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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 23:51

Pour une guérilla sociale durable et pacifique

18 Octobre 2010 Par Philippe Corcuff

 

 

Plutôt que s'enfermer dans le « tout ou rien », grève (vraiment) générale ou effilochement du mouvement : des pistes pour un mouvement durable, multiforme et convergent...

 

 

Un mouvement d'ampleur saisit le pays depuis début septembre en s'opposant à la contre-réforme Sarkozy des retraites : des millions de personnes engagées dans des manifestations à répétition et des grèves ponctuelles ou reconductibles, des centaines de milliers de lycéens ayant rejoint depuis quelque temps la mobilisation, entre 3/4 et 2/3 de la population exprimant sa sympathie avec les secteurs mobilisés.

 

Pourtant le pouvoir sarkozyste refuse pour l'instant de reculer (et même de vraiment négocier avec les segments les plus négociateurs du syndicalisme). Nicolas Sarkozy semble faire du passage en force de cette contre-réforme une question majeure d'identité politique dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012. Il augmente d'autant le niveau de rapport de forces requis pour faire bouger significativement le gouvernement, mais aussi, partant, le potentiel de radicalisation

Des risques et des pistes en germe

 

Pour l'instant, les grèves reconductibles ont eu un certain écho, mais n'ont pas connu de vagues généralisantes. On entend dans les cortèges syndicaux et dans les assemblées générales des secteurs les plus mobilisés, ou de ceux qui ont été les plus mobilisés par le passé, des appels pour ne pas « partir » seuls en reconductible ou pour ne pas s'y inscrire trop longtemps de manière trop isolée. Or le niveau de convergences et de radicalisation au sein de l'intersyndicale nationale ne laisse pas espérer la possibilité d'un mot d'ordre national de grève reconductible interprofessionnelle. On peut le regretter, mais on doit en tenir compte. Localement comme nationalement, des freins et des hésitations existent donc.

 

Par ailleurs, à l'approche du vote définitif de la loi, des voix syndicales commencent à se faire entendre selon lesquelles le mouvement pourrait difficilement perdurer au-delà de cette échéance parlementaire. Voix syndicales qui pourraient être bientôt rejointes par des voix politiques de gauche essentiellement préoccupées par l'échéance électorale de 2012

Un scénario de démobilisation pour l'après vacances de la Toussaint apparaît donc envisageable, bien que non inéluctable si l'on en prend conscience : effilochement du mouvement, divisions plus vives et plus publiques entre prudents et radicaux, impression d'avoir été floués pour ceux qui sont partis en reconductible, sentiment diffus de déception et amertume face au cynisme d'un pouvoir arrogant « droit dans ses bottes », recul de l'esprit derésistance devant la succession de défaites (depuis la victoire du CPE en 2006), attrait du repli néolibéral d'individus atomisés en concurrence les uns avecles autres à la place de l'action coordonnée d'individualités et de collectifsen quête du respect de soi dans la justice sociale... Envisager cette possibiliténe renvoie pas ici à un attrait morbide pour le goût de la défaite, mais doit stimuler un sursaut afin de l'éviter, quand il est encore temps. Car le dynamisme et l'enthousiasme, la joie de défendre sa dignité personnelle en disant « non » comme la gaieté d'être ensemble et de goûter aux plaisirs de la solidarité retrouvée (le « je lutte des classes », indissociablement individuel et collectif !) sont encore très présents, et même avivés par l'arrivée des lycéens (le magnifique « Je me révolte doncje suis » d'une banderole lycéenne à Nîmes samedi 16 octobre !) dans les manifestations. L'enjeu principal n'est-il pas, ce faisant, de préserver et de développer cette énergie en donnant un caractère plus durable au mouvement, dans la cohabitation inéluctable du pôle des prudents et du pôle des radicaux ?

 Or on a déjà sous les yeux des éléments de réponse dans le mouvement tel qu'il s'est spontanément construit au jour le jour : relative fluctuation des individus, des secteurs professionnels et des localités actifs dans les manifestations avec le maintien d'un niveau global élevé de mobilisation, des entrées et des sorties dans la grève ponctuelle, la grève reconductible et/ou les actions de blocage qui ne doivent pas être nécessairement interprétées comme une faiblesse du mouvement mais comme un potentiel de mobilité, des passages localement transversaux entre des aspects différents du combat anti-sarkozyste (retraites et solidarité entre générations, emploi, précarité, salaires, écologie, sécuritaire, discriminations racistes et stigmatisation des roms, sans papiers, médias, université et recherche, justice, « affaire Woerth/Bettencourt »...),des initiatives de solidarité permettant aux secteurs les plus combatifs de durer davantage, notamment. Une guérilla sociale et citoyenne anti-sarkozyste est ainsi en train de prendre forme, plus mobile, plus diffuse, plus protéiforme que l'idée qu'on pouvait se faire d'une « grève générale ».

Ne peut-elle devenir plus consciente d'elle-même, afin d'acquérir plus de repères stratégiques partagés et davantage d'efficacité tactique ? Pour se prolonger bien au-delà des vacances de la Toussaint dans un mouvement à l'horizon temporel élargi, qui irait pourrir le remaniement gouvernemental et même le Noël de Nicolas Sarkozy. Un mouvement qui accepterait pleinement la cohabitation de la prudence des modérés et des audaces des radicaux, qui mêlerait dans une dynamique commune ceux qui croient beaucoup à l'échéance électorale du2012 (mais qui auraient compris qu'un défaite sociale aujourd'hui obèrerait leurs chances de victoire électorale demain) et ceux qui pensent que le principal pour l'avenir d'une politique démocratique réellement alternative sejoue dans de tels processus d'auto-organisation populaire et citoyenne, comme de tous les autres plus perplexes... Un mouvement qui aurait donc un minimum de conscience commune d'un intérêt général du mouvement, par-delà les inévitables et légitimes divergences.

