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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 15:56
LA MANIFESTATION DES CHERCHEURS

 

Quels dangers la loi LRU représente-elle pour l'avenir de la recherche en France ?

-Plusieurs aspects de la loi LRU [Loi libertés et responsabilités des universités, ndlr] sont à nos yeux problématiques:

> Elle implique des changements brutaux dans les modes de fonctionnement. Par exemple, la réforme prévoit que le président de l'université a la main haute sur le recrutement, alors que la norme internationale recommande un recrutement par des pairs compétents.
> La loi organise la possibilité pour l'Etat de se retirer du financement des universités. On sait bien que ce changement de statut précède en réalité un désengagement de l'Etat en matière de financement. Le statut d'autonomie, même s'il n'accuse pas un désengagement financier dans l'immédiat, est destiné à le permettre plus tard. Aujourd'hui, l'Etat ne peut pas laisser les universités se débrouiller seules, car cela entraînerait des inégalités territoriales. On prétend mettre 85 universités en concurrence libre, or structurellement, elles ne sont pas à égalité. Paris VI s'en sortira, alors que d'autres ne joueront pas avec les mêmes armes. Elles seront amenées à être des universités de seconde zone, et se concentreront sur les formations courtes et professionnelles.

Dans le même temps, le gouvernement veut démanteler l'organisation de la Recherche. Le CNRS assurait une recherche de qualité, avec une structuration nationale. Cette institution était forte au sens politique, les chercheurs pouvaient s'exprimer, et formaient un contre pouvoir. Le CNRS pouvait notamment intervenir sur les universités grâce au système de double tutelle qui fait dépendre les laboratoires tant des universités que du CNRS. Le gouvernement veut supprimer progressivement cette double tutelle, de sorte que le président d'université deviendra le seul décisionnaire. Or celui-ci est dans une logique de chef d'entreprise et privilégiera les disciplines qui rapportent de l'argent, ce qui est dramatique pour l'avenir de la recherche.
Le mouvement étudiant s'est opposé à loi LRU, et c'est une chance pour la France. Il est regrettable que les universitaires et les chercheurs ne se soient pas plus impliqués. Je soutiens pleinement les étudiants. Le mouvement a été traité avec mépris et violence par les médias et les directions d'universités. C'est scandaleux. Il est faux de dire que les étudiants se réunissent pour des raisons stupides, ce sont des gens qui réfléchissent et pensent intelligemment.

Que proposez-vous pour garantir le dynamisme et la qualité de la recherche ? Rejetez-vous la loi dans sa totalité ?

-Nous rejetons la logique interne de cette loi. En 2004, nous avons fait des propositions au gouvernement et détaillé beaucoup de choses, mais nous n'avons pas été écoutés.
Il est primordial de maintenir le système de la recherche, qui s'appuie tant sur les universités que sur les organismes de recherche. Ce partenariat doit être renforcé et gagner en autonomie.
Il faut mettre les universités au niveau des normes internationales et des classes préparatoires et BTS. Cela suppose de doubler les dépenses par étudiant, et surtout d'augmenter le nombre de postes d'enseignants. Le milliard annoncé par le gouvernement nous convient, mais il faut y ajouter des créations de postes. On ne fera pas avancer les universités avec un milliard de plus et aucun personnel.
Nous disons oui à un partenariat public-privé, mais dans le respect des règles de fonctionnement de la recherche académique de niveau international. C'est la seule garantie de la qualité du savoir produit.

Quel est l'état de la recherche, publique et privée, en France aujourd'hui ?

-La recherche publique vit sur des acquis d'il y a une dizaine d'années. Les résultats sont plutôt bons, mais sont le fruit d'un travail mené dans les années quatre-vingt. Albert Fret, qui a reçu cette année le prix Nobel de physique, a d'ailleurs déclaré qu'il n'aurait pas pu mener les mêmes recherches avec l'agence de financement mise en place par le gouvernement.
La désertion étudiante des filières générales, scientifiques et longues aura des conséquences catastrophiques. Les étudiants doivent savoir que leur filière comporte des perspectives professionnelles raisonnables pour s'engager dans de telles voies.
Dans le privé, la situation est pire encore, alors que celui-ci engouffre des sommes considérables. Son investissement pour la recherche stagne, alors que les laboratoires privés sont sans arrêt en restructuration. La logique du profit, qui est celle de l'industrie, nuit à la recherche. Il faut que les puissances publiques interviennent pour obliger les industriels à financer leur propre recherche. Il faut que la recherche privée rende des comptes, qu'il y ait un véritable engagement. L'Etat doit aussi montrer l'exemple. Dans la recherche industrielle, il est aussi opérateur, pourtant on constate une baisse d'investissement en faveur de la recherche.


Interview de Georges Debrégeas par Philippine Clermont
(le jeudi 6 décembre 2007
)

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Published by SNESUP EVRY - dans snesup-evry 2007
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