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29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 13:01

 

Le Monde fait allusion à la lutte des groupes dans l'enseignement supérieur.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/04/29/enseignement-superieur-la-guerre-secrete-de-deux-clubs_4408898_3224.html

Nous publions ci dessous des informations sur le groupe Jean Pierre Vernant.

 

 

 

 

 

 

Chères et chers collègues,

 

 

 

 

Vous trouverez à l'adresse suivante:

http://www.groupejeanpierrevernant.info/

un communiqué qui fait suite à la pétition signée par plus de 10000 universitaires.

"Aux dires de Mme G. Fioraso, la loi du 22 juillet relative à l?Enseignement supérieur et à la Recherche aurait reçu un soutien fort des universitaires puisqu'elle n'a pas été accueillie par des manifestations de masse. Pour être plus exact, elle a semblé à tous être une loi sans souffle, sans ambition, bavarde, longue et technique. Sous ces dehors d'un gris terne, se tapit dans un recoin une mesure conçue pour assurer à ses promoteurs un contrôle absolu sur l'Université : le transfert de compétences aux communautés d'universités et d'établissements (ComUE). Comparés aux monstres bureaucratiques que seront les ComUE, les conseils d'administration prévus par la loi LRU ressemblent à des havres de démocratie. Il s'agit rien moins que de..."

 


Pour lire la suite:
http://www.groupejeanpierrevernant.info/

 

 

Groupe Jean-Pierre Vernant

 

 

 

 

 

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Groupe Jean-Pierre Vernant

Le Blog

 

 

 

 

 

 

 

Ministre sans portefeuille

 

"Notre civilisation aura accompli un immense progrès le jour où la dissimulation érigée en méthode d’action et presque en bourgeoise vertu cèdera la place au goût du renseignement." (M. Bloch)

Aux dires de Mme G. Fioraso, la loi du 22 juillet relative à l’Enseignement supérieur et à la Recherche aurait reçu un soutien fort des universitaires puisqu'elle n'a pas été accueillie par des manifestations de masse. Pour être plus exact, elle a semblé à tous être une loi sans souffle, sans ambition, bavarde, longue et technique. Sous ces dehors d'un gris terne, se tapit dans un recoin une mesure conçue pour assurer à ses promoteurs un contrôle absolu sur l'Université : le transfert de compétences aux communautés d'universités et d'établissements (ComUE). Comparés aux monstres bureaucratiques que seront les ComUE, les conseils d'administration prévus par la loi LRU ressemblent à des havres de démocratie. Il s'agit rien moins que de placer l'ensemble des décisions importantes en matière de budget, de formation et de recherche hors de portée des universités proprement dites, de leurs personnels et de leurs étudiants, pour les remettre entre les mains d'une poignée de « décideurs », au sommet d’une nouvelle couche du mille-feuille du supérieur : présidents et conseils de ComUE.

L’appartenance au « groupe Marc Bloch » de nombre de ces membres d’exécutifs resserrés ne fait plus mystère. Pour ne prendre qu'un exemple, l’architecte de ces ComUE, décrites dans le projet porté par ce groupe de pression en 2012, est M. J.-Y. Mérindol, récemment parachuté à la tête de Sorbonne Paris-Cité. Ce regroupement comprend des établissements dirigés ou ayant été dirigés par les membres les plus influents de ce lobby : M. Berger (Université Paris-Diderot), M. Kahn (Université Paris-Descartes) et M. Salzmann (Université Paris-Nord), qui est aussi Président de la Conférence des Présidents d’Université et fondateur du « groupe Marc Bloch ».

La démonstration du caractère dévastateur des ComUE demanderait de longs développements. Soulignons-en ici deux traits caractéristiques. Comme dans un cauchemar kafkaïen, les ComUE sont dotées du pouvoir d'accroître d’elles-mêmes leurs compétences au détriment des universités qu'elles fédèrent, sans que celles-ci puissent s'y opposer, en cas de vote majoritaire du CA de ces ComUE — nouvelle déclinaison du conflit d’intérêts. L’élection des conseils de ComUE au scrutin indirect, garant de leur pouvoir aussi peu démocratique qu’absolu, sera de mise, sauf exception. Notons que cela n’a été rendu possible pour le Conseil Académique des ComUE qu’à la faveur d’un cavalier législatif introduit dans le projet de loi sur l'Agriculture, grâce au pouvoir d'influence de M. Salzmann.

