à des titres divers

Les cotisations Patronales dues (et jamais versées…) à la Caisse de Retraite des Salariés, atteignent 6,5 milliards d’euros. L’Etat lui-même doit à la Caisse des sommes considérables, s’élevant au bas mot à 10,5 milliards d’euros.

Des fonds très importants, appartenant aux Caisses de Retraite, ont été carrément pillées (légalement…) au fil des ans. Par exemple, il fut un temps où les surplus des Caisses étaient obligatoirement déposés sans intérêt à la Banque Centrale pour « aider au développement du Pays », en fait pour subventionner les grosses Entreprises. Au contraire, chaque fois que les Caisses avaient besoin de liquidités, elles étaient obligatoirement dirigées vers le Marché libre, d’où elles empruntaient au taux fort. Il faut noter que les Conseils de Direction des Caisses sont chaque fois nommés par le Gouvernement en place. Depuis quelques années, d’un commun accord les Partis de Droite et Socialiste ont légiféré pour « permettre » aux Directions des Caisses à jouer leurs réserves de liquidité à la Bourse, avec des résultats catastrophiques (pour les Caisses bien-sûr…). Ils les ont même forcées à acheter des obligations « toxiques », c.à.d. à haut risque, avec bien-sûr pour résultat des grosses pertes. Depuis les années 1950, les avoirs des Caisses ainsi pillés se chiffrent à plus de 50 milliards d’euros, sans compter les intérêts ! Si seulement une partie en était restituée, le fameux « trou » du système disparaitrait et les Salariés Grecs auraient sans aucun problème pu jouir de retraites substantielles, leur assurant un niveau de vie convenable. Au lieu

de ceci, on rogne les retraites de 600 euros sous prétexte de « rendre le système viable » !..

Le taux d’inflation annuelle, de 1% qu’il était en Avril 2009 est passé à 4,8% en Avril 2010. Ceci est dû à la hausse des impôts indirects (TVA et taxes spéciales sur carburants, alcool et tabac), la hausse des péages des autoroutes privatisées, des transports en général etc. L’impact du plan de « sauvetage » n’y est pas encore intégré

Les Armateurs Grecs, c.à.d. les quelques familles qui possèdent le 20% de la flotte marchande mondiale (soit le 40,9% de la flotte marchande de l’UE) a acheté en 2009 (année de crise…) des navires d’occasion pour plus de 3,16 milliards d’euros ; il en a aussi commandé de neufs pour plus de 30 milliards d’euros. En même temps, la majorité des marins Grecs est au chômage ou a dû changer de métier ; des équipages originaires des Philippines, d’Indonésie et autres lieux exotiques sont enrôlés à la place, coûtant trois fois rien et travaillant sans Convention de Travail et sans Droits Syndicaux, aux galères des temps modernes.

L’appareil productif du Pays a été en grande partie démantelé. D’importantes branches telle les chantiers navals ont été privatisées et conduites au marasme. L’électricité, les autoroutes, les télécommunications, les raffineries, les Banques, le transporteur aérien national ont été privatisés ; suivent la Poste, le Chemin de Fer et la distribution d’eau potable dans les grandes agglomérations. La Grèce, exportatrice de produits agricoles avant d’intégrer l’UE, en est maintenant largement déficitaire.

A l’instar du Gouvernement Américain et des Gouvernements d’autres Pays de l’UE, le Gouvernement Grec (au Printemps 2009, Gouvernement de Droite) a mis à la disposition des Banques Grecques 28 milliards d’euros (12% du PNB !) ; ensuite, ces mêmes Banques prêtent à l’Etat à des taux usuriers. 15 milliards supplémentaires sont mis à la disposition des mêmes Banques par le Gouvernement (Printemps 2010, cette fois Gouvernement socialiste) et encore 10 milliards, pris sur le prêt « consenti » par la troïka, vont constituer une « caisse de protection » du Système Bancaire !

