Mercredi 9 septembre 2009

d'après le nouvel obs http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20090908.FAP2238/graves_irregularites_a_luniversite_de_toulon_selon_pecr.html
L
a ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse confirme mardi l'existence de "graves irrégularités" dans l'attribution de diplômes à des étudiants chinois par l'université de Toulon, demandant la saisie disciplinaire du conseil d'administration de l'université.

"Le rapport de l'Inspection générale de l'administration de l'Education nationale et de la Recherche a mis en lumière de graves irrégularités dans l'application des textes réglementaires régissant la procédure d'admission des étudiants étrangers et de validation de leurs études à l'université Sud Toulon Var", souligne Mme Pécresse dans son communiqué. "La responsabilité du président de l'université est engagée".

"Après avoir reçu le rapport définitif (...) de l'enquête administrative menée par l'Inspection générale qui avait été missionnée à l'université de Toulon", Valérie Pécresse a demandé au recteur de l'académie de Nice, chancelier des universités, Christian Nique, de saisir la section disciplinaire du conseil d'administration de l'université. "Le rapport sera transmis au procureur de la République dans le cadre de l'enquête judiciaire en cours".

La ministre de l'Enseignement rappelle qu'elle avait saisi l'IGAEN le 14 avril dernier d'une demande de contrôle "des conditions d'obtention de diplômes par des étudiants chinois". L'affaire révélée par "Le Monde" concernerait "plusieurs centaines d'étudiants chinois inscrits à l'Institut d'administration des entreprises (IAE) de l'université de Toulon", qui "auraient versé de l'argent pour se payer des diplômes". Le parquet de Marseille a ouvert le 26 mars une enquête pour "corruption passive et active et escroquerie" suite à une plainte déposée par un professeur.

Le directeur de l'IAE, Pierre Gensse, avait pour sa part jugé "impossible" que de faux diplômes aient pu être décernés à des étudiants chinois contre de l'argent, estimant qu'une fraude avait "probablement eu lieu" en Chine.

L'affaire "est née au cours de l'année 2004-2005", précise "Le Monde", et les autorités administratives, judiciaires et universitaires ont été alertées fin 2008, après le dépôt d'une main courante par deux étudiants chinois. Le "faux" diplôme serait facturé 2.700 euros pièce, selon la même source. AP


Bon Toulon est montré du doigt, l'Université a trouvé son Kerviel mais on vous jure que c'est un cas isolé.....On a déjà entendu ce refrain du côté des banques!
Côté évaluation il y a l'AERES mais....Madoff avait été contrôlé depuis 1992 par les "agences " et autres bureaux de contrôle, sans parler d'Enron etc.
Par SNESUP EVRY
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Mardi 23 juin 2009

 Université d’Evry                                                    Contact :

snesup.evry@dbmail.com

 

SPECIAL REGLEMENT INTERIEUR

 

Un règlement intérieur pour l’ensemble des composantes de l’Université d’Evry est à l’ordre du jour pour adoption lors de la prochaine réunion du CA du 23 juin 2009.

 

La section SNESUP d’Evry regrette que ce projet de Règlement Intérieur n’ait pas ésuffisamment diffusé à l’avance à l’ensemble du personnel de l’Université, et notamment à l’IUT. En effet, la vie démocratique de notre université implique que l’ensemble du personnel (enseignants, chercheurs, BIATOSS, étudiants et usagers) soient informés d’un projet de Règlement Intérieur qui va s’appliquer à l’ensemble de la communauté universitaire suite aux dernières mutations imposées par la loi LRU.

 

Depuis que la section locale du SNESUP a eu connaissance de ce projet de Règlement Intérieur, elle a, en collaboration avec d’autres collègues sympathisants du SNESUP de notre Université, proposé des modifications sur certains articles et passages de ce texte.