Cette forme de regroupement n'est pas la seule. Il y en existe une deuxième, née du travail d'amendement du projet de loi au Sénat, nommée « association », qui permet aux universités de former des confédérations horizontales, sans ajout d'une nouvelle couche au mille-feuille bureaucratique et sans atteinte aux libertés statutaires des universités. Cette série d'amendements a reçu un soutien extrêmement large des parlementaires de tout bord, comme en témoignent les questions récemment posées au gouvernement. Se sont opposés à ces amendements... des membres du groupe Marc Bloch, M. Collet en particulier, alors directeur de cabinet de la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, et M. Assouline, porte-parole du gouvernement. Ils ont pourtant permis à Mme Gillot, rapporteure du texte, de trouver une majorité pour que le projet de loi soit adopté au Sénat. Pour l'anecdote, notons que la mise en cohérence du texte de loi n'a pu avoir lieu : le 21 juin, jour de la fête de la musique, il n'est plus resté suffisamment de sénateurs PS en séance pour porter les procurations de leur groupe. L’article concernant les regroupements a d'abord été rejeté dans l’après-midi puis, une fois l’ensemble du projet de loi voté,  réintroduit et adopté sans amendement possible, lors d'une seconde délibération, de nuit, immédiatement consécutive à la première, et devant un hémicycle singulièrement clairsemé.

Depuis l'adoption de la loi, le groupe Marc Bloch a utilisé toutes les méthodes pour tenter de discréditer cette seconde forme de regroupement et imposer, partout, des fusions ou des ComUE, travail de sape relayé par la DGESIP, Mme S. Bonnafous, dont le mari, M. B. Dizambourg, ancien conseiller de Mme V. Pécresse, dirige un PRES-ComUE. Les arguments les plus fallacieux (et les plus juridiquement douteux) ont été distillés : l'association ne serait pas ouverte aux universités ; l'association ne serait pas ouverte aux établissements faisant partie d'un PRES ; l'association ne serait pas ouverte aux établissements franciliens, pour qui le ministère imposerait des ComUE sur le contour des PRES ; l'association ne concernerait que des établissements de petite taille, etc., ad nauseam. Dans la plupart des universités, les deux formes de regroupements possibles n'ont été ni présentées, ni discutées, ni comparées au sein des conseils d'administration, encore moins soumises au débat et à la concertation au sein de la communauté universitaire. Le 7 février 2014, nous avons saisi par courrier Mme Fioraso des difficultés rencontrées dans les établissements pour que la seconde possibilité de regroupement, par association, soit débattue publiquement de manière équitable, et mise au vote des conseils au même titre que le regroupement sous forme de ComUE. Nous avons en particulier dénoncé l'autoritarisme intolérable de membres de son cabinet, en violation du principe d'autonomie statutaire des établissements. Faute de réponse, nous avons diffusé cette lettre, qui a été reprise sur le blog de M. Dubois, hébergé alors par EducPros. Celui-ci a été censuré deux jours après, pour s'être fait le relais d'opposants et de « mouvements partisans » (sic), signe qu’il ne s’agissait pas d’une coïncidence temporelle.

Loin d’une querelle de personnes ou de petite tactique politicienne, ce sont bien deux visions pour l’Université, l’Enseignement supérieur et la Recherche qui s'affrontent. Le désir d’un changement, maintenant, pour l’université s’est exprimé spontanément et massivement à l’occasion de la publication d’une pétition au lendemain de la nomination de M. B. Hamon comme nouveau ministre pour l’Enseignement supérieur et la Recherche. Elle a été relayée à la vitesse de l’éclair dans un milieu universitaire pourtant désabusé par les continuités manifestes entre la politique menée par le gouvernement de M. N. Sarkozy et celle du ministère de Mme G. Fioraso. Réduire cette fronde à la « grogne » d’une poignée d’universitaires mal regroupés, ou à de petites manœuvres attribuées à quelque bouc émissaire, serait occulter gravement la signification d’une telle mobilisation. Pourquoi souhaiterions-nous un changement de composition du cabinet ministériel en plus d'un changement de politique ? La personne en charge du secrétariat d'Etat et la composition de son cabinet nous importeraient peu si n'étaient de fait relayées les positions d’un groupe qui multiplie les attaques contre la collégialité, la démocratie et l'autonomie statutaire des universités et l’égalité d’accès des étudiants aux meilleures formations sur tout le territoire. Et nous nous permettrons de citer non le groupe mais cette fois l’historien Marc Bloch : « Mais, que savaient-ils des réalités sociales ? L’école, la caste, la tradition avaient bâti autour d’eux un mur d’ignorance et d’erreur ».