Pour créer des « nouveaux » postes de travail, il faut commencer par faire le vide ; on a donc, dans le cadre de ce même accord avec la troïka, libéralisé le régime des licenciements en augmentant le pourcentage de ses Salariés qu’une Entreprise peut mettre simultanément à la porte, tout en diminuant substantiellement la hauteur des indemnisations correspondantes

On ne compte plus les milliards qui sont continûment et gracieusement offerts par le Budget de l’Etat pour subventionner les investissements des Entreprises et pour les « aider » à embaucher (des jeunes à très bas salaire dont le Contribuable paiera les cotisations de Sécurité Sociale à la place des Patrons…)

Pour compléter la description du cadre Grec, il faut noter que durant ces quelques

derniers mois, la propagande émanant de journaux, chaines de TV et de radio, du

Gouvernement, des Partis Politiques de droite, d’extrême droite et socialiste, de

Journalistes, de Professeurs savants, d’Analystes, a atteint une ampleur et une intensité

jamais vues depuis des décennies ; ces dernières semaines elle a même atteint une sorte

de paroxysme. Il s’agit de convaincre à tout prix le Peuple que les mesures de

« sauvetage » arrêtées sont une nécessité absolue, que leur acceptation est une question

de vie ou de mort pour le Pays et qu’enfin, garder la tête baissée et l’échine pliée est un

devoir patriotique ! Le Parti Communiste Grec qui s’y oppose, est presque ouvertement

accusé de haute trahison…

Les mesures barbares sont officiellement imposées au Peuple Grec au nom de la « crise

économique » et de « la nécessite d’en sortir au plus tôt ». Quelques remarques :

Le « cas Grec » n’a rien d’exceptionnel : en 2009, dette publique 115,1% du PNB

(Italie 115,8%) et déficit budgétaire dont l’estimation par la Commission Européenne

a varié de 12% en Janvier 2010 jusqu'à 13,6% en Avril (Irlande 14,3%, Grande

Bretagne 12,3%, Espagne 11,2%) ; voici quelques autres indicateurs :

o chiffres relatifs à la dette totale 2009 (c.à.d. ce qu’ont emprunté Etat, Entreprises

et Particuliers), en % du PNB: moyenne de la zone euro 175, Grèce 179 mais

Italie 194, Portugal 197, Espagne 207, Belgique 219, Irlande 222 et Pays Bas 234

o données relatives à la dette extérieure totale (c.à.d. ce qu’ont emprunté Etat,

Entreprises et Particuliers à des Banques étrangères) en % du PNB : Espagne 80,

Grèce 89,5 mais Portugal 130

Le « pacte de sauvetage » ayant été conclu avec la troïka, un accroissement de la dette

publique est attendu pendant les dix prochaines années suivant les estimations du FMI

(149% du PNB est attendu en 2013) avant que celle-ci ne recule à 120% du PNB en

2020 ; le taux de chômage a officiellement dépassé 12% en Avril et risque d’atteindre

15% à la fin de cette année et jusqu'à 20% l’année prochaine (!)

Le front de propagande attribue la Crise aux agissements de quelques « mauvais

gestionnaires », à un Ministre « incompétent » ou même « corrompu » ou à quelques

mauvais Banquiers (de préférence des Etrangers, pas des autochtones, les « nôtres »

sont vertueux…) « avides de profits » ; « on » va même jusqu’à admettre qu’un

Gouvernement aurait pu être « incapable » (par le passé ; l’actuel est bien sûr parfait).

Au passage « on » n’hésite pas à sacrifier un bouc émissaire, même haut placé. Bref,

« on » est disposé à faire toutes sortes de pirouettes, pourvu que le Système qui écrase

le prix du Travail, favorise la production anarchique, déifie l’augmentation du Profit

et donc –inévitablement- engendre des Crises, ne soit pas mis en cause !

« On » évite soigneusement d’expliquer pourquoi ceux qui ont été obligés de se serrer

la ceinture avant la crise pour « aider au développement économique du Pays »,

« sortir l’Economie du tunnel », « augmenter la productivité », « converger avec les

économies des autres Pays de l’UE » « satisfaire aux critères d’admission à la zone

euro » etc., doivent payer aussi pour « sortir de la crise », au déclenchement de

laquelle ils n’ont nullement contribué

Par l’intermédiaire de l’accord avec la troïka il s’effectue en fait un transfert de richesses

massif, forcé et brutal du Peuple vers l’Oligarchie locale mais aussi internationale,

directement ou après un passage par les caisses de l’Etat. Ce transfert est estimé à 45

milliards d’euros pour les 3 premières années (2010-2012) de la présence de la troïka en