 

Plutôt le « Mai rampant » italien que le Mai 1968 français ? Pour pourrir le remaniement gouvernemental de Nicolas Sarkozy et son Noël...

Le passé, au travers de la mémoire des luttes conquérantes d'hier et de la lecture critique de leurs difficultés, constitue un aliment indispensable à notre action présente, pour résister aux évidences comme à la démoralisation portées par les élites dominantes. Dans cette perspective, le passé est une composante nécessaire à la confection de notre sens individuel et collectif de la dignité. Mais il ne faut peut-être pas se tromper de passé. Tous les passés n'ont pas la même puissance subversive quand on les confronte à tel ou tel événement présent. Leurs imaginaires respectifs et les leçons qu'ils nous aident à tirer ne fournissent pas tous des ressources aussi ajustées aux enjeux du présent. Dans cette perspective, la figure de la grève générale des salariés et des étudiants en Mai 1968 n'est peut-être pas la plus adéquate à ce que nous vivons avec ce mouvement. Ni peut-être d'ailleurs la grève paralysante des transports adossée à de puissantes manifestations en novembre-décembre 1995. Le « Mai rampant » italien, moins connu en France, n'apparaît-il pas un peu plus en phase ? Á l'heure de « la globalisation » néocapitaliste, les luttes des opprimés n'ont-elles d'ailleurs pas à métisser davantage leurs références au contact d'une variété d'expériences nationales et internationales ?

 

Qu'enest-il plus précisément du « Mai rampant » en Italie[1] ? Émergeant en 1966, le mouvement étudiant italien va connaître des premières jonctions avec la contestation ouvrière au printemps 1968. Puis, dans la période1968-1969, syndicalistes de diverses obédiences, militants associatifs et étudiants radicalisés vont renforcer leurs convergences et faire vivre sur un temps long un mouvement parsemé d'une multiplicité d'affrontements avec le pouvoir politique et le pouvoir patronal, sans connaître un moment de paralysie généralisée (à la manière de notre Mai 1968). Luttes universitaires et luttes ouvrières locales, luttes urbaines contre la hausse des loyers, journées d'action professionnelles et journées de grève générale, manifestations localisées et manifestations nationales, etc. : le mouvement connaît une mobilité et une dynamique protéiforme débouchant sur une série d'acquis sociaux. Il ne s'agit pas d'ériger la situation italienne de l'époque en « modèle », alors que nombre de caractéristiques de la situation française actuelle sont fort éloignées, mais d'y puiser dans une comparaison raisonnée une vision plus diversifiée du rapport au temps des mouvements de contestation, en s'émancipant du danger de tyrannie d'une voie unique sur nos imaginaires.

 

L'historien François Hartog a pointé le poids actuel dans notre rapport au temps d'un« présentisme » marqué par le « progressif envahissement de l'horizon par un présent de plus en plus gonflé, hypertrophié » et le culte de « l'éphémère »[2]. Dans ce schéma, associé au néolibéralisme comme au néo management du capitalisme actuel, le « présent monstre »serait « à la fois tout (il n'y a que du présent) et presque rien (la tyrannie de l'immédiat) »[3]. Face à cela, le regretté Daniel Bensaïd a proposé, en prenant appui sur des pistes du philosophe allemand Walter Benjamin(1892-1940), une nouvelle alliance originale du passé, du présent et de l'avenir[4]. Si pour lui, l'action présente reste centrale, c'est en se lestant des images et des enseignements des luttes passées tout en s'ouvrant à la possibilité d'un futur radicalement autre. Le mouvement social sur les retraites ne gagnerait-il pas ainsi à nourrir conjointement son action présente d'expériences passées (comme le « Mai rampant » italien) et d'un élargissement de son horizon temporel vers l'avenir ? Toutefois, une double fétichisation pourrait l'entraver : fétichisation du légal du côté du pôle modéré du mouvement et fétichisation d'une vision réductrice du thème de « la grève générale » du côté de son pôle radical.

 

S'émanciper du double fétichisme du légal et de « la grève générale » ?

Une fois la loi sur les retraites entérinée par les deux chambres et plus ou moins validée par le Conseil Constitutionnel (s'il est saisi par les parlementaires de l'opposition, ce qui est prévisible et peut encore ralentir le moment de sa promulgation définitive), une attitude démocratique consisterait-elle nécessairement à abandonner la contestation ? Non, répondent avec force d'argument le sociologue Albert Ogien et la philosophe Sandra Laugier dans un récent livre à mettre dans toutes les mains : Pourquoi désobéir en démocratie ? (Paris, éditions La Découverte, 2010). Car, depuis l'action et les écrits de l'Américain Henry David Thoreau (1817-1862) -qui a arrêté de payer ses impôts à cause du maintien à l'époque de l'esclavage dans certains États américains comme de la poursuite de la guerre avec le Mexique -, la désobéissance civile participe pleinement d'une conception élargie de la démocratie. Tout d'abord, le légal n'est pas le juste, et l'espace démocratique apparaît aussi comme un lieu de mise en cause des lois instituées codifiant l'injustice, la désobéissance aux injonctions légales constituant une des formes de résistance à l'injustice dont disposent les citoyens. D'autant plus dans des sociétés capitalistes où les institutions publiques cristallisent en leur sein, de manière variable selon ces institutions, l'hégémonie des classes dominantes (comme l'a mis en évidence une nouvelle fois « l'affaire Woerth/Bettencourt ») comme d'autres formes de domination (de genre, raciale, etc.), en contradiction avec l'idéal démocratique. Dans ce cas, l'imaginaire démocratique a justement à être relancé contre les institutions existantes, au nom même des prétentions démocratiques de ces institutions.