 

Or, lors de la réunion du Comité Technique Paritaire (CTP) qui a eu lieu le 8 juin 2009 en présence de l’Administration et des Délégués Syndicaux, ce projet de Règlement Intérieur était à l’ordre du jour avec d’autres points. Après examen lors du CTP, un vote a eu lieu et le SNESUP a été le seul syndicat parmi les syndicats présents à émettre des réserves sur ce Règlement Intérieur et il s’est abstenu lors du vote.

 

Suite à ce vote, il a été demandé au SNESUP de proposer un Préambule du règlement précisant les Missions de notre Université et de faire d’autres propositions éventuelles. L’examen et le vote de nos propositions concernant le Règlement Intérieur sont repoussés au mois d’octobre. En effet, le délai était trop court pour modifier l’ordre du jour et communiquer les documents nécessaires aux membres du CA pour le vote du 23 juin. Nous resterons donc vigilants pour que ces propositions soient examinées au CA du mois d’octobre 2009.

 

La section locale du SNESUP, entre autres, a proposé les modifications suivantes :

-          Mise en exergue de la « Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant sur les droits et obligations des fonctionnaires (Loi Le Pors) ».

-          Ajout de l’Article 12.1 stipulant le « Droit à l’information pour l’ensemble du personnel ».

-          Précisions concernant le fonctionnement de la « Commission PRAG-PRCE » qui n’existait pas dans le projet initial.

-          Concernant l’Article 13 sur la « Discrétion professionnelle et l’obligation de réserve » nous avons proposé la modification du texte afin que soient respectés la vie démocratique à l’université et l’exercice des droits élémentaires tels que la transmission de l’information.

-          Nous avons proposé des ajouts et modifications des textes concernant l’Article 14 et l’Article 55 sur les « Droits Syndicaux ».

 

Pour connaître le détail de l’ensemble des modifications proposées par la section locale SNESUP d’Evry, vous pouvez les demander à l’adresse électronique suivante :  snesup.evry@dbmail.com

 

Pour adhérer à la section veuillez écrire également à cette même adresse électronique.

Par SNESUP EVRY
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Lundi 1 juin 2009

Au moment où les rapports de la vague D sont envoyés pour réponse et où  droite et ministre ont  lancé une campagne sur la valeur des diplômes, il est intéressant de se poser la question de la pertinence de cet instrument typique du libéralisme:l'Agence d'Evaluation et donc de l'AERES!

Versons au débat cet article d'Alain Trautman
http://www.sauvonslarecherche.fr/spip.php?article2771

Dire publiquement nos vérités sur l’AERES

Dans cette rubrique

Dire publiquement nos vérités sur l’AERES

 

L’évaluation : pourquoi évaluer et comment le faire ?

Alain Trautmann

 

CNRS : la suppression de centaines de postes est programmée pour les années qui viennent

Par Alain Trautmann, le 27 mai 2009

En mettant en place l’AERES, le gouvernement avait annoncé qu’il allait améliorer considérablement la qualité et l’efficacité de l’évaluation du système d’enseignement supérieur et de recherche (ES&R). Maintenant que l’AERES est en place et a commencé à fonctionner, on peut commencer à juger sur pièces du résultat.

Ce qui suit est la relation d’une expérience vécue très récemment, et qui ne constitue qu’un exemple. Il serait sûrement utile qu’en réponse à ce texte, d’autres racontent leur propre expérience de l’AERES, afin qu’émerge une image plus globale de son fonctionnement réel.

Dans l’Institut mixte CNRS/INSERM dans lequel je travaille ( 600 personnes, 4 départements, 40 équipes), tout a commencé au printemps 2008. Il fallait que pour fin juin nous ayons bouclé nos rapports et projets pour l’AERES, afin que ces documents soient visés successivement par le directeur de l’Institut et le président de l’université (Paris Descartes) à laquelle nous sommes rattachés. Six mois plus tard, en décembre 2008, nous recevions les visites des comités AERES, un comité différent pour chaque département.