Grèce. Mis à part les transferts directs de fonds, le but principal du Système mis en place

par l’Oligarchie (locale mais aussi internationale) et ses émanations diverses (troïka,

Gouvernement, Partis de Droite, d’extrême Droite et Socialiste), est de baisser

considérablement le prix du Travail et d’en modifier structurellement le Marché

(précarité, flexibilité, travail à temps partiel, facilité de licenciement, abaissement de

l’indemnisation pour licenciement) dans l’optique d’un accroissement à outrance de la

compétitivité. Les retraites doivent également être écrasées dans le double but (a) d’alléger jusqu'à annulation les charges Patronales et (b) de réduire les fonds que le Budget verse aux Caisses de Retraite et disposer ainsi de moyens supplémentaires pour « aider » de façon encore plus substantielle les Entreprises.

 

Les mesures prises (qui ne sont pas du tout provisoires comme le front de propagande le prétend, au contraire, elles sont venues pour rester…) ressemblent beaucoup plus à la contribution Grecque à la « stratégie Europe 2020 » qu’à un effort pour « sortir de la crise ». Cette politique n’est pas exclusivement Grecque, loin s’en faut. Les mesures appliquées rappellent étrangement celles qui étaient préconisées par la CE il y a plus de 10 ans lesquelles, pour des raisons diverses, n’avaient pu être mises en place à l’époque ;

  • par exemple, la Directive Européenne 59/98 du 1er Septembre 1998 donnait déjà le ton pour légaliser les licenciements massifs. Les changements structurels du Marché du Travail étaient déjà demandés par Jacques Delors, demande réitérée par Jacques Santer, son successeur à la présidence de la CE, lors de la réunion de Davos en 1995.

Pratiquement tout ce qui se passe aujourd’hui avait déjà été conçu dans l’optique de Lisbonne pour « l’économie Européenne la plus compétitive en 2010 », longtemps avant que tout soupçon de crise n’apparaisse. Le but n’a pu être atteint à temps ; il a donc été réaffirmé avec pour horizon l’année 2020 et les différents Etats Européens, dans le cadre de l’« Europe 2020 ; une stratégie pour une croissance intelligente, durable et inclusive », prennent des mesures pour que chacun puisse mieux placer ses Oligarques dans la course internationale (mais aussi intra-UE…) à la compétitivité.

Au nom de la « Stratégie Europe 2020 » ou de la « sortie de la crise », de la « résorption de la dette », de la « réduction du déficit », du « redressement économique », de la « défense de l’euro » et même de la « défense de la Patrie » -les prétextes ne manqueront pas- tous les Peuples d’Europe sans exception, se verront imposer des sacrifices sans fin.

Aucun secteur d’activité ne sera à l’abri, aucun acquis social ne sera épargné. En fait, il serait beaucoup plus franc et efficace d’adopter, au lieu de toutes ces mesures, une loi unique rétablissant l’esclavage ; le but « Europe, économie la plus compétitive en 2020 » n’en serait que plus facilement atteint.

Nicos Catsaros, Athènes, Mai 2010

N.C.S.R. "Demokritos" Institute of Nuclear Tecnology Radiation Protection
Ag.  Paraskevi  Attikis 
GR-153  10  ATHENS
GREECE

 

N.B. : Les chiffres cités sont dans leur grande majorité tirés d’articles publiés ces derniers mois dans le quotidien Grec « Rizospastis ». Ceux relatifs à la dette publique apparaissent au Communiqué de presse « euroindicateurs » no 55/2010 d’EUROSTAT du 22 Avril 2010. Ceux relatifs à la dette totale et à la dette extérieure totale, ont été tirés d’un article de G. Delastic publié au quotidien Grec « Ethnos » du 11 Février 2010.

 

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 15:45

 café sciences sociales

Jeudi 27 mai 2010 - 19h à 21h

2 rue Berger 75001 Paris

 

 

Quelles retraites pour demain ?

 

 

avec :

- Pierre-Yves Chanu, représentant de la CGT au COR,

- Thomas Piketty, Ecole d’économie de Paris,

- Henri Sterdyniak, OFCE,

- Guillaume Duval rédacteur en chef d’Alternatives économiques qui animera le débat

…et vous, peut-être...

