Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 09:17

Autre point de vue sur le mouvement. Si la réaction passionnelle est proche de l'article "il ne faut pas désespérer", la raison ne doit pa négliger l'analyse ci-dessous.

 

 

Retraites : "Ce mouvement a secoué la France en profondeur"

LEMONDE.FR | 05.11.10 | 18h13  •  Mis à jour le 05.11.10 | 19h12

"Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s'en aperçoit", s'était amusé Nicolas Sarkozy le 6 juillet 2008 devant des militants UMP. Un postulat démenti par cet automne 2010 : sept journées de mobilisation, des centaines de cortèges dans les villes de France, des millions de manifestants... Depuis 1995, la France n'avait pas connu un conflit social de l'ampleur de celui déclenché par la réforme des retraites. Pourtant, la mobilisation a changé de forme.

- Des grèves et des manifestations "tournantes". Premier constat des spécialistes, la mobilité observée dans la mobilisation. "Il y a une différenciation des conditions d'engagement, chacun se mobilise en fonction de ses possibilités", analyse Jean-Marie Pernot, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales (IRES) et spécialiste des mouvements sociaux.

Autour du "noyau dur"' des syndicalistes, les salariés ont participé en pointillé, venant à une manifestation, mais pas à toutes, ou faisant un jour de grève, mais pas à chaque fois... "Il y a eu une forme d'intelligence collective pour maintenir la pression", confirme Jean-Louis Malys, délégué national chargé des retraites à la CFDT. L'idée des manifestations le samedi, lancée par son syndicat, s'est révélée plutôt efficace, "en consolidant le mouvement et en l'élargissant à ceux qui ne pouvaient pas venir en semaine", estime-t-il.

- Une mobilisation d'une ampleur surprenante. C'est un fait peu souligné : il y a eu plus de manifestants dans les rues contre la réforme des retraites que contre le plan Juppé de 1995 : "On ne pensait pas que le mouvement aurait cette ampleur", confesse Jean-Louis Malys. Le gouvernement non plus, suppose Jean-Marie Pernot, pour qui "Raymond Soubie [le conseiller social de l'Elysée] s'est trompé en tablant sur quelques journées d'action pour la forme. Le mouvement a pris une dynamique imprévisible".

Le chercheur souligne par ailleurs le nombre de cortèges organisés en France : jusqu'à 260 le 17 octobre. "C'est le signe que le mouvement s'étendait en profondeur dans le pays, descendait dans les petites villes." Un signe, selon lui, que cette réforme et la mobilisation qu'elle a déclenchée ont "secoué la société en profondeur".

- Des manifestants lucides. Parallèlement à l'ampleur du mouvement, un autre constat s'impose : celui du fatalisme. Nombre de manifestants ou de grévistes étaient lucides sur le fait que la réforme ne serait pas retirée, mais jugeaient tout de même nécessaire de faire connaître leur refus. "Les gens sont beaucoup plus intelligents que certains ne se l'imaginent. Ils étaient lucides sur la nécessité de faire une réforme, mais aussi sur le fait que celle du gouvernement était injuste", note Jean-Louis Malys.

Pour lui, si le gouvernement a gagné la bataille législative en faisant passer la réforme, "il a perdu la bataille de l'opinion. Les gens ont compris que cette réforme était une injustice". Pourtant, on a observé peu de volonté de se lancer dans un mouvement de grève reconductible ou de paralyser le pays. "Il y avait une forme de certitude sur le fait que Sarkozy ne bougerait pas, et à la fois un certain réalisme et une envie d'y être, une forme de réflexe de dignité : il est probable qu'on ne gagnera pas, mais il faut le faire tout de même", résume Jean-Marie Pernot.

- Le rôle du service minimum. Adopté dès août 2007, le service minimum dans les transports en commun a été, selon l'UMP, pour beaucoup dans l'absence de blocage du pays malgré la forte mobilisation. En pratique , il est difficile d'évaluer son impact. "C'est un frein qui complique les choses, mais n'explique pas tout. Par exemple, les cheminots SNCF se sont plutôt engagés dans le conflit, alors que les salariés de la RATP se sont moins mobilisés. Pourtant ni les uns ni les autres n'étaient directement concernés par cette réforme, même s'ils se doutent que leur tour viendra", explique le chercheur. De fait, contrairement à 1995, la France ne s'est pas retrouvée totalement paralysée.

 

- Une maturité accrue du corps social ? Intersyndicale unie jusqu'au bout, cortèges très encadrés, débordements et "casse" limités... Le mouvement de la rentrée 2010 a occasionné bien moins de débordements que celui des lycéens et étudiants contre le CPE en 2006. "Nous n'avons jamais craint la radicalisation, assure Jean-Louis Malys. Nous avons laissé les secteurs qui le souhaitaient aller à la grève, en leur demandant juste de respecter la démocratie en procédant à des votes à bulletin secret et de ne pas endommager l'outil de travail."

De fait, la classe politique n'a eu de cesse de saluer la "responsabilité" des syndicats, les seuls, selon un sondage BVA pour Canal+, à avoir vu leur cote de sympathie grimper à l'issue du conflit. "Il y a eu un degré très fort de maturité du salariat et des syndicats", constate également Jean-Marie Pernot. Une stratégie réfléchie, assume Jean-Louis Malys : "Nicolas Sarkozy adore cliver. Si on avait bloqué le pays, il aurait joué la division entre ceux qui veulent travailler et les grévistes." Conséquence, selon Jean-Marie Pernot : "Alors que les syndicats, unis, posaient un cadre légitime, carré, de contestation, le gouvernement paraissait s'enfermer dans une logique de bunkerisation. Au final, la légitimité était plutôt du côté du mouvement et pas du gouvernement."

- Un sujet qui reviendra dans le débat. Si le mouvement social semble se terminer, est-il pour autant "perdu" pour les syndicats ? Rien n'est moins sûr. Jean-Marie Pernot n'hésite pas à affirmer le contraire : "La fin de mobilisation se fait sans déception majeure, puisque chacun avait anticipé que le pouvoir ne bougerait pas." Mais pour lui, et contrairement à l'avis de la plupart des politologues, "le mouvement n'a pas échoué. La légitimité de la réforme apparaît au final faible. C'est une défaite symbolique de Nicolas Sarkozy, pas une victoire".

Même avis pour Jean-Louis Malys : "Ce mouvement aura beaucoup plus de portée qu'on l'imagine. La mobilisation était une force tranquille, raisonnable, qui avait l'opinion avec lui, face à un gouvernement plutôt inquiet et qui est rapidement apparu comme dépassé." Dans ce contexte, les maigres concessions accordées au fil de la mobilisation pouvaient apparaître comme un aveu, en creux, des manques de la réforme. L'ajout, au dernier moment, d'un amendement promettant de remettre le sujet sur la table dès 2013 sonne également comme un aveu.

Samuel Laurent

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Libre FSU Evry
commenter cet article

commentaires

Etat de la mobilisation Univ

Notre camarade Sequinot de Lille tient à jour l'état de la mobilisation dans les universités et les IUT. Cliquez sur le lien:

http://www.univ-lille1.fr:80/snesup59-62/mobilisation/

Recherche

Archives