Pourtant, les personnalités politiques, membres de la majorité, qui ont déjà fait la preuve d’une connaissance approfondie de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, de leur capacité à écouter la communauté universitaire et le monde de la recherche, à débattre et à produire du consensus au service des intérêts de la République, de la jeunesse, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ne manquent pas. On a pu le constater, et ce n’est qu’un exemple, lors de la discussion du projet de loi avec la représentation nationale.

Nous persistons à affirmer que l’Enseignement supérieur et la Recherche ont besoin dès maintenant d’un changement structurel dans l’intérêt même de l’ensemble de la société, et de celui des personnels et des étudiants qui font l’Université.

 

 

Pétition : pour un réel changement à l'Université et dans la Recherche

 

Nous soutenons la pétition exigeant un renouvellement du cabinet ministériel et une nouvelle politique en faveur de la Recherche et de l'Université. 8000 signatures au cours des premières 72h et plus de 10000 à cette heure.

Lien vers la pétition

 

 

Lettre au ministre du groupe Jean-Pierre Vernant

 

Monsieur le Ministre,

Nous sommes nombreux à nous réjouir de votre nomination au ministère de l’Education, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, et nous vous en félicitons sincèrement.

Une telle annonce ne peut que satisfaire les universitaires de gauche que nous sommes. Que nous soyons proches de l’aile progressiste du PS ou du mouvement écologiste, nous serions heureux de pouvoir espérer de nouveau – si, toutefois la confiance pouvait renaître. Car aujourd’hui ni la politique menée ni les méthodes employées par la ministre Madame Geneviève Fioraso ne nous conviennent. Des années durant, nous nous sommes battus contre les décisions de la ministre Valérie Pécresse pour dénoncer les méfaits de la politique menée par la droite et le gouvernement du président Nicolas Sarkozy, convaincus qu’à terme elle conduisait l’Enseignement Supérieur et la Recherche dans l’impasse. L’alternance nous a fait espérer le changement de politique promis. Il n’en a rien été. Aucune des recommandations formulées aux Assises de L’Enseignement Supérieur et de la Recherche n’a été prise sérieusement en considération, le ministère se contentant d’effets d’annonce, comme l’avait fait V. Pécresse en son temps.

La plupart de nos collègues pensent que la politique menée depuis 2012 est identique à la précédente, à quelques variations cosmétiques près. Cette idée fait son chemin d’autant plus facilement que la vie courante des amphithéâtres et des laboratoires n’a pas changé. Et si elle a changé, c’est pour empirer. Le nombre d’universités qui rencontrent des difficultés budgétaires n’a jamais été si grand et le nombre de postes offerts au concours de recrutement des organismes de recherche ou des universités, si faible.

Ce sentiment a de plus été renforcé par les pratiques de la ministre elle-même et de son administration qui ont fait preuve d’un très fort autoritarisme. Dans le cadre par exemple des discussions relatives aux regroupements d’établissements universitaires prévus par la loi, Madame la Ministre est allée jusqu’à remettre en cause auprès des universitaires les amendements à la loi ESR du 22 juillet 2013 votés par la représentation nationale, à tel point que plusieurs questions écrites à la Madame la Ministre ont été posées par des députés de gauche comme de droite, autant ulcérés que nous par ces méthodes indignes d’un représentant de l’Etat.

Tout ceci disqualifie à notre sens la reconduction de Madame G. Fioraso au poste de secrétaire d’Etat de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche tout comme se pose la question de celle de la directrice générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle.

Nous attendons tous un signe fort qui pourrait redonner aux universitaires le sentiment qu’ils sont enfin entendus et faire renaître la confiance indispensable au développement de l’enseignement supérieur et de la recherche dans un contexte, certes, difficile.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en nos sentiments les plus respectueux.

Groupe Jean-Pierre Vernant

Question 11251 de Valérie Létard

http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-52123QE.htm
http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-52666QE.htm
http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-52667QE.htm
http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-53019QE.htm

 

 

 

Lettre à la ministre du groupe Jean-Pierre Vernant

 

Le think tank « Jean-Pierre Vernant » préconise la création d’une seule université, confédérale, sur le territoire francilien.

Madame la Ministre,

Vous savez à quel point la communauté universitaire, après les années sombres où elle n'a pas été entendue, souhaite pouvoir aujourd'hui se saisir de son destin et s’investir dans l’élaboration du nouveau paysage universitaire français. Elle entend notamment pouvoir réfléchir et travailler sereinement autour des questions relatives aux regroupements d'établissements tels qu'ils sont prévus par la loi du 23 juillet 2013 relative à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Vous faisiez d'ailleurs part de cette conviction qui est vôtre en rappelant le 21 juin 2013 au Sénat que les établissements et leurs personnels seraient seuls à la barre dans cette organisation des regroupements, qu’« encore une fois, l’autonomie des établissements [prévaudrait], de même que leur sens de l’initiative et des responsabilités ».