Avec la participation d’

Association des Professeurs de Sciences Economiques et Sociales   APSES

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 19:31

Le collectif indépendance des chercheurs publie des articles politiquement incorrects mais stimulants pour la réflexion.

Dans un contexte où il est bon de sortir de nos analyses franco françaises le rappel des orientations prises dans les concertations internationales du capital et les liens qu’il tissés avec des hommes politiques de droite et du PS, des journalistes ne peuvent nous laisser indifférents.

Quelques références.

YS

 

 

http://science21.blogs.courrierinternational.com/

 

 

 

L'avenir de la recherche française et européenne sera-t-il décidé par des professeurs d'Economie et des membres de think tanks ? Si vous avez regardé la composition de la "commission Aghion", vous aurez remarqué l'absence de représentants des "sciences moins prestigieuses" (toutes sauf l'Economie, la "gouvernance " et la "gestion"), au bénéfice de professeurs d'Economie, "gestionnaires", membres de thik tanks comme Bruegel...

Pourtant, la "brillance" de ce monde très bien rémunéré semble être attestée par la catastrophe économique des pays occidentaux après deux longues décennies de délocalisations et d'exportation de capitaux, recherche et haute technologie comprises.

Pour rappel, ces articles par exemple :

Délocalisations, recherche scientifique et propagande politique

Recherche scientifique et technologique : où est la « guerre économique » ?

La Chine et la débâcle de la "division internationale du travail"

CNRS, délocalisation de la recherche et débâcle européenne (I)
CNRS, délocalisation de la recherche et débâcle européenne (II)
CNRS, délocalisation de la recherche et débâcle européenne (III)


Et sur le rapport Aghion :

Rapport Aghion et recherche prolétarisée
Amy Bishop, "autonomie" des universités et rapport Aghion
Rapport Aghion, "destruction créatrice", CNRS et universités
Universités françaises et OPA patronale (I)
Universités françaises et OPA patronale (II)
Universités françaises et OPA patronale (III)
Universités françaises et OPA patronale (IV)
Universités françaises et OPA patronale (V)

Quant à Bruegel, voir :

http://www.bruegel.org/


Or, l'ancien président et principal fondateur de Bruegel, l'ancien commissaire européen Super-Mario Monti, vient d'accéder à la présidence européenne de la Commission Trilatérale. Voir la liste officielle des membres de la Trilatérale de mai 2010.

Mario Monti est actuellement le président de l'Università Commerciale Luigi Bocconi (université privée) :

http://www.unibocconi.it/wps/wcm/connect/SitoPubblico_IT/Albero+di+navigazione/Home/?lang=it
http://fr.wikipedia.org/wiki/Université_Bocconi

Le Wikipédia italien nous apprend, à propos de l'activité de recherche de Monti  :

http://it.wikipedia.org/wiki/Mario_Monti

Uno dei risultati più importanti della sua attività di ricerca è il modello di Klein-Monti che descrive il comportamento di una banca in regime di monopolio

(fin de citation)

Voir aussi cet article d'Indépendance des Chercheurs :

CNRS et piège européen (I)

Indépendance des Chercheurs :

Grèce : la faillite planifiée des Etats souverains
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (I)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (II)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (III)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (IV)
Bilderberg, la Trilatérale... et le monde (V)
Pierre Mendès France et les institutions européennes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Cordialement

Le Collectif Indépendance des Chercheurs
http://science21.blogs.courrierinternational.com/

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 07:46

Notre habitude n'est pas de publier des articles directement politiques mais le syndicalisme ne peut échapper à ce débat. De plus, publier un sociologue français et vivant, qui de plus a quelque chose à dire est un plaisir si rare!

 

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/05/22/ce-que-serait-ma-gauche_1361550_3232.html

 

 

Point de vue

Ce que serait "ma" gauche

LE MONDE | 22.05.10 | 13h18  •  Mis à jour le 22.05.10 | 13h18



La gauche. J'ai toujours répugné ce la unificateur qui occulte les différences, les oppositions, et les conflits. Car la gauche est une notion complexe, dans le sens où ce terme comporte en lui, unité, concurrences et antagonismes. L'unité, elle est dans ses sources : l'aspiration à un monde meilleur, l'émancipation des opprimés, exploités, humiliés, offensés, l'universalité des droits de l'homme et de la femme. Ces sources, activées par la pensée humaniste, par les idées de la Révolution française et par la tradition républicaine, ont irrigué au XIXe siècle la pensée socialiste, la pensée communiste, la pensée libertaire.