 Parailleurs, la démocratie représentative n'est pas toute la démocratie, n'est même qu'un bout de la démocratie doté d'écueils. Comme l'a mis en évidence dès1911, le sociologue Roberto Michels, la démocratie représentative et professionnalisée moderne développe en elle une tendance oligarchique anti-démocratique : « une hégémonie des représentants sur les représentés »[5]. Cet appauvrissement oligarchique de démocraties limitées, largement aux mains de représentants professionnels sous contrôle bien épisodique de la volonté populaire, appelle alors un élargissement de l'espace démocratique, à côté et en tension avec les mécanismes de représentation :démocratie directe, démocratie participative, démocratie délibérative, rôle des syndicats, des associations et des mouvements sociaux dans la constitution d'une espace démocratique pluraliste et conflictuel, place de médias indépendants des pouvoirs économiques et politiques, etc. La démocratie est encore largement à conquérir, et n'est pas le monopole d'un pré-carré représentatif à tendance oligarchique. Il n'y a pas alors d'objection majeure, d'un point de vue pleinement démocratique, à prolonger le mouvement social sur les retraites au-delà du vote et de la promulgation de la loi. Bien au contraire.

Á côté du fétichisme du légal, un autre fétichisme pourrait entraver le prolongement de l'actuel mouvement social : un fétichisme de « la grève générale », entendue en un sens trop étriqué comme un mot d'ordre passe-partout, indépendamment des circonstances. L'horizon de « la grève générale »est une très bonne chose si, face à la tendance à l'éparpillement des luttes, il élargit notre espace mental à des convergences souhaitables. S'il se présente comme une exigence de généralisation à partir d'expériences concrètes dans des situations concrètes, et pas comme un marteau qui s'abat dogmatiquement d'en haut. Mais « la grève générale » perdrait de cette dynamique fort utile si on la comprenait comme un « modèle » à appliquer de manière rigide, sans tenir compte des caractéristiques de la situation. Si on considérait la généralisation de la grève à l'ensemble des salariés, des étudiants et des lycéens à un moment donné comme la seule modalité de construire un mouvement social convergent susceptible de remporter des victoires.

 

Or, en un instant où les grèves reconductibles, bien que significatives, n'apparaissent pas en mesure de peser suffisamment, une vision mécanique et étriquée de « la grève générale » pourrait empêcher d'envisager d'autres possibilités, ou du moins des petits déplacements, plus adaptés à la situation présente. Une tyrannie de la lettre de « la grève générale » pourrait contribuer à tuer l'esprit de « la grève générale » : 1) en nous enfermant dans un « tout ou rien » mortifère et à terme démobilisateur ; 2) en nous poussant dans la voie de la déception plutôt que de celle du développement de l'enthousiasme ; et 3) en oubliant que la perspective de généralisation suppose au minimum de garder au sein de la mobilisation les secteurs les plus prudents et/ou les plus modérés.

 

guérilla sociale et citoyenne durable, un mouvement social protéiforme

 Parmi les autres chemins possibles, il y aurait donc celui d'une guérilla sociale et citoyenne durable, un mouvement social protéiforme, dans le style du« Mai rampant » italien, associant des mobilisations localisées et professionnelles fortes avec des journées nationales de manifestations, des grèves et des manifestations, des grèves ponctuelles et des grèves reconductibles, des va-et-vient entre les deux, des paralysies partielles(SNCF, métro et transports collectifs urbains, raffineries et dépôts pétroliers, routiers, etc.), des grèves tournantes ou la répétition de grèves sporadiques limitant le coût de la grève sur les salariés, la constitution de caisses de solidarité en direction des secteurs engagés de manière la plus durable dans la grève reconductible, des liaisons inédites avec les milieux intellectuels et artistiques critiques pour amplifier la délégitimation dupouvoir sarkozyste, la promotion de passages entre combats revendicatifs et expériences alternatives (pourquoi des AMAP n'approvisionneraient-elles pas gratuitement des grévistes ? pourquoi des universités populaires ne se déplaceraient-elles pas sur les lieux de grève en mettant à disposition des savoirs critiques ?pourquoi des artistes alternatifs ne seraient-ils pas davantage présents dans les manifestations ? etc. etc.), des actions moins massives mais plus spectaculaires sur d'autres fronts où la légitimité sarkozyste  résiste davantage au sein de la population (racialisation, logique sécuritaire, etc.),etc.