Ainsi, comme beaucoup d'autres universitaires, nous sommes-nous mobilisés pour proposer le projet de regroupement d'établissements qui nous semble optimal pour des universités franciliennes, et ce, en considérant tout l’éventail des solutions offertes par les dispositions de la Loi. L'enjeu de ces débats pour l'avenir de la jeunesse et la place de la France dans le monde est tel qu'ils doivent être menés dans la transparence, la confiance mutuelle et dans un climat apaisé.

C’est pourquoi nous avons été choqués par les propos de l'un de vos collaborateurs, rapportés le 31 janvier 2014 par l'AEF qui nous apparaissent au mieux comme une maladresse, au pire comme une manipulation. Ils laissent entendre, d'une part, que les décisions relatives à la forme des regroupements seraient déjà arrêtées au MESR et, d'autre part, que « la loi était mal comprise » (!) par certains, pour préciser ensuite que « l’association » serait un regroupement dissymétrique et hiérarchique réservé à de petits établissements – ceci en contradiction tant avec vos déclarations devant la représentation nationale qu'avec l’esprit et la lettre de la loi. Depuis, cette dépêche a été opportunément relayée par certaines présidences d’universités ou d’établissements qui, depuis plusieurs mois, faisant totalement fi du respect le plus élémentaire de la démocratie et de la collégialité universitaires, confisquent les débats et cherchent à disqualifier les projets « d'association d'établissements » qui pourraient concurrencer leurs propres projets.

Cette dépêche, en suggérant « semi-officiellement » que l’une des voies de regroupement pourtant inscrite dans la loi est d’emblée à exclure, crée le trouble et n'est pas de nature à assurer aux débats la sérénité que vous souhaitez autant que nous et qui est à raison indispensable à l’élaboration des meilleurs projets de regroupements pour nos universités et établissements.
Aussi, vous sollicitons-nous pour que vous puissiez dissiper rapidement de telles rumeurs qui émanent de vos collaborateurs ou de vos services et pour que vous réaffirmiez le contenu de la loi et votre volonté politique de voir l'avenir s'élaborer selon les règles démocratiques afin de recréer la concertation et l’adhésion nécessaires. Par votre voix, ceci garantirait à la communauté universitaire la neutralité de votre ministère et ainsi le projet confédéral francilien que nous défendons pourrait être, à l’instar de tout autre, envisagé et débattu de manière sincère.

Nous voulons par ailleurs profiter de l'occasion qui nous est donnée ici pour vous présenter directement les raisons qui nous font préférer le modèle de l’« association » à toute autre pour la Région Île-de-France et qui sont peut-être bien différentes de celles qui vous en sont rapportées.

Notre conviction est celle d’enseignants, de Biatss et de chercheurs qui font vivre leurs établissements au quotidien, dans les amphithéâtres comme dans les laboratoires. Elle est construite sur notre connaissance de ces réalités de terrain. A ce titre, notre analyse peut différer de celles d'instances dirigeantes, parfois contraintes à leur corps défendant et aveuglées par des exigences d’une tout autre nature que les obligations académiques ou scientifiques.

Comme vous le savez, la communauté universitaire francilienne n'existe qu’à travers un réseau de relations académiques et scientifiques. Nous sommes donc d’autant plus favorables à la coopération entre universités et établissements telle que posée par la loi du 23 juillet 2013, et nous  souscrivons pleinement au fait que « sur un territoire (...) académique ou inter-académique » (dans notre cas, Paris et l'Île-de-France), les établissements se doivent de « coordonner leur offre de formation », de développer les coopérations scientifiques, d'avoir une politique collective « en matière de logement étudiant, de transport, de politique sociale et de santé et d’activités culturelles, sportives, sociales et associatives ». Etant donné l'ampleur de la tâche, la loi a naturellement prévu que « plusieurs établissements » puissent, en Ile-de-France, assurer cette « coordination territoriale ».

Mais aujourd'hui, nous sommes parvenus à un point où des manœuvres sans intérêt ni pour la recherche ni pour les formations, et des tactiques à très courte vue jouent la mise en concurrence systématique d’établissements ou d’universités qui devraient au contraire densifier leur coopération. Ainsi, il ne se passe pas une semaine sans que l'on détricote des coopérations en matière de vie étudiante, que l'on casse des collaborations productives entre équipes écartelées entre les différents blocs franciliens, que l'on crée des doublons pour promouvoir des Masters de site, là où existaient auparavant des formations cohabilitées.