Le mot "libertaire" se centre sur l'autonomie des individus et des groupes, le mot "socialiste" sur l'amélioration de la société, le mot "communiste" sur la nécessité de la communauté fraternelle entre les humains. Mais les courants libertaires, socialistes, communistes sont devenus concurrents. Ces courants se sont trouvés aussi en antagonismes, dont certains sont devenus mortifères, depuis l'écrasement par un gouvernement social-démocrate allemand de la révolte spartakiste, jusqu'à l'élimination par le communisme soviétique des socialistes et anarchistes.

Les fronts populaires, les unions de la Résistance n'ont été que des moments éphémères. Et après la victoire socialiste de 1981, un baiser de la mort, dont François Mitterrand a été l'habilissime stratège, a asphyxié le Parti communiste.

Voilà pourquoi j'ai toujours combattu le la sclérosant et menteur de la gauche, tout en reconnaissant l'unité des sources et aspirations. Les aspirations à un monde meilleur se sont toujours fondées sur l'oeuvre de penseurs. Les Lumières de Voltaire et Diderot, jointes aux idées antagonistes de Rousseau, ont irrigué 1789. Marx a été le penseur formidable qui a inspiré à la fois la social-démocratie et le communisme, jusqu'à ce que la social-démocratie devienne réformiste. Proudhon a été l'inspirateur d'un socialisme non marxiste. Bakounine et Kropotkine ont été les inspirateurs des courants libertaires.

Ces auteurs nous sont nécessaires mais insuffisants pour penser notre monde. Nous sommes sommés d'entreprendre un gigantesque effort de repensée, qui puisse intégrer les innombrables connaissances dispersées et compartimentées, pour considérer notre situation et notre devenir dans notre Univers, dans la biosphère, dans notre Histoire.

Il faut penser notre ère planétaire qui a pris forme de globalisation dans l'unification techno-économique qui se développe à partir des années 1990. Le vaisseau spatial Terre est propulsé à une vitesse vertigineuse par les quatre moteurs incontrôlés science-technique-économie-profit. Cette course nous mène vers des périls croissants : turbulences crisiques et critiques d'une économie capitaliste déchaînée, dégradation de la biosphère qui est notre milieu vital, convulsions belliqueuses croissantes coïncidant avec la multiplication des armes de destruction massive, tous ces périls s'entre-développant les uns les autres.

Nous devons considérer que nous sommes présentement dans une phase régressive de notre histoire. Le "collapse" du communisme, qui fut une religion de salut terrestre, a été suivi par le retour irruptif des religions de salut céleste ; des nationalismes endormis sont entrés en virulence, des aspirations ethno-religieuses, pour accéder à l'Etat-nation, ont déclenché des guerres de sécession.

Considérons la grande régression européenne. D'abord relativisons-la, car ce fut un grand progrès que l'émancipation des nations soumises à l'URSS. Mais l'indépendance de ces nations a suscité un nationalisme étroit et xénophobe. Le déferlement de l'économie libérale a surexcité à la fois l'aspiration aux modes de vie et consommations occidentales et la nostalgie des sécurités de l'époque soviétique, tout en maintenant la haine de la Russie. Aussi les idées et les partis de gauche sont au degré zéro dans les ex-démocraties populaires.

A l'Ouest, ce n'est pas seulement la globalisation qui a balayé bien des acquis sociaux de l'après-guerre, en éliminant un grand nombre d'industries incapables de soutenir la concurrence asiatique, en provoquant les délocalisations éliminatrices d'emplois ; ce n'est pas seulement la course effrénée au rendement qui a "dégraissé" les entreprises en expulsant tant d'employés et ouvriers ; c'est aussi l'incapacité des partis censés représenter le monde populaire d'élaborer une politique qui réponde à ces défis. Le Parti communiste est devenu une étoile naine, les mouvements trotskistes, en dépit d'une juste dénonciation du capitalisme, sont incapables d'énoncer une alternative. Le Parti socialiste hésite entre son vieux langage et une "modernisation" censée être réaliste, alors que la modernité est en crise.