 

Pourquoi cette guérilla sociale et citoyenne se devrait-elle d'être pacifique ? Non pas par choix de la non-violence comme principe intangible. Je continue à penser que, dans certaines situations où les classes dominantes imposent le maintien de leur pouvoir par la violence physique, et dans lesquelles alors des moyens démocratiques minimaux ne sont pas à disposition, le recours aux armes peut se justifier. Mais nous ne sommes pas du tout dans ce cas de figure aujourd'hui en France. Et l'équivalence erronée « sarkozysme = fascisme » participe de l'inintelligence de la situation dans certains milieux critiques comme du brouillage relativiste des repères propre à certains secteurs de la culture contemporaine (souvent appelés « post-modernes »). Mais la constitution d'un mouvement pacifique préservant l'intégrité des personnes n'implique pas de se priver d'actions symboliques contre des biens (du type démontages de McDonald's ou pourquoi pas de banques, fauchages d'OGM, etc.).Une telle orientation pacifique d'une guérilla sociale et citoyenne durable exprimerait alors stratégiquement et tactiquement trois dimensions au moins : 1) le sécuritaire constituant encore un point fort de légitimité du pouvoir sarkozyste, il faut s'efforcer de lui ôter de la légitimité et pas de lui en donner en plus ; 2) la violence, en l'état, constitue un facteur diviseur dans le mouvement, susceptible d'éloigner certains secteurs plutôt que d'élargir son assise ; et 3) contrairement à la marchandisation capitaliste des humains, il faut montrer dans nos actions mêmes que nous établissons une distinction impérative entre les objets et les personnes.

 Mais l'insistance sur la pluralité du mouvement n'est-elle pas contradictoire avec le souci d'« unité » ? Peut-être que notre façon habituelle d'envisager le rapport entre le commun et le pluriel, à partir du vocabulaire de « l'unité », de « l'unification », voire de « la centralisation », est également inadaptée. Cela tend à écraser le Multiple sous hégémonie de l'Un. Mais l'éloge par certains contemporains de la pluralité dans l'oubli de l'exigence de la constitution d'espaces communs apparaît aussi comme une impasse. On trouvera peut-être ici une inspiration suggestive chez la grande philosophe politique Hannah Arendt (1906-1975). Elle écrit ainsi que« La politique repose sur un fait : la pluralité humaine »[6].Mais elle va plus loin en précisant que « La politique traite de la communauté et de la réciprocité d'être différents ».Dans cette optique, la politique consisterait à créer un espace commun en partant de la pluralité humaine, sans écraser cette pluralité au nom de l'Un. C'est déjà présent à titre d'amorce dans le vocabulaire des« convergences » et des « coordinations » utilisé dans lagalaxie  altermondialiste, comme dans le vocabulaire de « l'association »et de « la coopération » propre aux débuts du mouvement ouvrier au XIXe siècle. Le mouvement multiforme et durable de guérilla sociale et citoyenne dont je parle s'inscrit aussi dans cette direction à la fois ancienne et rénovatrice, donc à proprement parler refondatrice

 

Vers une plus grande mobilitéstratégique et tactique du mouvement social ? La boîte à outils de Michel Foucault...

 

Ce ne sont que des pistes que je propose à la discussion des individus et des collectifs mobilisés, afin de préserver et d'amplifier les acquis de notre mobilisation. Au-delà même du contenu de ces propositions, cela constitue un appel à une plus grande mobilité stratégique (sur le moyen terme) et tactique(au jour le jour, action ponctuelle par action ponctuelle) au sein du mouvement. Car s'il s'agit bien de nourrir un rapport de forces, il ne s'agit pas que d'un rapport de forces, mais aussi d'un déploiement de créativité et d'inventivité ordinaires anticipant ici et maintenant la possibilité d'une autre société et redonnant individuellement et collectivement confiance.

 

La boîte à outils d'un penseur critique, le philosophe Michel Foucault, pourrait nous fournir des ressources utiles afin de mieux problématiser ce cheminement. Dans un entretien de 1977, intitulé « Pouvoirs et stratégies »[7], il nous permet de mieux comprendre tout à la fois certaines caractéristiques de ce que l'on combat et certains enjeux d'un mouvement comme le nôtre. Ce que l'on combat ? Pour lui, « l'entrecroisement » d'une pluralité de pouvoirs actifs au sein de la société « dessine des faits généraux de domination », cette domination s'organisant « en stratégie plus ou moins cohérente et unitaire ». Intérêts de professionnels de la politique s'efforçant de se faire réélire et s'adressant à des « segments »privilégiés du « marché électoral », notables locaux s'inscrivant plus ou moins dans une machine électorale comme l'UMP, transactions routinières entre pouvoirs politiques, pouvoirs technocratiques et pouvoirs économiques(voir « l'affaire Woerth-Bettencourt ») mais aussi espaces de concurrence entre eux et en leur sein, affects racistes travaillant certaines relations quotidiennes capitalisés dans des usages électoralistes, etc. :la stratégie politique sarkozyste tente de mettre plus ou moins en cohérence cette variété de logiques, dans des combinaisons tactiques variables en fonction des conjonctures. Mais, comme le précise Foucault, « avec les phénomènes nombreux d'inertie, de décalages, de résistances ». Car on n'a affaire qu'à « une production multiforme de rapports de domination » qui ne sont que « partiellement intégrables à des stratégies d'ensemble ». Point de maîtrise omnisciente de type conspirationniste ici : ça déborde, ça fluctue, ça dérape, ça échappe...autant de contradictions et d'occasions à saisir tactiquement par les résistances. Á partir de là, la résistance (comme les logiques dominantes) apparaît « à la fois multiple et intégrable à des stratégies globales ». Á nous de jouer ?

