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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 11:16

Cette tribune n'engage ni la section syndicale d'Evry, ni le syndicat. Elle est l'expression de deux syndiqués ayant exercé des responsabilités à la direction de l'université et dont l'avis est fondé sur la connaissance des mécanismes internes de fonctionnement des universités.

Universités : une autonomie sans rivage est aussi dangereuse que le démocratisme  bureaucratique actuel

 

 

Le gouvernement annonce pour le mois de juillet le vote d’une loi réformant le fonctionnement des universités, leur donnant ainsi l’autonomie qu’elles réclament depuis longtemps mais de manière contradictoire dans l’opinion et une partie de la communauté universitaire. La situation d’un certain nombre d’universités et de leurs composantes est telle aujourd’hui qu’une autonomie « sans rivage », comme le rêvent certains beaux esprits qui ne connaissent pas les universités de l’intérieur, serait une catastrophe. Toute mesure gardée, elle s’apparenterait, compte tenu de la dégradation actuelle,  par ses formes et ses dérives au passage brutal à l’économie de marché dans l’ex URSS au temps de Eltsine ! D’abord, cette réforme, si elle ne s’accompagne de moyens, et si elle ne s’accompagne de profonds changements structurels sera vouée à un échec et de nouveau l’argent public sera gaspillé ; ce que chacun refuse et le président de la république (il l’a clamé à maintes reprises) a été élu pour y mettre fin.

 

 

Injecter de l’argent dans les universités est aujourd’hui plus que nécessaire. Les universités, dans leur grande majorité, n’offrent pas aux étudiants des conditions d’accueil décentes (immobilier non rénové depuis des années, amphithéâtres vétustes, salles de travaux pratiques avec du matériel souvent obsolète, etc.). Tout cela doit et peut se faire vite, mais seul l’afflux massif d’argent, une conduite volontariste de la rénovation, permettront de mettre à niveau nos universités par rapport à nos pays voisins (Allemagne, GB).

 

 

Si l’accueil et la formation des étudiants est une mission des universités – et ce n’est pas la moindre – ce n’est pas la seule. La recherche fait aussi partie de ses missions. Il faudra injecter de l’argent massivement dans la rénovation des laboratoires, ne serait ce pour que les enseignants chercheurs puissent travailler dans des conditions d’hygiène et de sécurité correctes et puissent bénéficier d’équipements scientifiques performants.

 

 

Rénover nos universités, comme cela vient d’être décrit ci-dessus, se fera dans le consensus de la communauté universitaire qui attend depuis de nombreuses années ces changements.

 

 

Mais si on aborde la question de l’évaluation de la recherche, de l’évaluation des formations, de la politique de recrutement des personnels, la question de l’orientation, la question de la nouvelle gouvernance des universités, alors la communauté universitaire se déchirera et veillera à bien garder ses privilèges.

 

 

Aujourd’hui, les universités sont présidées et dirigées par les professeurs d’université (les maîtres de conférences peuvent aussi exercer cette fonction). Concernant toutes les questions évoquées, quel ne sera pas le président prêt à acheter la paix sociale dans son université et accorder des postes aux collègues qui ont beaucoup d’étudiants à former (AES, sociologie, psychologie…) alors que les formations aujourd’hui ne sont pas réellement évaluées, alors qu’on doit en même temps poser la question de la reconnaissance au niveau international de la recherche dans ces domaines. Car, rappelons que la majorité des enseignants (auxquels ont affaire les étudiants) dans les universités sont, selon la loi Savary, des enseignants chercheurs. Ces derniers doivent non seulement enseigner et aussi faire de la recherche.

 

 

L’évaluation des formations doit prendre en considération, non pas la réussite à un diplôme, mais la poursuite d’études de qualité dans un diplôme supérieur ou l’insertion des jeunes diplômés dans l’emploi qu’il soit public ou privé. De plus, le niveau de l’emploi auxquels accèdent les jeunes doit correspondre à leur niveau de formation. Pour que de telles évaluations puissent se faire, les universités doivent disposer des moyens nécessaires, mais aussi  avoir l’obligation de rendre des comptes à la nation et aux citoyens.

 

 

L’orientation des jeunes doit faire l’objet d’une large réflexion afin d’orienter en plus grand nombre les jeunes vers les diplômes scientifiques, cette idée fait consensus mais rien n’est dit sur les pré-requis nécessaires à la poursuite d’études universitaires, en particulier dans les filières de disciplines fondamentales. Notre pays manque cruellement d’ingénieurs, de scientifiques. Un afflux de jeunes vers les sciences est la seule façon d’hisser la recherche fondamentale, appliquée et l’innovation au plus haut niveau afin de permettre à notre pays de retrouver une croissance basée sur la connaissance et ses applications.