Plus grave encore est la disparition du peuple de gauche. Ce peuple, formé par la tradition issue de 1789, réactualisée par la IIIe République, a été cultivé aux idées humanistes par les instituteurs, par les écoles de formation socialistes, puis communistes, lesquelles enseignaient la fraternité internationaliste et l'aspiration à un monde meilleur. Le combat contre l'exploitation des travailleurs, l'accueil de l'immigré, la défense des faibles, le souci de la justice sociale, tout cela a nourri pendant un siècle le peuple de gauche, et la Résistance sous l'Occupation a régénéré le message.

Mais la dégradation de la mission de l'instituteur, la sclérose des partis de gauche, la décadence des syndicats ont cessé de nourrir d'idéologie émancipatrice un peuple de gauche dont les derniers représentants, âgés, vont disparaître. Reste la gauche bobo et la gauche caviar. Et alors racisme et xénophobie, qui chez les travailleurs votant à gauche ne s'exprimaient que dans le privé, rentrent dans la sphère politique et amènent à voter désormais Jean-Marie Le Pen. Une France réactionnaire reléguée au second rang au XXe siècle, sauf durant Vichy, arrive au premier rang, racornie, chauvine, souverainiste.

Elle souhaite le rejet des sans-papiers, la répression cruelle des jeunes des banlieues, elle exorcise l'angoisse des temps présents dans la haine de l'islam, du Maghrébin, de l'Africain, et, en catimini, du juif, en dépit de sa joie de voir Israël traiter le Palestinien comme le chrétien traitait le juif.

La victoire de Nicolas Sarkozy fut due secondairement à son astuce politique, principalement à la carence des gauches. Sous des formes différentes, même situation en Italie, en Allemagne, en Hollande, pays de la libre-pensée devenant xénophobe et réactionnaire. La situation exige à la fois une résistance et une régénération de la pensée politique.

Il ne s'agit pas de concevoir un "modèle de société" (qui ne pourrait qu'être statique dans un monde dynamique), voire de chercher quelque oxygène dans l'idée d'utopie. Il nous faut élaborer une Voie, qui ne pourra se former que de la confluence de multiples voies réformatrices, et qui amènerait, s'il n'est pas trop tard, la décomposition de la course folle et suicidaire qui nous conduit aux abîmes.

La voie qui aujourd'hui semble indépassable peut être dépassée. La voie nouvelle conduirait à une métamorphose de l'humanité : l'accession à une société-monde de type absolument nouveau. Elle permettrait d'associer la progressivité du réformisme et la radicalité de la révolution. Rien n'a apparemment commencé. Mais dans tous lieux, pays et continents, y compris en France, il y a multiplicité d'initiatives de tous ordres, économiques, écologiques, sociales, politiques, pédagogiques, urbaines, rurales, qui trouvent des solutions à des problèmes vitaux et sont porteuses d'avenir. Elles sont éparses, séparées, compartimentées, s'ignorant les unes les autres... Elles sont ignorées des partis, des administrations, des médias. Elles méritent d'être connues et que leur conjonction permette d'entrevoir les voies réformatrices.

Comme tout est à transformer, et que toutes les réforme sont solidaires et dépendantes les unes des autres, je ne peux ici les recenser, cela sera le travail d'un livre ultérieur, peut-être ultime. Indiquons seulement ici et très schématiquement les voies d'une réforme de la démocratie.

La démocratie parlementaire, si nécessaire soit-elle, est insuffisante. Il faudrait concevoir et proposer les modes d'une démocratie participative, notamment aux échelles locales. Il serait utile en même temps de favoriser un réveil citoyen, qui lui-même est inséparable d'une régénération de la pensée politique, ainsi que de la formation des militants aux grands problèmes. Il serait également utile de multiplier les universités populaires qui offriraient aux citoyens initiation aux sciences politiques, sociologiques, économiques.

Il faudrait également adopter et adapter une sorte de conception néoconfucéenne, dans les carrières d'administration publique et les professions comportant une mission civique (enseignants, médecins), c'est-à-dire promouvoir un mode de recrutement tenant compte des valeurs morales du candidat, de ses aptitudes à la "bienveillance" (attention à autrui), à la compassion, de son dévouement au bien public, de son souci de justice et d'équité.