Dans ce paysage dévasté, deux logiques s'opposent quant à l'élaboration des regroupements. La première renforce cette « bunkerisation » et, pervertissant la logique de la loi, génère des projets visant à faire émerger des sites conçus comme des forteresses s'affrontant sans répit. Le plus souvent portés par des présidences d'établissements sans aucune concertation ni avec les personnels et leurs représentants, ni même avec les membres de leurs conseils élus, ces « projets » ne sont fondés pour la plupart que sur des considérations purement technocratiques fort éloignées des réalités académiques et scientifiques, et sont le fruit le plus souvent d'un mimétisme intellectuel quasi-clanique réduisant leurs propositions au plus petit dénominateur commun.

Bien au contraire, la seconde s'ancre, quant à elle, dans le tissu de coopération réel et dans la géographie des lieux. Ici, on souhaiterait développer le réseau de salles blanches, créer des centres de santé étudiante, monter des centres de langues pour non-spécialistes. Là, une discipline souhaite n'avoir qu'une école doctorale et qu'un unique master de recherche. Ailleurs, le ressort académique des ESPE devient orthogonal au périmètre des universités en voie de regroupement. D'autres projets encore nécessitent une coopération à l'échelle de l'Île-de-France, comme par exemple celui d'offrir à chaque étudiant une carte Culture digne de ce nom. Cette ambition ne peut se satisfaire de blocs taillés arbitrairement dans le tissu universitaire francilien, qui de facto sont mis en concurrence et se replient sur eux-mêmes. C'est notre connaissance de cette réalité et notre volonté d'améliorer sans cesse notre service public d'Enseignement supérieur et de Recherche qui nous fait vouloir suivre une autre voie et qui nous a fait espérer quand vous avez inscrit dans la Loi plusieurs dispositifs de regroupement – souplesse indispensable afin qu’ils puissent s’adapter aux situations réelles des universités et des établissements sur l'ensemble du territoire français. Nous nous sommes en particulier félicités lorsque vous avez amendé ce texte pour promouvoir l’« association » des établissements en remplacement de leur « rattachement », effaçant ainsi toute dissymétrie et garantissant désormais dans la loi l'égalité des établissements.

L’association des universités et établissements nous paraît en effet le mode de regroupement le plus pertinent et le plus adapté aux regroupements de l’Île-de-France, qui rassemble un cinquième du potentiel national d’enseignement supérieur, représente 40% du potentiel de la recherche française, constitue la première région universitaire d'Europe et se voit innervée par un tissu dense de coopérations scientifiques qui ne doivent pas être mises en pièces par l’érection de citadelles engagées dans des compétitions délétères.

L'association de type confédéral est réaliste, elle est viable et peut être mise en œuvre dans les semaines et les mois qui viennent. Les personnels des universités franciliennes y sont prêts. D'autres pays ont réussi un pari de cette ampleur, comme en témoigne l'université d'Oxford ou l'University of London, véritable confédération d'établissements indépendants à l'échelle d'une grande capitale au rayonnement mondial. L’efficience et la plasticité de cette organisation ne peuvent qu’être source d’inspiration féconde pour le Grand Paris et l’Île-de-France. Une véritable confédération d’établissements franciliens conférerait à Paris un rang de capitale mondiale universitaire, et serait réellement propice au développement de la recherche et des formations.

Notre projet d'association confédérale s’inquiète moins de la taille ou du poids de structures mises en concurrence, mais bien davantage de réseaux de coopération denses et féconds, et nous ne pouvons donc que saluer le discours du Président de la République François Hollande lorsqu’il affirmait ce 30 janvier 2014 que :

« Tout ne se résume pas à la taille, il ne s’agit pas de constituer des machineries particulièrement lourdes et complexes ou de faire à tout prix des coopérations ou des fusions parce que nous voudrions avoir un certain niveau en termes d’effectifs, tout dépend de la qualité de ces projets. Mais c’est un enjeu d’attractivité (...). L’un des arguments c’est justement de se retrouver à la fois dans des structures suffisamment réduites de taille pour y faire les travaux de recherche indispensables et d’être un ensemble où il y a des liaisons suffisamment multiples pour pouvoir donner à des travaux de recherche l’impact et la dimension nécessaire. »

Modularité et fructification des réseaux de coopération, voilà qui coïncide parfaitement avec notre projet confédéral pour les regroupements d'Île-de-France.

Nous vous remercions pour l'attention que vous avez bien voulu nous apporter.

Veuillez croire, Madame la Ministre, en nos sentiments les plus respectueux.

Groupe Jean-Pierre Vernant

 

 

 

 

 

 



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Published by Libre FSU Evry
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