*Sur les problèmes stratégiques et tactiques du mouvement social des retraitesaprès la journée de manifestation du samedi 16 octobre, voir aussi surMediapart : « Et maintenant ? » de Mathieu Magnaudeix, 17octobre 2010

 

Mercià Grain de sel pour l'image illustrant ce texte !

 

Notes :

 

[1]Sur le « Mai rampant » italien, voir un article de synthèse dans une intéressanterevue québécoise de gauche critique : « Du mai rampant à l'automnechaud. Italie, 1968-1969 », par Claude Rioux, Á Bâbord !, n°24, avril-mai 2008.

 

[2]François Hartog, Les régimesd'historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003, p.125.

 

[3]Ibid., p.217.

 

[4]Voir Daniel Bensaïd, Une radicalitéjoyeusement mélancolique. Textes (1992-2006), textes réunis et présentéspar Philippe Corcuff, Paris, éditions Textuel, 2010, en particulier pour laquestion qui nous occupe un très stimulant texte datant de 1995, « Utopieet messianisme : Bloch, Benjamin et le sens du virtuel »,pp.99-115 ; voir aussi la réédition récente d'un des meilleurs livres deDaniel Bensaïd, Walter Benjamin.Sentinelle messianique (1e éd. : 1990), Paris, éditions LesPrairies Ordinaires, 2010.

 

[5]Roberto Michels, Les partis politiques. Essaisur les tendances oligarchiques des démocraties (1e éd. :1911), Paris, éditions Flammarion, collection de poche « Champs », 1971,p.38.

 

[6]Hannah Arendt, Qu'est-ce que lapolitique ? (manuscrits de 1950-1959), Paris, éditions du Seuil, 1995,p.31 ; la citation qui suit est issue de la même page.

 

[7]Michel Foucault, « Pouvoirs et stratégies » (entretien avec JacquesRancière de 1977), repris dans Dits etécrits II, 1976-1988, Paris, éditions Gallimard,collection « Quarto », 2001, pp.418-428 ; les citations quisuivent sont tirées de la page 425.

 

 

 

 

 

 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 09:20
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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 09:12

 

 

Un petit texte de l'ami Laurent Lévy qui remet les choses en place...En pensant que l'université d'Evry s'enorgueillit de ses salles de simulation pour la formation  au  « marché » !

 

Un symbole cynique

 

 

Je n’ai pas de sympathie particulière pour Jérôme Kerviel. Qu’un jeune homme se lance dans la vie avec pour principale ambition de gagner vite beaucoup d’argent a quelque chose de navrant, comme est navrant un système qui produit de telles personnalités. Ils croient fabriquer du diamant lorsqu’ils soufflent des bulles de savon. Ils bâtissent des châteaux de sable qu’ils prennent pour des temples majestueux. Dans une économie fondée sur la rapine, ils sont les porte-couteaux. Lorsqu’un obus explose, le soldat qui l’a envoyé, même par excès de zèle, même en visant mal, n’est pas poursuivi pour meurtre. La guerre tue. C’est en cela qu’elle consiste.

 

Quand les cours de la Bourse s’effondrent, aucune richesse n’est perdue. Les rues de nos villes ne changeraient pas de visage si les cours de l’immobilier s’effondraient : seul le patrimoine des propriétaires fonciers en serait affecté. Les détenteurs du capital se dépouillent les uns les autres. Mais les perdants se retournent contre ceux qui n’ont rien : il faut bien qu’en définitive, les pauvres payent pour préserver la fortune des riches. Ils payent en permanence leurs revenus, il faut qu’en outre ils remboursent leur patrimoine dévalorisé. Ainsi va le monde dominé par le capital.

 

On dit que les traders seront progressivement remplacés par des ordinateurs. C’est logique : ils ne sont que des instruments. Dressés comme des chiens de combat, drogués à l’argent facile, leurs maîtres jouent de leur addiction. Ils sont récompensés par les miettes des monceaux de milliards qu’ils leurs rapportent, et ces miettes constituent des revenus considérables. Leur aliénation, c’est l’appât du gain.

 

Aucun trader n’est responsable de la crise boursière. Le responsable, c’est la bourse elle-même. La fuite en avant dans la spéculation est dans la nature de la finance. C’est en cela qu’elle consiste, comme la guerre à semer la mort. Il n’y a pas eu de défaut de fonctionnement du système : il a suivi sa logique propre – propreté au demeurant discutable.

 

Kerviel, produit obscène d’un monde obscène, n’a rien volé. Certes, le goût du fric, qui constituait le cœur des qualités professionnelles qui justifiait pour ses employeurs ses salaires mirobolants, l’a conduit à aller au-delà des consignes qui lui avaient été données. Il n’était pas le seul : c’est le propre d’un bon trader. Plus il spécule, plus il rapporte à l’organisme pour lequel il travaille de cette monnaie de singe dont il se repaît, en attendant la crise suivante. Le vrai reproche qui peut lui être fait, c’est d’avoir perdu. Quand cela arrivera à un ordinateur, ou pourra le débrancher : on n’aura pas idée de le poursuivre en justice, comme au Moyen-âge on le faisait parfois des chiens. On n’aura pas plus idée de poursuivre son programmeur.