Pour le département où je travaille, ce comité était constitué de collègues estimables, tels qu’on pouvait les rencontrer dans les comités de visite du CoNRS (Comité National de la Recherche Scientifique) ou de l’INSERM. Dont un membre étranger. Tous avaient été nommés par l’AERES, et étaient très pressés et occupés. La visite s’est donc effectuée au pas de charge (entre 1h et 1h30 par équipe), et pour deux équipes du département que je dirige, 2 ou 3 des 8 experts étaient absents pour tout ou partie de la présentation de l’équipe. Aucun représentant ITA dans le comité de visite, comme c’est de règle à l’AERES, alors que la question des ITA est sensible dans la plupart des laboratoires.

Après cette visite, il a fallu attendre plus de 3 mois pour avoir les rapports. En effet, le rapport du comité de visite doit être revu, visé et en partie reformulé par des responsables de l’AERES, qui supervisent plusieurs comités de visite sans pouvoir tous les suivre in extenso. Ce petit groupe de scientifiques qui se sont engagés dans le NPM (New Public Management), ces nouveaux managers ont un rôle absolument déterminant dans l’homogénéisation des rapports des comité de visite, dans la notation finale attribuée, équipe par équipe (A+, A, B, C), et qui doit émerger de 4 notes (..). Voilà un exemple de la concentration des pouvoirs réels qu’on voit aujourd’huià l’œuvre un peu partout.

En principe, les équipes ont un droit de réponse (puisque l’évaluation est censée être contradictoire). Mais on nous a fait comprendre que les seules réponses qui seraient prises en compte seraient des corrections d’erreurs factuelles indiscutables (sur le nombre de chercheurs par ex.). Le caractère contradictoire de l’évaluation etait pour nous totalement fictif.

L’AERES ayant donc fonctionné comme une agence de notation hâtive plus que d’évaluation, a transmis ses notes et rapports aux directions de l’INSERM et du CNRS. Dans ces organismes, des commissions se sont réunies (pour l’INSERM) ou vont le faire (pour le CNRS). La consigne reçue par les commissions INSERM était, sur la base des informations reçues de l’AERES, d’effectuer un classement de toutes les unités et équipes de la discipline, sur toute la France. L’objectif est clair : la direction de l’organisme utilisera ce classement (éventuellement retouché) pour fermer un certain pourcentage d’équipes. 10% ? 30% ? On n’en sait rien. Un membre de la commission INSERM avait participé au comité de visite, mais, à cette exception près, les rapporteurs pour chaque équipe n’avaient pas pu visiter les labos ni parler avec les membres des équipes évaluées. Pour les 19 équipes de l’Institut qui dépendent d’une même commission INSERM, le résultat est assez violent : 5 équipes classées A par l’AERES se retrouvent dans le dernier tiers des équipes classées par la commission, donc peuvent craindre d’être fermées !

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Pendant le processus d’évaluation, les Instituts INSERM (auxquels on nous avait demandé de nous rattacher, ce qui pour un Institut multidisciplinaire, était un exercice kafkaïen), ces Instituts ont disparu, ils ont été remplacés (avec les même intitulés et les mêmes directeurs) par des ITMO (Instituts Thématiques Multi-Organismes ). Mais si les ITMO sont des instituts inter-organismes, ils ne sont plus INSERM, donc nous ne savons plus très bien de qui nous dépendons. Il faut que nous ne perdions pas pied dans ces sables mouvants. Que faire ? Passer des coups de fils à des personnes bien placées dans l’INSERM ou les ITMO ? Autrement dit, le piston, le réseau, comme étape ultime de l’évaluation ?

L’AERES était censé améliorer la qualité, l’efficacité, l’indépendance de l’évaluation, et voilà où on en est. Dans le système antérieur, les commissions INSERM et sections CNRS mettaient sur pied un comité de visite commun (avec éventuellement des experts étrangers), et ensuite les sections faisaient leur travail sur la base du rapport des membres du comité de visite, toujours plusieurs, dont un membre ITA . Le système était plus simple, plus transparent, le même comité évaluait les équipes et les personnes, ce qui était très logique et évitait un travail en doublon (alors que dans le nouveau système ces évaluations sont disjointes) et une partie conseil était toujours incluse dans cette évaluation, qui était bien plus qu’une simple notation/classement.

