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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 23:45

Faillite silencieuse» de la fac de Saint-Quentin

Par Un collectif de chercheurs et enseignants-chercheurs de l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines 16 décembre 2013 à 17:06

 

En quasi-cessation de paiement, l’université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) connaît de grandes difficultés pour assurer sa mission d’enseignement et de recherche. Pourtant, il y a quelques mois, tous les voyants étaient au vert dans cette université louée pour la qualité de son service et ses choix d’avenir. Parmi les premières universités à accéder aux compétences élargies et à «l’autonomie financière», dès 2010 ; signant les premiers «partenariats public - privé» (les fameux PPP) de l’enseignement supérieur et de la recherche ; développant des coopérations avec des entreprises et des fondations, s’engageant dans les projets d’investissements d’avenir mis en avant par le ministère, l’UVSQ, qui entrait dans le classement de Shanghai des 500 premières universités mondiales en 2010, était saluée comme la «bonne élève» de la Loi relative aux libertés et responsabilité des universités, votée en 2007 (LRU). En janvier 2012, sa présidente déclarait lors de ses vœux : «Nous sommes parmi les rares universités françaises à ne pas avoir eu de difficultés à boucler notre budget 2012 et à ne pas geler de postes, nous en ouvrirons même plus de 60 cette année.» Un an plus tard, l’UVSQ était distinguée pour son excellence en matière d’insertion des étudiants et classée première en France avec la plus forte «valeur ajoutée» de ses équipes pédagogiques par le ministère de la Recherche.

Aujourd’hui, la situation est toute autre : début novembre, il manquait plus de 4 millions d’euros à l’université pour assurer ses dépenses courantes d’ici à fin décembre. Après avoir déjà découvert l’existence d’un «trou» de plusieurs millions d’euros au printemps, et malgré l’adoption d’un plan d’économies drastiques (gel des deux tiers des recrutements prévus, économies de fonctionnement de 1,8 million d’euros), l’UVSQ est contrainte d’appeler l’Etat au secours. Le ministère accepte de lui octroyer une «avance» (et non une «subvention», est-il sèchement précisé) et bloque en contrepartie toutes les dépenses courantes. Comment en est-on arrivé là ? La réponse à cette question est d’autant moins anodine que le cas particulier de l’UVSQ constitue l’illustration d’une situation qui tend à se banaliser aujourd’hui en France : celle d’une «Faillite silencieuse» (1) de l’université française, évoquée récemment par Thomas Piketty.

Certes, les deux présidences successives de l’UVSQ ont manifestement commis des erreurs de gestion, comme l’a prestement rappelé la ministre Geneviève Fioraso, et celles-ci seront, nous l’espérons, bientôt précisées. Suffisent-elles cependant à expliquer un déficit estimé aujourd’hui à 7,2 millions ? Peut-on régulièrement féliciter une université pour son développement, son enthousiasme à s’approprier tous les dispositifs proposés par le ministère et expliquer quelques mois plus tard que l’activité de cette université s’appuyait sur des dérives financières considérables et tardivement reconnues ? Répondre par l’affirmative et imaginer qu’une formation des présidents d’université en gestion permettrait de résoudre le problème n’est pas sérieux. Car, c’est en bonne part parce que l’UVSQ, en bonne élève, s’est saisie de tous ces dispositifs et a appliqué avec zèle la loi de 2007, qui continue à être la colonne vertébrale de la politique actuelle, qu’elle se retrouve dans une situation financière catastrophique.

Depuis le passage à «l’autonomie financière», le service public d’enseignement supérieur et de recherche se réalise dans des conditions d’urgence permanente : le temps passé sur des tâches administratives augmente, les moyens diminuent, la rotation du personnel administratif s’accélère. Les difficultés rencontrées par les universitaires à l’UVSQ et ailleurs montrent que le passage «aux compétences élargies» est inadapté à un fonctionnement correct du service public d’enseignement et de recherche. Et pourtant, au quotidien, les enseignants-chercheurs et les personnels administratifs restent fortement mobilisés pour réaliser le travail pédagogique, assurer la coordination entre les enseignements et répondre aux demandes des étudiants. C’est parce que nous nous efforçons pour le moment de ne pas faire peser les conséquences de ces politiques sur les étudiants et leurs études que nos conditions de travail se dégradent fortement.

Il faut le rappeler, c’est une grande partie de la jeunesse française, celle qui fréquente en masse les universités, qui pâtit de cette politique «d’autonomie» des universités. Etrange sous un gouvernement nommé par un président de la République qui a fait des questions relatives à la jeunesse le cœur de son projet politique, non ? Il est temps de renoncer à cette fiction de l’autonomie financière d’un service public (par exemple en ré-étatisant la masse salariale et en fléchant les moyens des universités) et de reconnaître les enjeux de formation d’une jeunesse qui souhaite préparer son insertion professionnelle. Il est temps également de tourner le dos à ce mythe de l’excellence qui lance les universités et les laboratoires de recherche dans une concurrence effrénée, en menaçant les exigences du travail scientifique et les conditions qui lui sont nécessaires.

(1)«Libération» du 19 novembre.

Par Un collectif de chercheurs et enseignants-chercheurs de l’Université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

 

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Published by Libre FSU Evry
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