 

 

Cette réforme ne peut réussir sans le recrutement d‘enseignants chercheurs et des enseignants reconnus au niveau national, voire international par la qualité de leurs travaux. Non seulement les règles doivent être appliquées dans toutes les disciplines, mais sans une réelle rupture on continuera sous prétexte de pseudo égalité à perpétuer un système qui équivaut à traiter de la même manière une Trabant et une Mercédès. L’évaluation est urgente, celle de la recherche doit être individuelle et collective. Les modes d’évaluation mis en place par les gouvernements Raffarin de De Villepin sont inacceptables. Ils sont à l’opposé de ce que demandaient les états généraux de la recherche. Nos gouvernants actuels doivent revenir sur ces dispositifs et faire confiance à une communauté, qui est dans une très large majorité responsable et consciente de ses responsabilités quant à l’avenir de notre pays, mais pour cela les obstacles bureaucratiques doivent être cassés.

 

 

Donner  la gouvernance à des universités dans leur état actuel, c’est la voie ouverte à tous les abus. La nouvelle loi devra donner obligations aux universités d’évaluer les formations, la recherche selon des critères qui devraient  être définis nationalement, et notamment sans concession par rapport au niveau international de la recherche . C’est le seul moyen pour que les politiques de recrutement des enseignants chercheurs soient responsables et ne fassent pas l’objet de compromission.

 

 

Réformer les universités est aujourd’hui nécessaire mais le faire sans tenir compte de la faiblesse structurelle d’un certain nombre d’universités, c’est vouer une réforme à l’échec. Outre injecter de l’argent dans les universités, il faut  accompagner les petites universités dans le mouvement d’autonomie vers les regroupements et la répartition fonctionnelle des enseignements et des recherches indispensables. Les structures de PRES deviendront rapidement un alourdissement inutile, même si elles jouent un rôle pédagogique et scientifique incontestable, il faut aller vers des fusions pour obtenir des universités offrant la palette des formations et des recherches de niveau universitaire. Si les grandes villes des régions avancent positivement dans ce mouvement, le retard et l’incapacité politique des universités d’Ile de France où se concentre une grande partie de la recherche et des étudiants sont alarmantes.

 

 

Enfin dernière rupture qui nous apparaît indispensable, c’est celle de la fin de la confusion entre formations dites professionnelles et les filières de disciplines fondamentales pour lesquelles l’adaptation à l’emploi ne se pose qu’après un parcours d’acquisitions solides de connaissances fondamentales à bac plus cinq. Les discours sur la fusion des masters de recherche et les master pro tout comme le discours sur la difficile intégration des docteurs manquent totalement de sérieux et de fondement. Les bons docteurs dans les disciplines scientifiques s’intègrent ! Le problème est ailleurs, dans l’inflation de certaines disciplines de poursuite d’études aux débouchés réels restreints et d’une fausse monnaie diplômante qui ne résolvent ni le problème des individus dans leur insertion professionnelle, ni celle de l’économie. Le LMD a fait disparaître, de fait, l’un des outils les plus originaux de l’enseignement supérieur et de la professionnalisation : les IUP. Il est vrai que, mal positionnés au départ, mal articulés avec les disciplines fondamentales d’une part, les IUT (qui attirent souvent de meilleurs étudiants après le bac) d’autre part ils n’ont souvent pas trouvé leur place dans les universités .Nous avons pu constater comme responsables d’une université qui en comptait beaucoup (12), en avoir créés et dirigés, y compris dans des secteurs comme la biologie tout l’intérêt de ces structures pour les étudiants et les entreprises. Nous pensons que des structures de « type école », associant universitaires et professionnels, articulés avec les laboratoires de recherche fondamentale et possédant leurs recherches appliquées doivent être prévus dans la loi et la politique proposées sinon le risque dans la nouvelle autonomie sera de voire disparaître ou transformer en pseudo formations professionnelles ces avancées, comme cela a été le cas avec la mise en place du LMD.

 

 

 

 

Gilles Waksman

 

 

Professeur des Universités

 

 

Yves Sabourdy

 

 

Professeur agrégé d’histoire

 

 

Anciens vice-présidents d’université

 

 

 

 

 

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Published by Waksman et Sabourdy - dans snesup-evry 2007
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