Avec le nouveau système, d’une complexité et d’une opacité sans précédent, un an après avoir fait leur rapport, les équipes sont toujours dans cette attente angoissée : allons-nous pouvoir continuer à travailler ? A quelle sauce allons-nous être mangés ? De qui dépend cette décision ? Du président du comité de visite AERES ? Du petit groupe de scientifiques-managers-évaluateurs semi-professionnels de l’AERES ? De la commission INSERM ? De la direction d’un ITMO ? De la direction de l’INSERM ? De ses conseillers particuliers ou de quels réseaux opaques ? Lorsqu’un système d’évaluation est aussi complexe et mal conçu, il n’y a aucun doute que l’essentiel des décisions seront prises in fine au plus haut niveau, par une poignée de personnes en mesure d’exercer un pouvoir absolu sans contre-pouvoir. Où est l’évaluation collégiale, contradictoire, transparente, qu’on nous avait annoncée ? Combien de mois faudra-t-il attendre pour que la machine ait fini son travail ? En tous cas, nul doute qu’elle va faire de la casse, y compris parmi des chercheurs reconnus pour la qualité de leurs travaux.

Chers collègues, réveillez-vous ! Si le nouveau système n’apporte aucune amélioration mais au contraire détériore l’évaluation, l’opacifie en renforçant le pouvoir de quelques uns, il faut le rejeter. Il faut exiger un système d’évaluation réellement collégial, contradictoire, transparent. Une bonne base pour cela, ce sera le CoNRS et les commissions INSERM, structures qui ne doivent pas être supprimées, mais améliorées (par exemple pour garantir la qualité de leurs membres, ou pour améliorer le processus de recrutement, qui se fait aujourd’hui sur la base d’auditions beaucoup trop courtes, etc…).

Ce qu’il faut supprimer, c’est l’AERES. Le premier pas pour cela pourrait consister à demander au Directeurs d’Unité de la vague A (les prochains à être évalués), à ignorer l’AERES, à transmettre leurs dossiers d’évaluation au CoNRS et aux commissions INSERM. Et si la réunion plénière du CoNRS du 10 juin se faisait le relais d’une telle demande ?

Voilà les conclusions que l’on peut tirer d’un exemple de réalité vécue de fonctionnement de l’AERES. Et chez vous, c’était comment ?

Les retours de la vague D arrivent et c’est le moment d’évaluer les « évaluateurs ». Nous avons déjà quelques bons exemples qui prouvent que l’évaluation est très superficielle mais nous attendons la publication pour avoir les réponses des bureaucraties locales, c’est encore plus délectable !

Nous nous étions déjà interrogés sur la fiabilité de l’organisme mis en place par le gouvernement. Nous reprendrons bien sur l’analyse…LibresSnesup

http://www.libresnesup-evry.com/article-22766175.html

http://www.libresnesup-evry.com/article-22941735.html

 

 

Par SNESUP EVRY
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Mercredi 20 mai 2009
Des "refondateurs" de l'université répliquent à leur tour à Pécresse

PARIS (AFP) — Trois des initiateurs du "Manifeste pour refonder l'université française" ont tenu mardi à "dissiper toute équivoque" en se démarquant de la ministre Valérie Pécresse, qui avait répondu à ce manifeste en estimant qu'il contenait des points de "convergence" avec sa politique.

"Dans Le Monde (daté) du 19 mai, Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, se réjouit de la convergence du manifeste pour la refondation de l'université avec sa propre politique", a déclaré à l'AFP le professeur Alain Caillé, en son nom et en ceux d'Olivier Beaud et de François Vatin.