 

Cinq années d’emprisonnement, dont trois fermes. Dans la délinquance en col blanc, c’est un record que de bien moins honnêtes n’ont pas réussi à atteindre. Près de cinq milliards de dommages et intérêts : une somme abstraite qui ne sera jamais payée ; même en payant toute sa vie la totalité de la quotité saisissable des revenus qu’il pourrait se constituer, il ne « remboursera » pas 2% de cette somme invraisemblable. La condamnation demeurera symbolique : le symbole du cynisme de la finance, qui peut accuser son propre instrument d’avoir, en faisant son métier, provoqué une crise qui ne pouvait pas ne pas survenir.

 

Laurent Lévy

 

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 15:57

 Voir argumentaire

http://ddata.over-blog.com/0/02/34/72/associations-etc/Maison-de-l-histoire.doc

 

 

Intersyndicale

CFDT  CFTC  CGC  CGT

Archives de France

 

Le 12 septembre dernier, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a annoncé, pendant sa visite à Lascaux que la « Maison de l’Histoire de France sera créée dans les prochains jours » et qu’il a retenu « comme siège de cette nouvelle institution le site des Archives nationales », à Paris dans le Marais.

 

Tout le monde perçoit le caractère éminemment politique d’une telle annonce qui tombe en plein débat sur l’identité nationale et sur la déchéance de nationalité…

 

FAUT-IL UNE MAISON DE L’HISTOIRE DE FRANCE ?

 

ET LES ARCHIVES DANS TOUT ÇA ?

 

 

 

Pour débattre de ces questions, l’intersyndicale des Archives de France organise une réunion publique à laquelle prendront notamment la parole :

 

Arlette FARGE, historienne, directrice de recherche à l’EHESS

Michèle RIOT-SARCEY, historienne, professeur à l’Université Paris 8

Daniel ROCHE, historien, professeur au Collège de France

Christophe CHARLE, historien, professeur à l’Université Paris 1

Nicolas OFFENSTADT, historien, maître de conférences à l’Université Paris 1

Yann POTIN, archiviste, chargé de conférences à l’EHESS

 

 

RENDEZ-VOUS

LE JEUDI 14 OCTOBRE 2010

A PARTIR DE 19 HEURES

HÔTEL DE SOUBISE - SALON DU PRINCE

60 rue des Francs-Bourgeois 75003 Paris

Métro Hôtel de Ville ou Rambuteau

 

 

Pour tout contact :

Intersyndicale CFDT  CFTC  CGC  CGT des Archives France

56 rue des Francs-Bourgeois 75003 Paris

téléphone : 01 40 27 63 33    télécopie : 01 40 27 63 66

cgt.archives@culture.gouv.fr  cfdt.archives@culture.gouv.fr  cftc.archives@culture.gouv.fr  cgc.archives@culture.gouv.fr

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 10:31

Chômage et chômage des jeunes

http://www.rue89.com/tag/pole-emploi

 

 

http://eco.rue89.com/2010/08/30/chomage-quatre-verites-que-lagarde-ne-vous-dira-pas-164527

 

Les chiffres du chômage des jeunes, « génération perdue »

Par François Krug | Eco89 | 18/08/2010 | 11H46

 

http://eco.rue89.com/2010/08/18/les-jeunes-face-au-chomage-une-generation-perdue-162822

 

Des études terminées ou abandonnées, un marché du travail bouché : 640 000 Français de moins de 25 ans sont au chômage. Plus durement frappés par la crise que leurs aînés, ces jeunes sont le plus souvent condamnés à la précarité.

C'est une « génération perdue », s'inquiète l'Organisation internationale du travail dans un rapport publié la semaine dernière. Au niveau mondial, le taux de chômage des jeunes est passé en deux ans de 11,9% à 13%. En France, il atteint même désormais 23%. Un chiffre à manier avec prudence, mais qui traduit une réalité inquiétante.

Deux jeunes actifs sur dix au chômage

Le taux de chômage des jeunes doit être interprété avec précaution. Il correspond en effet à la proportion de chômeurs parmi les jeunes actifs, c'est-à-dire disposant d'un emploi ou en recherchant un. La jeunesse étant, elle, définie par les statisticiens comme la classe d'âge allant de 15 à 24 ans.

Selon l'Insee, le taux de chômage des jeunes en France métropolitaine s'élevait à 23% au premier trimestre 2010. Bien plus que la moyenne que les autres classes d'âge (8,6% pour les 25-49 ans et 6,6% pour les plus de 50 ans), la moyenne tous âges confondus s'établissant à 9,5%.

Ce taux ne prenant en compte que les actifs, il ne signifie pas que 23 jeunes sur cent sont au chômage. L'écrasante majorité des moins de 25 ans poursuivent encore leurs études. L'Insee fournit donc d'autres chiffres permettant d'affiner l'analyse, en prenant en compte toute la classe d'âge, étudiants compris :

  • Le taux d'emploi : 28,1% au premier trimestre, contre 51,2% pour l'ensemble de la population française.
  • La proportion de chômeurs : 8,4%, contre 5,4% pour toute la population.

Des chiffres moins spectaculaires, mais qui confirment la difficulté des jeunes à accéder à un emploi.

Quatre mois à Pôle emploi, puis la précarité

Les chiffres de Pôle Emploi témoigne de la précarisation des jeunes actifs. Fin juin, l'agence comptait 641 800 inscrits de moins de 25 ans, soit 2,6% de plus qu'un an auparavant.