Préparons un nouveau commencement en reliant les trois souches (libertaire, socialiste, communiste), en y ajoutant la souche écologique en une tétralogie. Cela implique évidemment la décomposition des structures partidaires existantes, une grande recomposition selon une formule ample et ouverte, l'apport d'une pensée politique régénérée.

Certes, il nous faut d'abord résister à la barbarie qui monte. Mais le "non" d'une résistance doit se nourrir d'un "oui" à nos aspirations. La résistance à tout ce qui dégrade l'homme par l'homme, aux asservissements, aux mépris, aux humiliations, se nourrit de l'aspiration, non pas au meilleur des mondes, mais à un monde meilleur. Cette aspiration, qui n'a cessé de naître et renaître au cours de l'histoire humaine, renaîtra encore.


Né en 1921, directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin promeut une politique de civilisation adossée à une réforme de la pensée. Un hors-série du "Monde", "Une vie, une oeuvre", est consacré à cet intellectuel hors norme, qui a aussi bien analysé le phénomène yé-yé que le nouvel âge écologique, les stars que la crise de la modernité.

"Edgar Morin. Le philosophe indiscipliné" hors-série "Le Monde" 6,50 euros

 

Edgar Morin

Article paru dans l'édition du 23.05.10

 

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 18:54

FSU université Evry. A quand la rigueur pour les profiteurs de la crise ?

Communiqué FSU,
Les Lilas, le 7 mai 2010

François Fillon vient d’annoncer le gel des dépenses publiques, donnant ainsi un nouveau coup d’accélérateur à une politique déjà massivement destructrice d’emplois publics (RGPP, suppression d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite, stagnation des salaires…). Il annonce que les dépenses de fonctionnement devraient baisser de 10% en 3 ans dont 5 dès l’an prochain.

Cela veut dire l’éducation et la santé sacrifiées une fois de plus, cela veut dire des inégalités sociales renforcées avec l’appauvrissement des services publics, l’étranglement des budgets sociaux. Cela veut dire aussi une recherche publique cantonnées aux thématiques immédiatement rentables.

Cette politique prive la France d’emplois créateurs de richesses et qui alimentent la sécurité sociale. Elle va priver les salariés des améliorations de salaire nécessaires pour augmenter leur pouvoir d’achat. Elle prive les jeunes de perspectives d’accès rapide à un emploi stable tandis que leurs parents sont sommés de travailler plus longtemps : on voit la duplicité des injonctions à travailler plus longtemps, alors qu’on crée par les deux bouts les conditions de rétrécissement de la période réelle d’activité, amenant bel et bien à la baisse des pensions pour les uns et à la précarité, voire au chômage pour les autres.

La cure d’austérité ne distingue pas les âges de la vie !

L’objectif affiché est de ramener le déficit public à un taux inférieur à 3% du PIB en 2013. Nicolas Sarkozy et son gouvernement craignent le risque d’être « déclassés » et veulent être les premiers de la classe des disciples des agences de notation ! Leur choix est donc de s’en prendre toujours davantage aux salariés, aux retraités et futurs retraités, aux privés d’emplois alors que les banques, sauvées par les milliards qui ont creusé les déficits, en ont profité pour spéculer et faire payer aujourd’hui la crise au peuple Grec .

L’argent public doit aller aux services publics pour répondre aux besoins de la population et non aux spéculateurs dont il faut au contraire taxer les revenus. Pour trouver des ressources, il faut par exemple revenir sur le bouclier fiscal qui prive le budget de l’état de ressources indispensables permettant une redistribution essentielle pour réduire les inégalités. Une politique ambitieuse de créations d’emplois, notamment dans le cadre d’un développement industriel respectueux de l’environnement, doit être impulsée par les pouvoirs publics.

C’est une toute autre politique qu’il faut mener ! Il est désormais temps d’inverser la tendance qui voit s’accroître la part des profits et réduire la part du travail. Un autre partage des richesses doit s’imposer et être imposé au marché.

La journée nationale unitaire de mobilisation du 27 mai prochain sera l’occasion d’opposer à la solidarité des profits la solidarité citoyenne contre l’injustice sociale et fiscale pour le développement des services publics.

 

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 18:14

Solidarité avec le  peuple Grec !

 

Le FMI et la banque centrale européenne veulent faire payer la crise au peuple grec. Dans ce pays, des luttes nombreuses et massives se développent.