"Personne n'est habilité à parler au nom des refondateurs mais, pour dissiper toute équivoque, comptant parmi les initiateurs de ce manifeste, nous croyons pouvoir dire au minimum qu'il n'aurait pas recueilli 3.500 signatures à ce jour si nos collègues s'étaient aperçu de telles convergences", a-t-il ajouté.

"Il est maintenant indispensable de laisser s'organiser ceux qui essaient de structurer un débat au sein de la communauté universitaire et de laisser à ce débat le temps de se déployer pour définir une réforme consensuelle qui redonne à l'université tout son dynamisme, au lieu de la diviser et de l'affaiblir", a-t-il conclu.

Olivier Beaud est professeur de droit à Paris-II Assas, Alain Caillé et François Vatin sont professeurs de sociologie à l'université Paris-X Nanterre.

M. Caillé est en outre directeur de La Revue du Mauss, qui a impulsé le manifeste, consultable à l'adresse http://petitions.alter.eu.org/refonder.

Outre ces trois professeurs, figurent parmi les 29 premiers signataires le philosophe Marcel Gauchet, le juriste Guy Carcassonne, le sociologue François Dubet, le philosophe Bruno Karsenti ou le mathématicien Jean-Pierre Demailly.

Lundi après-midi dans Le Monde, Mme Pécresse a écrit qu'elle était "frappée par la convergence" entre des idées du manifeste et celles qu'elle défend, rappelant les "moyens inédits" accordés par Nicolas Sarkozy à l'université.

Par SNESUP EVRY
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Mercredi 20 mai 2009

Refonder l'Université française

Signer la pétition Voir les signataires

Préambule

Il est désormais évident que l'Université française n'est plus seulement en crise. Elle est, pour nombre de ses composantes, à peu près à l'agonie. Qu'on comprenne bien ce que cela signifie. L'Université n'est pas tout l'enseignement supérieur français. Les classes préparatoires, celles de BTS, les IUT (lesquels font formellement partie des universités), et l'ensemble des petites, moyennes ou grandes écoles, publiques ou privées recrutent largement. Mais c'est au détriment des formations universitaires, que les étudiants désertent de plus en plus, et cela tout particulièrement pour les études scientifiques. Le secteur non universitaire de l'enseignement supérieur offre des formations techniques et professionnelles, parfois de qualité, mais parfois aussi très médiocres. Même si la situation évolue depuis quelques années pour sa fraction supérieure (les « grandes écoles »), ce secteur n'a pas vocation à développer la recherche et à donner des outils de culture et de pensée, et guère les moyens humains et scientifiques de le faire. C'est dans les universités que l'on trouve la grande majorité des savants, des chercheurs et des professionnels de la pensée. Pourtant, alors qu'on évoque l'émergence d'une « société de la connaissance », nos universités ont de moins en moins d'étudiants et ceux-ci sont rarement les meilleurs. Une telle situation est absurde. Dans aucun pays au monde l'Université n'est ainsi le maillon faible de l'enseignement supérieur.

Le processus engagé depuis déjà plusieurs décennies ne conduit pas à la réforme de l'Université française, mais à son contournement. Il ne s'agit pas en disant cela de dénoncer un quelconque complot, mais de prendre acte de la dynamique d'un système à laquelle chacun contribue par ses « petites décisions » ou par sa politique : les étudiants, leurs familles, les lycées, publics et privés, les entrepreneurs d'éducation, les collectivités locales et, in fine, l'État lui-même. Le déclin de l'Université, matériel, financier et moral, est désormais bien trop avancé pour qu'on puisse se borner à repousser les réformes proposées. Si des solutions susceptibles de réunir un très large consensus parmi les universitaires et les chercheurs mais aussi au sein de l'ensemble de la société française ne sont pas très rapidement formulées, la catastrophe culturelle et scientifique sera consommée. Or de qui de telles propositions pourraient-elles procéder sinon des universitaires eux-mêmes ? C'est dans cet esprit que les signataires du présent manifeste, très divers dans leurs choix politiques ou idéologiques, y compris dans leur appréciation de la loi LRU, ont tenté d'identifier les points sur lesquels un très large accord pouvait réunir tous les universitaires responsables et conscients des enjeux. L'enjeu n'est rien moins que de refonder l'Université française en la replaçant au centre de l'enseignement supérieur.