Ces jeunes resteront inscrits en moyenne 126 jours. C'est moins que les inscrits plus âgés, la moyenne générale étant de 220 jours. Mais une fois sortis de Pôle Emploi, leur situation sera nettement plus précaire. Voici les chiffres de l'Insee sur la répartition de l'emploi des jeunes fin 2008 :

  • Intérim : 6,6%, contre une moyenne de 2,1% tous âges confondus
  • Apprentis : 15,3%, contre 1,3%
  • CDD : 26,4%, contre 8,3%
  • CDI : 49,7%, contre 77,7%

Ces statistiques incluent les emplois aidés, ces CDD et CDI créés grâce à des aides de l'Etat ou des exonérations de charges. Depuis le dernier plan d'aide à l'emploi des jeunes, annoncé au printemps 2009 par Nicolas Sarkozy, la situation ne s'est donc pas améliorée. Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, résumait alors sur Eco89 :

« Les jeunes sont sur-représentés dans la précarité, dans les CDD et
les intérims. Ils sont une variable d'ajustement très forte pour les
entreprises. »

Le Nord-Pas-de-Calais et les zones sensibles

D'un département ou d'un quartier à l'autre, les jeunes n'ont pas les mêmes chances sur le marché du travail. Selon les chiffres de Pôle Emploi, 16% des chômeurs inscrits ont moins de 25 ans. Deux départements sont particulièrement frappés et dépassent largement cette moyenne nationale :

  • Le Nord : 37 800 inscrits de moins de 25 ans, soit près de 19% des chômeurs suivis dans le département
  • Le Pas-de-Calais : 22 800 inscrits, soit 22% des inscrits

A titre de comparaison, la Seine-Saint-Denis ne compte qu'un peu plus de 11% d'inscrits de moins de 25 ans. Cette moyenne cache de fortes disparités d'une ville à l'autre, et même, entre les quartiers d'une même ville.

C'est ce que souligne dernier rapport de l'Observatoire national des zones urbaines sensibles (Zus) :

« Au total, un jeune des quartiers sensibles sur quatre est au chômage ou en inactivité, contre un jeune sur huit dans les autres quartiers des mêmes agglomérations. »

L'Observatoire national des Zus signale un autre écart spectaculaire. Au niveau national, le chômage des jeunes frappe de manière égale les hommes et les femmes, mais ce n'est pas le cas dans les quartiers sensibles :

  • 41,7% chez les hommes en 2008, soit un bond de dix points en un an seulement.
  • 29,6% seulement chez les femmes, un niveau stable par rapport à 2007.

L'explication de ces écarts entre quartiers, puis entre sexes ? Le niveau d'éducation. Dans les Zus, « 66% des jeunes actifs de moins de 25 ans n'ont pas de diplôme », souligne l'Observatoire, mais les jeunes femmes poursuivent leurs études plus longtemps que les hommes.

 

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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 01:29

Appel intersyndical ESR au rassemblement du 5 octobre et a la greve et aux manifestations du 12 octobre

Retraites 2010

·                       FSU (SNESUP- SNCS - SNASUB - SNEP - SNETAP)

·                       CGT (SNTRS - FERC SUP)

·                       UNSA (Sup'Recherche- SNPTES)

·                       SOLIDAIRES (SUD Recherche EPST - SUD Etudiant)

·                       UNEF

·                       SLR

·                       SLU

Les organisations soussignées de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche se félicitent du large succès des manifestations du 2 octobre 2010 contre le projet Sarkozy-Fillon sur les retraites.

Pour obtenir

·                       L'abandon de cet injuste projet qui fait porter l'effort sur les salariés et sacrifie les jeunes, les femmes et les plus démunis ;

·                       Un financement des retraites par un autre partage des richesses ;

·                       La prise en compte des caractéristiques de nos métiers.

Les organisations syndicales de l'enseignement supérieur et de la recherche appellent les personnels et les étudiants à participer largement au rassemblement du 5 octobre devant le Sénat et à préparer la grève et les manifestations du 12 octobre.

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 03:13
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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 23:07
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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 10:40

Rouen, 21 septembre 2010 (document établi par le Comité de Liaison des professeurs agrégés et certifiés de l’université de Rouen)

Mode de calcul de la pension civile

 

Le système est trimestriel. Il est présenté sous forme annuelle pour rendre le dispositif plus lisible.

La baisse drastique des pensions, initiée par la loi Fillon de 2003 (et pour le privé en 1993), reste un des objectifs majeurs de ces « réformes » successives.

La pension civile nette (fonction publique) s’obtient par la multiplication suivante (où le symbole  « x » signifie : « multiplié par ») :

Pension nette = (traitement indiciaire brut des 6 derniers mois, hors primes, indemnités ou heures complémentaires) x (75%) x (nombre d’annuités cotisées divisé par le nombre d’annuités requises)x(coefficient de minoration résultant de la décote) x (92,9 %)

Ce coefficient de 92,9% s’applique à la pension brute pour obtenir la pension nette, car le taux de cotisations sociales sur les pensions civiles, susceptible d’ailleurs d’augmenter ultérieurement, s’élève actuellement à 7,1% (d’où 100%moins 7,1%=92,9%).

 

On parle de pensions « proratisées », ou encore proportionnelles, lorsque la pension complète maximale (75% du traitement brut) est réduite au prorata des annuités cotisées, c’est à dire en la multipliant par le quotient :

nombre d’annuités cotisées divisé par nombre d’annuités requises l’année où l’on a atteint 60 ans.