 

Il faut construire des solidarités de lutte pour défendre le progrès social dans toute l’Europe. Afin de marquer notre soutien aux luttes et à la population grecque, l’URIF CGT vous invite à accompagner massivement la délégation CGT qui se rendra Mercredi 5 mai à 16h00  devant la représentation de la commission européenne en France   288 boulevard Saint-Germain Métro Solferino. Ce rassemblement aura lieu en même temps que la manifestation organisée par les syndicats Grecs.

 

Un rassemblement se tiendra à 18 heures 30 à l’appel de plusieurs organisations politiques, syndicales ou associatives.

 

La FSU appelle à cette manifestation

 

Ce rassemblement aura lieu au même endroit - 288 boulevard Saint-Germain - Métro Solferino.

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 18:07

Communiqués de presse

Crise grecque, crise de l’Union européenne

Communiqué de Presse FSU Les Lilas, le 3 mai 2010

Au sein de l’Union européenne (UE), après la Hongrie (Octobre 2008) et la Lettonie (décembre 2008), la Grèce membre de la zone euro est aujourd’hui amenée à recourir à un prêt d’urgence auprès du FMI, combiné avec des prêts auprès de pays européens, Allemagne et France notamment. Face à la baisse de l’euro et aux premiers signes d’une contagion menaçant dans un premier temps le Portugal puis l’Espagne, un accord entre le FMI, les exécutifs des pays de la zone euro et le gouvernement grec a été trouvé dimanche 2 mai.

Mais des mesures d’austérité imposées par le FMI et les pays européens prêteurs frapperont l’ensemble des salariés grecs : hausse de 2% de la TVA, baisse des revenus des salariés du public et de l’ensemble des retraités pouvant dépasser 15% cumulée à un gel de leurs salaires ou retraites durant trois ans, recul de l’âge de départ à la retraite, licenciements facilités, etc.

Par contre aucune mesure n’est prise à l’encontre des intérêts des entreprises financières, pourtant largement à l’origine de la crise financière de 2008, et donc de l’explosion de la dette des Etats et de la crise actuelle.

Ainsi les pays membres de la zone euro, ne pouvant emprunter auprès de la Banque centrale européenne (BCE), sont obligés de se tourner vers les marchés financiers. Les banques se nourrissent ainsi sur le dos des Etats endettés, et donc au détriment des peuples : elles empruntent au taux de 1% auprès de la BCE, puis, simples intermédiaires, elles prêtent aux Etats à des taux fructueux, 3% pour la France ou l’Allemagne, et jusqu’à plus de 10% pour la Grèce.

Partout en Europe la dette et les déficits publics sont lourds de menaces sur les retraites, la protection sociale, les services publics... Le moment n’est-il venu de prendre au niveau de l’Union européenne (UE) des mesures pour protéger l’ensemble des citoyens, et en particulier de mettre la finance au service de la société ?

Tout d’abord il faudrait donner aux Etats de la zone euro la possibilité d’emprunter auprès de la BCE. Ensuite devrait être mise en place une politique fiscale redistributive et écologique, mettant notamment hors jeu les paradis fiscaux et freinant la spéculation. Cela permettrait de réduire les déficits publics en Europe, sans imposer aux salariés des plans de rigueur qui, d’ailleurs, portent le risque de freiner la production économique, d’aggraver la crise de la dette publique et de déboucher sur une crise politique majeure de l’UE et en particulier de la zone euro.

Il est urgent d’affirmer la solidarité des peuples face aux marchés et aux banques et de construire un mouvement de solidarité au niveau de toute l’Europe.

La FSU exprime tout son soutien et sa solidarité au peuple et aux syndicats grecs mobilisés. Avec eux, la FSU refuse que les salariés soient les victimes d’une crise dont ils ne sont pas responsables. A l’occasion de la journée de manifestations et de grève générale en Grèce, le 5 mai 2010, la FSU appelle à participer à un rassemblement unitaire le même jour à 18h30, devant la Délégation de la Commission européenne à Paris (288 Bd Saint Germain 75007).

 

 

 

 

 

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Etat de la mobilisation Univ

Notre camarade Sequinot de Lille tient à jour l'état de la mobilisation dans les universités et les IUT. Cliquez sur le lien:

http://www.univ-lille1.fr:80/snesup59-62/mobilisation/

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