 

Propositions

1. Quant à la place de l'Université

Une des principales raisons du marasme de l'Université française est qu'elle se trouve en situation de concurrence déloyale avec tout le reste du système d'enseignement supérieur (classes préparatoires et de BTS, IUT, écoles de tous types et de tous niveaux), toutes institutions en général mieux dotées per capita et davantage maîtresses du recrutement de leur public. On touche là à un des non-dits récurrents de toutes les réformes qui se sont succédé en France. Cette situation est d'autant plus délétère que la gestion de l'enseignement supérieur dans son ensemble dépend d'autorités ministérielles et administratives distinctes (l'enseignement secondaire pour les classes préparatoires et les STS, les ministères sectoriels pour les écoles professionnelles diverses), voire échappe à tout contrôle politique. Imagine-t-on un ministère de la Santé qui n'ait que la tutelle des hôpitaux publics ! La condition première d'une refondation de l'Université est donc que le ministère de l'Enseignement supérieur exerce une responsabilité effective sur l'ensemble de l'enseignement supérieur, public ou privé, généraliste ou professionnel. C'est à cette condition impérative qu'il deviendra possible d'établir une véritable politique de l'enseignement supérieur en France et de définir la place qui revient à l'Université dans l'ensemble de l'enseignement supérieur.

Plus spécifiquement, un tel ministère aura pour mission première de créer un grand service public propédeutique de premier cycle réunissant (ce qui ne veut pas dire normalisant dans un cycle uniforme) IUT, BTS, classes préparatoires et cursus universitaires de licence. Il lui faudra également procéder à une sorte d'hybridation entre la logique pédagogique des classes supérieures de l'enseignement secondaire et des écoles professionnelles d'une part, et celle des universités d'autre part ; c'est-à-dire introduire davantage l'esprit de recherche dans les premières et, symétriquement, renforcer l'encadrement pédagogique dans les secondes.


2. Quant aux missions de l'Université

La mission première de l'Université est de produire et de transmettre des savoirs à la fois légitimes et innovants. Assurément, d'autres missions lui incombent également. Elle ne peut notamment se désintéresser de l'avenir professionnel des étudiants qu'elle forme. Elle est par ailleurs responsable de la qualité de la formation initiale et continue qu'elle délivre et de la transmission des moyens intellectuels, scientifiques et culturels à-même d'assurer une citoyenneté démocratique éclairée.

Deux principes doivent commander l'articulation entre ces différentes missions : d'une part, le souci primordial de la qualité et de la fiabilité des connaissances produites et transmises ; d'autre part, la distinction nécessaire entre missions des universités et missions des universitaires, soit entre ce qui incombe à l'établissement considéré globalement et ce qui incombe individuellement aux enseignants-chercheurs et chercheurs.

Parce qu'une université doit être administrée, pédagogiquement et scientifiquement, et se préoccuper de la destinée professionnelle de ses étudiants, il est nécessaire qu'elle dispose en quantité et en qualité suffisante de personnels administratifs et techniques spécialisés dans ces tâches. Il incombe en revanche à des universitaires volontaires d'en assurer le pilotage. D'importantes décharges de service d'enseignement doivent alors leur être octroyées.

Quant au service d'enseignement lui-même, sauf heures complémentaires librement choisies, il ne saurait excéder les normes précédemment en vigueur. De même, le régime d'années ou semestres sabbatiques de recherche, qui est la norme dans toutes les universités du monde, doit être à la hauteur de la vocation intellectuelle de l'Université, et non plus géré de façon malthusienne.