Dans le Code des Pensions Civiles et Militaires d’avant 2003, les pensions étaient « proratisées », avec 37,5 annuités requises. Il n’y avait pas de décote.

 

La décote : 

Selon la loi actuelle (loi Fillon de 2003), après montée en puissance du dispositif, la décote s’établit à 5% par annuité manquante. Elle est plafonnée à 5 ans si l’on part à 60 ans (25% maximum de décote), plafonnée à 4 ans si l’on part à 61 ans (20% maximum de décote), à 3 ans si départ à 62 ans, à 2 ans si départ à  63 ans, à 1 an si départ à 64 ans, avec annulation de la décote à 65 ans.

Selon le projet de loi 2010, les « bornes d’âge » qui étaient de 60 ans (âge d’ouverture des droits) et 65 ans (âge d’annulation de la décote) sont repoussées respectivement à 62 ans et 67 ans.

 

Ainsi, selon ce projet de loi, après montée en puissance du dispositif, la décote s’établit à 5% par annuité manquante, plafonnée à 5 ans si l’on part à 62 ans, plafonnée à 4 ans si l’on part à 63 ans, à 3 ans si départ à 64 ans, à 2 ans si départ à 65 ans, à 1 an si départ à 66 ans, avec annulation de la décote à 67 ans. Dans de très nombreux cas, il en résulte une baisse de la pension d’environ 12% par rapport à la loi de 2003, sans compter les effets propres résultant de l’augmentation prévue de la durée d’assurance.

 

Par exemple, si l’on se cale sur 42 anuités requises, avec une entrée à 25 ans dans la fonction  publique et un départ à la retraite à 62 ans, le nombre d’annuités acquises est de 37 ans. Il manque 5 annuités. Avec l’actuel Code des pensions (Fillon 2003), la décote pour un départ à 62 ans (plafonnée à 3 ans) est de 15% (soit un coefficient de minoration résultant de la décote égal à 0,85) ; selon le projet de loi 2010, avec une situation  identique, la décote s’élève à 25% car à 62 ans la décote est plafonnée à 5 ans et non plus à 3 ans (soit, dans ce cas, un coefficient de minoration  résultant de la décote égal à 0,75).

Autre exemple : entrée à 27 ans, départ à 63 ans (hypothèse : 42 annuités requises) :

Annuités cotisées : 36 ans ; annuités manquantes : 6 ans ; plafond pour la décote : 4 ans (car départ à 63 ans); coefficient de décote : 0,8 (c.à.d. 20% de décote).

 

Annuités requises (durée d’assurance) :

Selon la loi de 2003, le nombre d’annuités requises est fonction de l’espérance de vie à 60 ans. Cette présentation vise à « naturaliser » une décision d’allongement continu pourtant éminemment politique.

Avec le projet 2010, les rendez-vous quadriennaux pour allonger cette durée sont supprimés (car « inutiles » et « anxiogènes » selon les députés favorables au projet de loi). Il est prévu d’allonger la durée de cotisation par un décret pris chaque année, forme beaucoup plus discrète.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 00:37

Montants des pensions d’après le projet de loi portant réforme des retraites adopté en première lecture (et non pas définitivement adopté) par l’Assemblée nationale le 15 septembre 2010

 

 

Quelques exemples avec 42 annuités requises (calculs indicatifs, après montée en puissance du dispositif si cette loi était votée, appliquée et non  abrogée) :

  

Toutes les pensions sont nettes et mensuelles

(hypothèse retenue : 42 annuités requises)

PrAg ou MCf

 (cl. normale)

 

 

 

Entrée dans la fonction publique à 25 ans

 

 

Départ à 62 ans

(avec indice terminal 821 atteint depuis 6 mois ; traitement brut mensuel : 3801,47 euros)

PrCe hors classe

 

 

 

Entrée dans la fonction publique à 25 ans

 

 

Départ à 62 ans

(avec indice terminal 783 atteint depuis 6 mois ; traitement brut mensuel : 3625,52 euros)

Assistant ou PrCe

 cl. normale

 

 

Entrée dans la fonction publique à 25 ans

 

 

Départ à 62 ans

(avec indice terminal 658 atteint depuis 6 mois ; traitement brut mensuel : 3046,73 euros)

MCf ou PrAg

 (cl. normale)

 

 

 

Entrée dans la fonction publique à 29 ans

 

 

Départ à 62 ans

(avec indice terminal 821 atteint depuis 6 mois ; traitement brut mensuel : 3801,47 euros

 

PU 2e classe ou

 MCf hors classe  ou PrAg

 hors classe ;

 

Entrée dans la fonction publique à 29 ans

 

 

Départ à 62 ans

(avec indice terminal 963 atteint depuis 6 mois ; traitement brut mensuel : 4458,97 euros)

 

Avec le code des pensions civiles en vigueur avant 2003

2613 euros

2492 euros

2094 euros

2330 euros

2734 euros

Avec le code des pensions civiles actuel (loi Fillon de 2003)

1983 euros

1891 euros

1589 euros

1768 euros

2074 euros

Selon le projet  de loi  2010 (projet Woerth-Fillon-Sarkozy)

1750 euros

1669 euros

1402 euros

1560 euros

1830 euros

 

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Etat de la mobilisation Univ

Notre camarade Sequinot de Lille tient à jour l'état de la mobilisation dans les universités et les IUT. Cliquez sur le lien:

http://www.univ-lille1.fr:80/snesup59-62/mobilisation/

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