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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 23:02
Ce Monsieur est sans doute un très vil réactionnaire, non seulement pour défendre Pitte (cela suffit sans doute à le condamner? et pour dénoncer la politisation, argument réactionnaire s'il en est!)
 mais  nous n'avons pas un homme à juger mais un combat à justifier, ou Renaut a des arguments et tout ce que nous avons fait n'a pas de sens, ou notre combat a un sens et Renaut n'a pas a être jugé et il ne peut avoir d'argument
...

Politisation malsaine à l'université, par Alain Renaut
LE MONDE 31.03.08 | 14h21  •  Mis à jour le 31.03.08 | 14h21

es actuelles élections des présidents d'université selon le dispositif organisé par la loi de juillet 2007 sont l'occasion d'une politisation malsaine. La non-réélection de Jean-Robert Pitte à la présidence de Paris-Sorbonne (Le Monde daté 16-17 mars) en fournit un exemple édifiant. Présentant sa démarche comme un assaut contre les options "libérales" du sortant, le vainqueur de cette élection a en réalité combattu directement, au nom de son propre engagement gauche", des positions renvoyées "à droite", n'hésitant pas à stigmatiser là une politique "sarkozyste". Parce que seule la victoire est jolie, on oubliera vite de telles outrances. Elles témoignent pourtant d'un singulier mépris à l'égard de l'université.

 

La véritable absurdité commence quand, à un moment décisif pour le devenir de l'université en France, une coalition des conservatismes construit sa majorité sur le choix obscurantiste de rejeter dans un seul des deux camps politiques la volonté d'ouvrir certains dossiers dont personne ne devrait plus pouvoir récuser l'urgence.

Le dossier de l'insertion professionnelle des étudiants, par exemple, est-il "de droite" ? Parce qu'il correspond à une mission attribuée aux universités par la loi de juillet 2007, a-t-il vraiment quelque chose à voir avec la volonté de brader les pures exigences du savoir pour faire valoir les attentes des entreprises ? Outre qu'il est insultant d'attribuer une telle volonté à des universitaires dont les ouvrages témoignent de leur rapport à la production du savoir, comment ne pas voir qu'une université ouverte, dont le principe restera celui de la non-sélection à l'entrée, doit être un extraordinaire lieu de mobilité sociale ? Et comment ne pas comprendre que cette mobilité suppose qu'on se soucie, pour échapper à la seule logique de la reproduction sociale, du devenir professionnel des étudiants ?

Peut-il en être autrement quand, notamment dans les humanités, la réussite, pour la majorité d'entre eux, ne saurait plus consister à embrasser les carrières de l'enseignement accessibles par les portes de plus en plus étroites des concours de recrutement ? Lorsque, responsable d'un master de philosophie et de sociologie qui compte plus de 500 étudiants, je constate qu'un seul d'entre eux a été reçu à l'agrégation en 2007, et lorsque je me soucie de cerner ce que l'on pourrait, non pas retrancher à leur formation savante, mais y ajouter, pour que leurs compétences soient plus lisibles par les recruteurs publics ou privés, est-il honnête et lucide de me dire que ma démarche participe du projet de transformer mon université en "école professionnelle" ?

Cette démarche est-elle "de droite" parce qu'elle entend intégrer la considération des exigences économiques, nécessairement diaboliques, dans le monde académique, ou est-elle "de gauche" parce qu'elle réfléchit aux conditions qui permettraient de remettre en marche un vieil ascenseur social rouillé ? Il serait raisonnable d'admettre, enfin, que la question de l'insertion des étudiants n'est ni de droite ni de gauche, mais qu'elle est lancinante dans une institution dont la logique ne saurait plus, lorsqu'il s'y trouve un pourcentage aussi élevé d'une tranche d'âge, être celle d'un club de savants s'autoproclamant les défenseurs de la "grande" tradition académique.

Autre exemple de dossier brûlant : l'échec dans les premiers cycles et la réflexion qu'il appelle sur la spécialisation prématurée induite par le cloisonnement des disciplines. Nos conservateurs de tout poil dénoncent ce dossier comme relevant d'une option "libérale", qu'ils croient pouvoir renvoyer à droite. Dans une université de 25 000 étudiants, où 73 % des inscrits échouent à la fin de la première année, où les examens de fin de premier semestre viennent de conduire à échouer, dans une discipline de la maison, plus de 80 % des présents aux épreuves, est-il de droite ou de gauche de prendre au sérieux ce constat, de s'en alarmer même et de chercher des remèdes ?

Est-il de gauche ou de droite de se demander si, dans une situation aussi absurde, il ne convient pas de restructurer l'organisation des premiers cycles en combinant à une spécialisation disciplinaire moins étroite les apports d'enseignements de culture générale ou de maîtrise de la langue, voire d'autres disciplines complémentaires, rendant moins délicate une réorientation en cas d'échec ?

Les "républicains" nous diront qu'il s'agit bien là, à nouveau, d'une option "libérale" puisqu'elle est présente dans le plan conçu par le ministère de l'enseignement supérieur en vue d'améliorer la réussite en licence. Continueront-ils pour autant de défendre, avec l'appui d'ailleurs des syndicats d'étudiants supposés les plus "à gauche", la spécialisation disciplinaire dans les "filières traditionnelles" comme la condition sine qua non d'un enseignement académique digne de ce nom ? Je ne peux bien sûr pas le croire, tant ce choix aveuglé exprimerait une pure indifférence au devenir des étudiants. Mais, dans ce cas, pourquoi avoir à ce point menti et ne pas avoir envisagé un instant de travailler ensemble sur un dossier qui requiert toutes les bonnes volontés ?

Dernière illustration de cette situation ubuesque : les campagnes présidentielles menées aujourd'hui dans les universités se caractérisent par une hypocrisie extravagante concernant un dossier tabou, celui des rénovations que devra connaître la fonction publique d'Etat. A l'exemple de ce qui s'est passé ces dernières années en Autriche ou en Espagne, tout le monde sait que l'université française devra affronter la question de savoir si la logique des corps de la fonction publique étatisée reste la plus appropriée à des établissements où la compétence et le mérite doivent jouer un rôle primordial dans le recrutement et l'évaluation de tous les personnels.

D'autres pays l'ont fait, non pas en privatisant les emplois de la fonction publique, mais en désétatisant la gestion de ces emplois, en y introduisant plus de souplesse et de vérité par une politique de contrats ou de conventions. La France ne veut-elle pas même envisager de le faire à son tour, avec des modalités et des garanties qu'il faudrait élaborer ensemble ? Là encore, cette question est-elle de droite ? Accepter de la poser et d'y travailler ne peut-il mobiliser aussi une gauche qui serait à même d'y voir, non pas seulement une garantie d'efficacité (ce qui n'est déjà pas rien), mais aussi une exigence dictée par le souci de l'équité à l'égard des personnels ? Etre de gauche aujourd'hui, est-ce refuser d'apercevoir que l'application mécanique de la grille indiciaire de la fonction publique, combinée à la logique des "corps", ne permet pas d'intégrer, dans la politique indemnitaire, la considération des mérites, des talents, de la réussite ?

Je souhaite bien du courage à ceux qui croient qu'ils pourront gérer nos universités en stigmatisant ces dossiers par un étiquetage "politicien". La politique universitaire mérite mieux que le jeu des appartenances et des combinaisons entre des acteurs dont les affiliations l'emportent sur les exigences de la simple raison.


 

Alain Renaut est professeur à l'université Paris-Sorbonne et directeur de l'Observatoire européen des politiques universitaires.

 


Article paru dans l'édition du 01.04.08

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