3. Quant aux cursus

Il convient de distinguer clairement l'accès à l'enseignement supérieur pour les bacheliers et l'accès aux masters.

En ce qui concerne l'entrée en licence, il convient de rappeler que le principe du libre accès de tout bachelier à l'enseignement supérieur est, en France, un des symboles mêmes de la démocratie, le pilier d'un droit à la formation pour tous. Il n'est ni possible ni souhaitable de revenir sur ce principe. Mais il n'en résulte pas, dans l'intérêt même des étudiants, que n'importe quel baccalauréat puisse donner accès de plein droit à n'importe quelle filière universitaire. Pour pouvoir accueillir à l'Université les divers publics issus des baccalauréats, il faut y créer aussi des parcours différenciés. Seule une modulation des formations pourra permettre de concilier les deux versants de l'idéal universitaire démocratique : l'excellence scientifique, raison d'être de l'Université, et le droit à la formation pour tous, qui la fonde en tant que service public. Il convient donc à la fois de permettre une remise à niveau de ceux qui ne peuvent accéder immédiatement aux exigences universitaires par exemple en créant des cursus de licence en 4 ans , et de renforcer la formation pour d'autres publics, par exemple en créant des licences bi-disciplinaires qui incarnent une des traductions concrètes possibles de l'idéal d'interdisciplinarité, si souvent proclamé et si rarement respecté. Il convient du même coup que l'Université puisse sélectionner ses futurs étudiants selon des modalités diverses, permettant d'identifier les perspectives d'orientation des étudiants et d'y associer un cursus adapté.

Une telle modification des règles du jeu universitaire ne peut toutefois être introduite sans qu'elle s'accompagne d'une amélioration substantielle de la condition étudiante en termes de financement et de conditions de travail. Le refus actuel de regarder en face la variété des publics étudiants conduit en effet à leur paupérisation et à la dégradation de leur situation matérielle et intellectuelle au sein des Universités. L'idée d'un capital minimum de départ attribué à chaque étudiant mérite à cet égard d'être envisagée.

En ce qui concerne les études de master, il est, de toute évidence, indispensable d'instaurer une sélection à l'entrée en première année et non en deuxième année, comme c'est le cas actuellement en application de la réforme des cursus de 2002 qui a créé le grade de master (système « LMD »). La rupture ainsi introduite au sein du cycle d'études de master a d'emblée fragilisé ces nouveaux diplômes, en comparaison des anciens DEA et DESS qu'ils remplaçaient. Il faut également supprimer la distinction entre masters professionnels et masters recherche qui conduit paradoxalement à drainer vers les cursus professionnels les meilleurs étudiants, ceux qui seraient précisément en mesure de mener des études doctorales.


4. Quant à la gouvernance

Tout le monde s'accorde sur la nécessaire autonomie des universités. Mais ce principe peut être interprété de manières diamétralement opposées. Sur ce point la discussion doit être largement ouverte, mais obéir à un double souci. D'une part, il convient de ne pas confondre autonomie de gestion (principalement locale) et autonomie scientifique (indissociable de garanties statutaires nationales). D'autre part, pour assurer la vitalité démocratique et scientifique des collectifs d'enseignants-chercheurs, qui forment en propre l'Université, il est indispensable de concevoir des montages institutionnels qui assurent au corps universitaire de réels contre-pouvoirs face aux présidents d'Université et aux conseils d'administration, ce qui suppose des aménagements significatifs de la loi LRU. Il faut, en somme, redonner au principe de la collégialité universitaire la place déterminante qui lui revient et qui caractérise l'institution universitaire dans toutes les sociétés démocratiques. Le renouveau de ce principe de collégialité doit aller de pair avec une réforme du recrutement des universitaires qui permette d'échapper au clientélisme et au localisme.

Par ailleurs il est clair que l'autonomie ne peut avoir de sens que pour des universités qui voient leurs ressources augmenter et qui n'héritent pas seulement de dettes. En ce qui concerne la recherche, cela signifie que les ressources de financement proposées sur appels d'offre par les agences ne soient pas prélevées sur les masses budgétaires antérieurement dédiées aux subventions de financement des laboratoires, mais viennent s'y ajouter. De manière plus générale, en matière de recherche, il convient de mettre un terme à la concurrence généralisée entre équipes, induite par la généralisation du financement contractuel, lequel engendre souvent un véritable gaspillage des ressources, en garantissant aux laboratoires un certain volume de soutien financier inconditionnel accordé a priori et évalué a posteriori, notablement plus important qu'il ne l'est aujourd'hui.

 

Conclusion

Bien d'autres points mériteraient assurément d'être précisés. Mais les principes énoncés ci-dessus suffisent à dessiner les contours d'une Université digne de ce nom. Nous appelons donc tous ceux de nos collègues et nous espérons qu'ils représentent la très grande majorité de la communauté universitaire et scientifique à nous rejoindre en signant ce Manifeste à l'adresse internet suivante. Celui-ci pourrait servir de point de départ à une véritable négociation, et non à des simulacres de concertation, et être à la base d'une auto-organisation d'États généraux de l'Université.


Premiers signataires :

Olivier Beaud, professeur de droit public à Paris II
Laurent Bouvet, professeur de science politique à l'université de Nice Sophia-Antipolis
François Bouvier, ancien directeur au Muséum National d'Histoire Naturelle
Alain Caillé, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Guy Carcassonne, professeur de droit public à Paris Ouest -La Défense
Jean-François Chanet, professeur d'Histoire à Lille III
Philippe Chanial, maître de conférences en sociologie à Paris IX-Dauphine
Olivier Christin, historien, président de Lyon II
Franck Cochoy, professeur de sociologie à Toulouse II
Jean-Pierre Demailly, Mathématicien, Professeur à l'Université de Grenoble I, Académie des Sciences
Vincent Descombes, philosophe, directeur d'études à l'EHESS
Olivier Duhamel, professeur de droit public à l'IEP Paris
François Dubet, professeur de sociologie à Bordeaux II et directeur d'études à l'EHESS
Pierre Encrenaz, professeur de physique a l UPMC et à l'Observatoire de Paris, membre de l'Académie des Sciences .
Olivier Favereau, économiste, professeur à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Marcel Gauchet, philosophe, directeur d'études à l'EHESS
Bruno Karsenti, philosophe, directeur d'études à l'EHESS
Philippe de Lara, maître de conférences en science politique à Paris II
Guy Le Lay, professeur de physique à l'Université de Provence
Franck Lessay, Professeur à Paris III (Institut du Monde Anglophone)
Yves Lichtenberger, professeur de sociologie à Paris Est- Marne la Vallée
Bernadette Madeuf, économiste, présidente de Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Dominique Méda, sociologue, directrice de recherches au Centre de Recherches pour l'Emploi
Pierre Musso, Professeur de sciences de l'information et de la communication à l'Université Rennes II
Catherine Paradeise, professeur de sociologie à Paris Est- Marne la Vallée
Philippe Raynaud, philosophe, professeur de sciences politiques à Paris II
Philippe Rollet, professeur de sciences économiques, président de Lille I
Pierre Schapira, professeur de mathématiques à Paris VI, Université Pierre et Marie Curie
Pierre Sineux, professeur d’histoire, vice-président de l’université de Caen
Frédéric Sudre, professeur de droit public à Montpellier I, président de la Section 02
(Droit Public) du CNU
François Vatin, professeur de sociologie à Paris Ouest-Nanterre- La Défense
Michèle Weindenfeld, maître de conférences de mathématiques, université d'Amiens

 Voir les signataires

 

 

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Etat de la mobilisation Univ

Notre camarade Sequinot de Lille tient à jour l'état de la mobilisation dans les universités et les IUT. Cliquez sur le lien:

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